C’est à l’occasion de la sortie du premier numéro de Rétro vers le Futur Magazine – qui est « un magazine sur les jeux vidéo rétro avec un concept encore inédit : revenir sur une période donnée et l’évoquer comme si on y était ! » – que France Retrogaming a souhaité poser quelques questions à son créateur et rédacteur-en-chef, Dr Lakav. Si le bonhomme vous semble familier, c’est normal : il s’est fait connaître grâce à son émission Hidden Palace sur la chaîne Nolife dans laquelle il révélait secrets et anecdotes sur les jeux vidéo rétro ! Il a également rédigé pour feu IG Mag, notamment sur le premier hors-série du magazine dans lequel il a repris et étoffé son travail télévisuel. C’est donc avec grand plaisir que nous retrouvons cet amoureux de bonnes vieilles cartouches à travers son nouveau bébé, Rétro vers le Futur Magazine

maxresdefault2Bonjour Dr Lakav, et merci d’avoir accepté cette interview !

De rien c’est normal et toujours un plaisir.

Sortir un magazine de jeux vidéo rétro en 2014, à l’heure où la presse spécialisée est en difficulté notamment à cause de la gratuité et de l’immédiateté d’internet, n’est-ce pas un pari trop fou ?

Fou, ça l’est complètement, mais c’est aussi ça qui est grisant, comme tu le dis la presse s’est spécialisée, voir même radicalisée pour certains. Et nous vivons dans un monde ou Internet a tout chamboulé avec l’immédiateté des news comme tu le soulignes, mais est aussi devenu bien plus populaire et grand public. Mais on a un peu l’impression que la machine s’emballe, et que ça devient vite n’importe quoi avec des annonces d’annonces, des suites qui atteignent le 15ème ou 16ème épisode. Et personnellement ça me fatigue. Ça ne veut plus dire grand-chose au final, le jeu vidéo s’est intellectualisé, il y a même des gens qui l’étudient à l’école. On est bien loin du mot « jeu » que contient notre loisir préféré. Donc, Rétro vers le Futur se veut un peu comme un acte de rébellion face à ce marché toujours grandissant et de plus en plus formaté. En disant, le jeu vidéo, ça n’a pas toujours été ça, la preuve ! C’est d’ailleurs amusant de voir que le concept accroche autant les retrogamers, que les jeunes joueurs ou même les trentenaires qui se rappellent une époque.

Tu as réussi à monter ce nouveau projet via la plate-forme Ulule (NDLR : site internet de crowdfunding, ou financement participatif) ; était-ce pour te rassurer sur sa viabilité comme ce sont les internautes qui investissent directement ou parce que tu ne voulais pas dépendre d’une maison d’édition et ainsi garder une certaine indépendance – que ce soit dans le ton ou les sujets abordés ?

Si nous avons utilisé Ulule, c’est avant tout pour savoir s’il y avait des gens pour nous suivre, nous comprendre et allaient être réceptif à ce concept un peu fou. Pour l’idée, au départ je ne pensais qu’à tirer à une centaine d’exemplaires pour se marrer en petit comité. Nous avons tiré à 1000 exemplaires et nous allons être en rupture bientôt ! Après, il est vrai qu’une production aussi étrange que « Rétro vers le Futur Magazine » se doit de rester indépendant. Après je voulais avant tout montrer que créer un mag’ indépendant à l’ancienne était possible et viable financièrement. Pour le coup je n’ai écouté personne et avancé dans l’inconnu tout seul car trop souvent déçu de beaux projets qui tombent à l’eau à cause du nombre d’intermédiaires ou de décisionnaires. Là il me fallait un projet à bras le corps comme on dit.

C’est un rêve de gosse d’avoir son propre magazine et d’en être le rédac’-chef ou un délire entre potes (genre « cap’ ou pas cap’ ») ?

Alors rêve je ne sais pas vraiment, j’ai toujours aimé transmettre quelque chose, et de mémoire j’ai toujours eu en production, un fanzine, une émission ou quelque chose pour transmettre. En cinquième j’avais fait Nixo Magazine avec des potes, un sorte de fanzine bédé avec des actus jeu vidéo aussi, ensuite j’ai lancé Balistik une sorte de Fanzine fourre-tout, et aussi CéHèf, un fanzine plus axé sur la culture japanim’ et manga. Je suis passé ensuite aux émissions sur Nolife et je faisais pas mal de critiques de jeux vidéo, puis suis passé à la presse pro avec IG et Pix’N Love. En fait, je me rends compte que j’ai toujours fais ça finalement. Et pourtant je n’aime pas spécialement écrire, je pense que nombreux sont ceux qui le font mieux que moi.

