Jeudi 13 juin, nous nous sommes rendus à Paris, dans le quartier de Drouot, pour assister à la première vente aux enchères exclusivement consacrée aux jeux vidéo.

Nous en avons beaucoup parlé sur le forum de France Retrogaming,  et le sujet a également été abordé partout ailleurs sur internet et même sur les chaînes de télévision.

Cette vente, organisée par Camille Coste, n’a pas manqué de déchaîner les passions dans le débat de la spéculation.

Près de deux cents personnes étaient présentes parmi lesquelles beaucoup plus de curieux que d’enchérisseurs.

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Des jeux vidéo à Drouot ?

Si cela peut paraître absurde aux yeux du grand public que des jeux vidéo puissent se vendre plusieurs milliers d’euros en salle de vente, il faut expliquer que, si cette vente aux enchère est une première par sa nature (salle de vente publique), cela fait longtemps que les collectionneurs de jeux vidéo existent.

Il faut expliquer que, Internet n’a pas attendu la Maison de vente Millon & Associés pour que certains jeux rares ou dans un état rare se négocient à des prix élevés aux enchères sur ebay.

Enfin, il faut également expliquer que, comme le dit Camille Coste, l’expert de cette vente désigné par Alexandre Millon, le jeu vidéo a su se hisser au rang de Dixième Art.

Légitime ou pas ?

Sur Internet et sur les sites spécialisés, l’événement n’a pas manqué de créer le débat et d’offusquer de nombreux collectionneurs, effrayés de voir la collection de jeux vidéo intéresser Drouot.

Il faut reconnaître que les conséquences pour le milieu peuvent être dramatiques en terme d’augmentation des prix, car il risque d’y avoir une confusion du grand public entre leur exemplaire de Golden Eye 007 complet, qui ne vaut rien, et celui qui a atteint des sommets hallucinants jeudi soir à Drouot.

Il faut également expliquer pour bien comprendre les réactions négatives qu’il y a eu autour de cet événement, que ces collectionneurs qui sont prêts à dépenser l’équivalent de plusieurs salaires dans un jeu vidéo auquel ils ne joueront pas, sont très peu nombreux, en France et dans le monde.

Pour les joueurs, pour les passionnés du programme et non pas de l’objet, il est scandaleux que ce petit nombre de personnes influent sur les prix du marché. Et on peut bien le comprendre. Mais est-ce vraiment le cas ?

Allons nous vraiment vers une augmentation des prix des jeux rétro ?

Et bien effectivement, dés le lendemain de la vente chez Millon, il y avait un Golden Eye 64 complet à vendre pour 400 euros (près de 15 fois sa valeur) sur Leboncoin.

Mais cela fait bien longtemps que l’on assiste à de nombreuses mises en vente à prix excessifs et en contradiction avec l’offre disponible.

Nous avons d’ailleurs sur le forum un sujet qui compte plus de 3000 réponses consacrées à ses mises en vente trop chères et qui ne trouvent jamais preneur.

L’augmentation des prix existe depuis déjà plusieurs années, depuis que les collectionneurs se rencontrent sur certaines enchères du site ebay.

Effectivement en quelques années, les prix ont explosé (de manière disproportionnée à la disponibilité) pour des pièces communes, certainement du fait de la confusion entraînée par les prix qu’atteignent certaines pièces, mais aussi et surtout par la « mode » du Rétro et du Rétrogaming qui attire de plus en plus de monde.

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Un nouveau public, impatient de se constituer une ludothèque, se précipite sur tout et n’importe quoi à n’importe quel prix, créant ainsi une inflation non justifiée sur des jeux banals.

C’est là où, contrairement à ce qu’on pourrait croire – que cet événement va entretenir l’inflation – cachées derrière tous les arguments qui vont à l’encontre de cette vente aux enchères publique, on peut y voir les conséquences positives qu’elle pourrait avoir sur le marché.

Si les véritables jeux de collection se vendent désormais par le biais des maisons de vente, nous devrions assister rapidement à une meilleure distinction entre le jeu et la pièce de collection, et par conséquent à une stabilité des prix sur le commun.

Sauf que…

Les « vraies pièces de musée » qui étaient présentes, ne sont pas celles qui se sont vendues aux prix les plus élevés.

Certaines pièces véritablement exceptionnelles, jamais commercialisées, et auxquelles on peut attribuer un rôle dans l’histoire du média, se sont vendues à des prix très raisonnables.

C’est le cas par exemple de la console Odyssey FR qui fût non seulement la première console de jeux vidéo, mais dont l’exemplaire qui était proposé ici était tout simplement l’une des première consoles, si ce n’est LA toute première console de jeux vidéo à avoir foulé le sol français.

C’est le cas également de la mallette Atari ou du classeur de cartouches prototypes Atari, ou encore des jeux Super Mario Bros et Duck Hunt estampillés comme pièces à conviction lors du procès qui s’est tenu entre Nintendo et Magnavox en 1985.

Voilà les pièces de musée, qui n’ont pour certaines pas trouvé enchérisseurs au dessus de 1000 euros quand une Gamecube Final Fantasy, ou qu’un jeu Nintendo 64 ont dépassé les 1500 euros.

Quelque part, les collectionneurs de jeux vidéo ont manqué de maturité dans cette vente.

J’entends qu’ils n’ont pas su véritablement voir quelles étaient les plus belles pièces.

Cela s’explique par le fait que la plupart des collectionneurs de jeux vidéo n’est pas guidée dans ses acquisitions par une quelconque valeur historique ou documentaire de l’objet (ou alors dans une moindre mesure), mais par la nostalgie qu’entraînent certaines pièces, ou plutôt certains titres.

C’est là, une des particularités du milieu de la collection de jeux vidéo.

Une nouvelle vente est annoncée pour la fin du mois de novembre, nous verrons d’ici là comment va se comporter le marché, et comment vont se comporter les collectionneurs.

Nous verrons assez rapidement, si le marché se détraque, ou bien si, grâce à cette vente, des pièces de collection ressortent pour mieux dessiner l’offre disponible et conduire à des prix cohérents.