Au programme, un article pour expliquer l’un des atouts vidéoludiques certainement les plus connus mais les moins compris: le nombre de bits d’une console de jeu !

Sommaire:

1. Les bits? Kézako??
2. Qu’est-ce-que change le fait d’avoir plus de bits?
3. L’évolution des consoles vis-à-vis des bits.
4. Et aujourd’hui, à quel stade en sommes-nous?

I – Les bits? Kézako??

Pour expliquer à quoi correspondent les bits, je pense que le principal est de les définir dans le domaine général informatique, avant d’enchaîner sur le rapport aux jeux vidéo. 🙂
Un bit est une unité informatique venant de l’anglais binary digit, et conformément au binaire, il ne peut accepter que les valeurs 0 ou 1.
Sans entrer dans des détails compliqués, on simplifiera en disant que 1 = vrai et 0 = faux.
En fait, votre ordinateur lit n’importe quelle information ainsi :
00111100010100101010101 (par exemple). Heureusement, ce langage machine est traduit en langage humain ; comment ferions-nous, sinon ??

Tout d’abord, attention à ne pas confondre bit et byte !
Un byte est un ensemble de bits, généralement de 8 bits (d’où le terme octet). Il peut aussi être composé de 6, 7 ou 9 bits, mais ceci est devenu aujourd’hui très rare, la plupart des systèmes informatiques disposant de processeurs 8 bits.
De même, attention à ne pas confondre byte et octet : comme un octet vaut toujours 8 bits et qu’un byte est un ensemble de bits, alors…

  •  Un octet sera toujours un byte,
  • Mais un byte ne sera pas toujours un octet !

(préparez-vous, interro à la fin de l’heure :-p)

Bien sûr, on connait tous les valeurs suivantes :

  • Octet
  • Kilooctet (10^3 octets = 10x10x10 = 1000)
  • Mégaoctet (10^6)
  • Gigaoctet (10^9)
  • Téraoctet (10^12)

Bref, le principal est de comprendre ce qu’est un bit, et de ne pas le confondre avec un byte ou un octet :

En effet, si vous avez un fichier de 5 Kbits à télécharger, vous comprenez maintenant bien que ce n’est pas 5 Koctets que vous allez télécharger : ce sera un fichier huit fois moins lourd, car :

  • 5 Kbits = 5×1000 = 5000 bits
  • 5 Koctets = 5x(1000×8) = 5×8000 = 40000 bits !

Enfin bon, maintenant avec les connexions haut débit ADSL à 500Ko/seconde, on n’y fait pas trop attention… :-p

Bon, et où je veux en venir? On va vite voir ça dans la deuxième partie!

II – Qu’est-ce-que change le fait d’avoir plus de bits?

Essayez de vous représenter la mémoire interne d’un ordinateur de manière très simple: un ensemble dont chaque parcelle la plus minuscule est une case mémoire, donc un ensemble composé de milliards de cases mémoires. Chaque case mémoire est assimilable à un bit.

En fait, quand vous lancez une application, téléchargez un fichier, écoutez de la musique, jouez à un jeu, enregistrez un document texte, faites un programme informatique… Vous utilisez des cases mémoires, donc des bits, et beaucoup.
Or, logiquement plus vous allez avoir de cases mémoires et plus vous allez avoir un ordinateur performant et rapide.
C’est le même principe pour les jeux vidéo.

Bien sûr, vous allez me dire (et je vous comprendrai):
« Mais à quoi ça sert, imaginons que j’ai 32 bits au lieu de 16, ben qu’est-ce-que ça va changer que j’utilise 32 millions de cases mémoires au lieu de 16 millions, si j’utilise des programmes qui n’occupent que 100, 1000 ou 10000 cases mémoire? »

Et là, je vous dis… Erreur ! En effet, le fait d’avoir 32 bits au lieu de 16, ne signifie pas du tout que vous avez 2 fois plus de possibilités!
Vous vous souvenez tout à l’heure, les 10^3, 10^6…? Ben c’est ce principe là:
Au lieu d’avoir 2^16, soit 65 536 possibilités, on a 2^32, soit… 4 294 967 296 possibilités !!

Vous l’avez compris, le passage du 8 bits au 16 bits était déjà une vraie révolution, puisqu’on passait de 256 à 65 536 possibilités: donc des opérations plus complexes, et tout cela se ressent dans tous les domaines du jeu vidéo: graphismes plus beaux, jeux plus fluide, un son meilleur, beaucoup plus de couleurs, durée de vie plus longue, etc etc…

L’exemple le plus criant est celui des couleurs! Logiquement, une console 8 bits pourra donc afficher 2^8 soit 256 couleurs. En revanche, une console 16 bits va afficher 2^16 soit… 65 536 couleurs!
Ça y est, vous commencez à mieux cerner l’intérêt des bits là? :-p
Tant mieux, car désormais on va parler de l’ histoire du jeu vidéo!

III – L’évolution des consoles vis-à-vis des bits.