D’où t’est venu le concept du magazine ?

Le concept est venu assez naturellement en fait, j’avais depuis longtemps une idée d’émission (depuis Nolife) qui s’appellerait « Club 80 » qui serait une émission d’époque à la Club Do, avec les news d’époque mais créée aujourd’hui, et justement jouer sur les rumeurs de l’époque les « on dit » etc… Alors qu’on sait la vérité de nos jours. Après c’est à Animasia à Bordeaux que l’on m’a offert quelques anciens magazines suite à un jeu. Je me suis replongé dans Banzzai, un vieux magazine consacré aux machines Nintendo. J’ai retrouvé la magie de l’époque, la maladresse de rédaction, la maquette passée, les erreurs sur les titres de jeu. J’ai trouvé ça tellement sympathique que je me suis dit que le concept de l’émission « Club 80 » irait mieux à un magazine, c’est comme ça qu’est né « Rétro vers le Futur Magazine ».

Comment as-tu réuni ton équipe ?

A part quelques proches, personne n’était au courant de ce que je préparais en cachette, je voulais créer un effet de surprise même pour mes potes et connaissances. Tout le monde l’a appris à l’annonce du projet Ulule. J’ai tout simplement demandé aux gens dont j’apprécie le travail de rejoindre l’aventure s’ils le souhaitaient, je ne voyais personne d’autre que le Hard Corner pour répondre au courrier, à la base je voulais que Wahwah gère une rubrique sur les jouets et produits dérivés, mais il m’a proposé une rubrique sur les flippers qui est devenue « Hyper Flipper ». Pour Mea je connais son travail et son sérieux dans ses émissions, je me suis dit que ça pouvait être intéressant de coucher tout ça sur le papier. Après Jibé qui est un proche a déjà travaillé sur pas mal de presse rétro. Sinon certains ce sont proposés de façon inopinée, avec un test à la clef qu’ils ont passé. Et dans l’équipe non rédactionnelle ce sont des proches qui m’aident à communiquer ou à organiser des soirées Trop Gaming.

Le premier numéro de janvier 2014 traite de l’actu’ de janvier 1993 ; pourquoi ne pas avoir commencé « logiquement » avec celle de janvier 1994 ?

C’est tout simple, au départ je comptais sortir le magazine avant janvier, et puis je me suis ravisé, car la période de noël n’est pas la plus propice aux magazines, nous avons donc repoussé un peu pour mieux nous faire connaitre. Après 1993, parce que Super Mario Kart, Super Ghouls’N Ghosts, World of Illusion, Streets of Rage 2 etc…Hard CornerLes numéros suivants poursuivront-ils la chronologie de 1993 ou bien aura-t-on droit à un autre mois et/ou à une autre année à chaque nouvelle publication ?

Que ce soit bien clair, il n’y a aucune chronologie avec « Rétro vers le Futur ». Nous voyageons dans le temps à notre guise, sans se soucier du temps qu’il est. Le prochain pourra très bien se dérouler en 1994, en 1992, en 1989 comme en 1998.

Je viens de lire le premier numéro et j’ai bien retrouvé cet esprit insouciant et « cool » de la presse spécialisée des années 90, jusque dans la maquette rappelant les Player One, Super Power, Banzzaï et autres Consoles + ou Joypad ! Aujourd’hui, le jeu vidéo a bien changé et est traité d’une toute autre manière ; trouves-tu que le médium est devenu trop sérieux (et que les journalistes en font trop eux aussi) pour essayer de faire revivre cette légèreté et cette fraîcheur d’il y a vingt ans ?

Tout d’abord merci, ça me flatte, car c’est tout à fait ce qu’on a essayé de faire ressortir. Par exemple quand on se force à employer des formules superfétatoires comme « médium » au lieu de média ou « opus » au lieu de volet, ça à tendance à m’agacer. Pourquoi se forcer à mettre des mots pour faire compliqué alors qu’il y en a des plus simples à utiliser. Je ne dis pas ça pour toi, je te rassure, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui on a tendance à se mimer les uns les autres dans la presse. Moi le premier je me suis fait avoir, et j’ai pu utiliser ces termes, mais nous sommes dans une sorte de formatage qui ne me plait pas du tout. La starification des journalistes a toujours existé, plein de mags avaient leur trombinoscopes à l’époque, et c’est vrai que ça permet de mieux appréhendera ce qui va être dit par qui va le dire. Le jeu vidéo a du changer par nécessité, ce ne sont plus les mêmes joueurs, et maintenant, c’est devenu un média ultra macho avec des flingues de la drogue et des femmes à poil. Bien sûr, ça a toujours existé, ce genre de jeu, mais là on est dans un phase d’apologie de ces jeux. Il y a un public pour ça, c’est très bien, mais comme disais Georges Brassens : « Tout cela ne me regarde pas ». Je pense qu’effectivement un peu de magie, de couleurs, de rondeurs et de légèreté ne font jamais de mal.

Pour toi, le jeu vidéo c’était (vraiment) mieux avant ou crois-tu qu’on ne peut pas être réellement objectif parce qu’on a grandi avec ?

Je ne sais pas si c’était mieux avant, mais j’y trouvais plus mon compte c’est sûr. Avant on avait des jeux de plate-formes, des RPG, des jeux de bastons, des shoot’em up, des beat’em all, des puzzle games. Maintenant, la plupart des jeux sont à la troisième personne, avec un aspect expérience RPG. On a souvent le droit au même genre de jeux. Avant en un coup d’œil on savait quel type de jeu c’était. Là si on compare le dernier Castlevania et le dernier Golden Axe, bah, c’est un peu la même chose. Je ne dis pas que c’était mieux avant donc, mais c’était sans doute plus varié et ça me donnait envie. Aujourd’hui sorti de la 3DS et de la Wii U, bah j’ai pas envie d’y aller, ce qui me désole d’ailleurs.Retro-maquette-fossoyeur2Revenons-en au magazine ; des news, des previews (avec même de l’import !), une rubrique « trucs & astuces », une section sur les flippers et autres jeux non vidéo qu’on trouvait dans les cafés, une double page courrier des lecteurs, et surtout beaucoup de tests ! Est-ce la recette de base d’un bon magazine selon toi, ou bien l’équipe de rédaction se fait-elle surtout plaisir ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait une recette « miracle », on a surtout cherché à équilibrer le tout, pour l’instant ce qui revient le plus dans les ‘moins’ ce sont le nombre de pubs, ce qui sous-entend que les gens en veulent plus, ce qui est une bonne chose. Après il faudra attendre quelques numéros que l’on puisse obtenir un bon équilibre. Mais on se fait toujours plaisir !

Bon les questions qui fâchent maintenant : y a-t-il un relecteur dans l’équipe ? Parce que dès l’édito il y a quand même plusieurs coquilles…

Oui on en a et un bon, et les coquilles ne sont pas de son fait, j’en assume l’entière responsabilité. Il y a sept fautes et deux coquilles dans le mag’, ce qui aujourd’hui même en comparaison d’internet reste peu. Je peux comprendre que ça énerve, mais nous seront plus vigilants. Pour tout avouer j’ai inclus dans le mag’ des tests non corrigés au lieu des corrigés. Une erreur de copier/coller en somme.

Seulement 36 pages de lecture pour 5,90€, la nostalgie ça coûte cher ! Crois-tu que l’aventure peut durer longtemps sans davantage de pages ou une baisse de prix ?

Disons que c’est le prix, nous ne pouvons pas faire moins pour le moment, après les magazines ont souvent coûtés cher. Même de nos jours ! Nous sommes sur un marché de niche, donc oui. Regarde le prix des magazines de niche sur le surf ou les tatouages qui contiennent le même nombre de page que nous et qui appartiennent à des grands groupes de presse. Ils sont souvent plus chers que nous. On est même moins cher que certains fanzines. L’impression a un coût, l’affranchissement a un coût, les revendeurs doivent aussi se faire des marges. Tout ça bout à bout, ça fait un prix. Nous verrons à terme si les pubs peuvent financer une partie de la production pour pouvoir augmenter le nombre de pages. Là aussi, il faut trouver un équilibre. Et en plus je dois faire une annonce pas drôle dans très peu de temps, et je sens qu’on ne va pas se faire forcément des amis avec cette dernière. Ne vous inquiétez pas, le prix ne changera pas tout de suite.