L’ère du 8 bits

L’ère du 8 bits commence en fait avec l’une des plus célèbres des consoles de jeux: la Nintendo Entertainment System, ou NES, disposant d’un processeur 8 bits de Ricoh basé sur un cœur 6502 de MOS Technology modifié. Certes, auparavant les consoles utilisaient déjà des processeurs 8 bits, mais leur qualité était moindre – et la « bataille des bits » commence réellement après le Krach du jeu vidéo de 1983 (année de sortie de la NES au Japon)!
D’autres consoles 8 bits sont aussi lancées: la PC Engine, la Sega Master System (processeur principal : Zilog Z80 8 bits), l’Atari 7800 ou la GX-4000. (Merci Google ^^)

Attention, notez que malgré le fait que ces consoles disposent toutes d’un processeur 8 bits, il n’est pas dit que leurs capacités étaient poussées au maximum!
Justement, pour l’exemple des couleurs: si l’Atari 7800 et la PC Engine affichaient 2^8 = 256 couleurs, la NES n’en affichait que 52 et la SMS 64.

Notez que la GameBoy/Color et la GameGear étaient toutes deux des consoles 8 bits aussi.
C’est durant cette ère que vont naître quelques séries aujourd’hui mythiques du jeu vidéo, par exemple Mario et Bomberman.

L’ère du 16 bits

Cette ère est dominée par la SNES de Nintendo et la Megadrive de Sega, mais d’autres consoles tirent leur épingle du jeu, telle la Neo Geo.
Les capacités des consoles de jeu augmentent ainsi relativement vite, la Super Nintendo peut afficher entre 256 et 4096 couleurs parmi une palette de 32768 couleurs, la Neo Geo disposant quant à elle d’une palette de 65536 couleurs.

Notez que contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’ère des 16 bits ne s’est pas terminée avec l’arrivée des consoles 32 bits et 64 bits, mais elle ne s’achève… qu’en 2004! En effet, le dernier jeu 16-bits sort sur la Neo Geo, le 19 octobre 2004!

Le 32 et 64 bits

Pourquoi mélanger 32 et 64 bits dans la même « ère »? En fait, il faut savoir qu’au moment où les premières consoles 32-64 bits arrivent sur le marché, on est encore en plein dans l’ère du 16-bits (vous vous souvenez ce que je viens de vous dire sur la fin de l’ère du 16 bits…?), et logiquement, les gains de performance sont faibles entre ces deux types de processeurs.

Cette ère est marquée par l’apparition de la PlayStation (32), de la Nintendo64 (64), la Saturn (32), ainsi que la Jaguar et la 3DO (mais dans une moindre mesure, le marché étant essentiellement dominé par les 3 premières consoles).

La différence est donc énorme, désormais: la PlayStation affiche 16,7 millions de couleurs, quasiment autant pour la Saturn.
Vous voyez donc comment, en trois générations de consoles, on passe de 256 à… 16 millions de couleurs!

Le 128 bits

Le fait marquant de cette ère est la disparition de Sega du marché des consoles de jeu vidéo, ceci étant principalement dû à l’arrivée et au succès de Sony, à plusieurs erreurs commerciales, et surtout à l’arrivée bien trop hâtive du processeur 128 bits avec la Dreamcast, alors que la Nintendo64 et la PlayStation connaissaient leurs heures de gloire.
Bien évidemment, les trois autres consoles de cette ère sont la GameCube, la PS2 et la xBox.

Cette ère est dominée par la PlayStation2, malgré les capacités plus importantes de la GameCube: la console de Nintendo perce moins, ceci étant dû au manque de soutien des éditeurs tiers.
La xBox connait à peu près le même succès que la GameCube.
Pourtant, cette génération marque la fin du nombre de bits mis en avant par les constructeurs…

IV – Et aujourd’hui, à quel stade en sommes-nous?

De nos jours, la qualité d’une console de jeu ne repose plus désormais sur le nombre de bits du processeur, mais d’autres facteurs, tels la vitesse du processeur, la bande passante et la taille de la mémoire vive.
Pour de nombreux analystes, la « guerre des bits » se termine avec la génération des 128 bits: en effet, les consoles ne sont plus exploitées au maximum, proposant trop de capacités.
L’exemple des couleurs: quel serait l’intérêt d’avoir
2^128 = 3.4×10^38 couleurs ??

Il faut savoir que la plupart des ordinateurs et OS (systèmes d’exploitation) d’aujourd’hui (XP, Vista, quelques Linux) ne sont qu’en 32 ou 64 bits pour certains!

C’est pourquoi désormais, les éditeurs mettent l’accent sur de nouvelles capacités des consoles: jeu et interface massivement en réseau, haute définition, transversalité des consoles (le fait de leur attribuer des multifonctions), détection de mouvements…

Enfin, la dernière raison est le nombre de transistors: vous vous doutez bien que faire passer un processeur de 16 à 32 bits, ça ne se fait pas en claquant des doigts!
Il est nécessaire pour cela d’augmenter considérablement le nombre de transistors présents dans un ordinateur… Or, si le premier microprocesseur comportait 2300 transistors en 1971, à la fin de la décennie, on était à 30 000 transistors, puis à la fin des années 80, 1 million de transistors, et des années 90, 30 millions… Et aujourd’hui nous sommes à un nombre de transistors qui excède 300 millions (certains microprocesseurs montent même à des milliards de transistors!)…
Mais la vraie question c’est: à quel point peut-on aller ainsi dans la micro, nanotechnologie voire « picotechnologie », tant ceci est petit ?
128 bits représente déjà une technologie immense!

En espérant que vous ayez un peu mieux compris tout ce beau bordel !