En parlant de prix de la nostalgie, crois-tu que le jeu vidéo rétro devient un loisir de luxe sinon une niche pour collectionneurs fortunés ?

Je pense que de nos jours qui veut jouer à un jeu doit le pouvoir sans se ruiner.

Parmi les encarts publicitaires que contient le magazine, on trouve des vieilles pubs d’époque parmi celles pour des sites, boutiques ou produits actuels (la rédaction en profite d’ailleurs pour placer ses ouvrages !) : est-ce là un clin d’œil supplémentaire aux années 90 ou seulement un défaut d’annonceurs ?

Je trouve les vieilles pubs amusantes car elles font partie du charme des magazines d’antan. Nous pouvions mettre bien plus de publicités si nous le souhaitions. Pour ce qui est des œuvres de la rédaction comme tu le dis, c’était pour faire une jolie publicité sans rentrer dans les détails c’est plus joli une pub en deuxième de couv’ ou en troisième que de mettre une rubrique du mag’. D’ailleurs je ne comprends pas le procès fait à la pub dans le mag’. Cela ne gêne personne de se taper 5 secondes de pubs pour une vidéo Youtube géré par une boite qui a un monopole mondial, alors que nous proposons de la pub pour des blogs, sites ou petites boutiques indépendantes. Je pensais que les gens le comprendraient.

Retro-maquette-zoom2Tu as organisé des soirées évènements et ton community manager inonde les réseaux sociaux (dont notre forum) pour faire connaître le magazine ; le moins que l’on puisse dire, c’est que ton équipe fait le maximum pour se faire connaître de son public-cible ! Comment Rétro vers le Futur est-il donc accueilli ?

Pour le moment plutôt bien, nous frôlons la rupture. Après deux publics se dessinent : le premier celui des loups du web nourris à base de Wikipédia qui ne veulent que de l’information pure et dure au détriment de l’expérience du voyage dans le temps. Et l’autre un public plus éclectique réunissant tous âges et tous sexes qui aiment découvrir ou redécouvrir les perles du passé. On s’adresse principalement au second, car ceux qui trouvent le jeu vidéo trop sérieux ne m’intéressent pas. Il faut prendre de la hauteur quelque fois. Et je préfère amuser le plus grand nombre que de nourrir l’appétit ingrat de la première catégorie qui a coûté Hidden Palace.

Es-tu satisfait des ventes du premier numéro pour le moment ?

Je ne vois comment répondre autrement que par ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

As-tu prévu une diffusion plus large que les quelques boutiques partenaires en plus du site du magazine ?

Pour le moment nous n’avons pas beaucoup démarché, car nous n’en avons pas besoin, nous sélectionnons les boutiques que nous aimons bien, ou sinon elles prennent contact directement avec nous. Nous avons dépassé la dizaine de points de vente en France en 10 jours ce qui est pas mal et qui démontre qu’il y a une demande pour ce genre de produit.

Proposer aux lecteurs de s’abonner te semble t-il une bonne solution pour envisager l’avenir du magazine sereinement ?

C’est un peu le prochain chantier qui nous attend, on y a pensé, mais on n’a pas trouvé de bonus intéressant pour une formule d’abonnement. De plus avec la nouvelle loi AMZ on n’a plus le droit de proposer de réductions sur les livres ou les frais de port quand il s’agit de livre. Et tant que  nous n’avons pas une meilleure stabilité je ne préfère pas faire de promesses que je ne pourrais tenir.

As-tu d’autres projets en parallèle ?

Oui j’ai toujours 4000 choses sur le feu en même temps et c’est peut être mon plus gros défaut d’ailleurs. Mais je vous en reparlerai en temps voulu ^^

As-tu un p’tit mot à adresser à nos membres ?

Et bien qu’ils continuent à transmettre leur passion, qu’ils démontrent que le jeu vidéo n’est pas l’infâme créature que l’on nous présente et surtout qu’il ne faut rien acheter hors de prix, c’est le meilleure moyen de faire baisser la cote.

Merci Dr Lakav d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions, France Retrogaming te souhaite beaucoup de succès dans cette nouvelle aventure !

Merci à vous et je vous dis à très bientôt !