Hier, j’ai fini Assassin’s Creed III sur PS3. Licence phare d’Ubisoft sur PS360 sortant à la vive cadence d’un jeu par an depuis le second épisode, on peut très légitimement s’interroger sur sa qualité, surtout après un Assassin’s Creed : Revelations qui n’apportait vraiment rien de nouveau à la saga sinon une légère avancée dans le fil rouge du scénario de Desmond. En d’autres termes, l’éditeur épuise t-il son juteux filon jusqu’au ras-le-bol de son public ? A mon sens, Assassin’s Creed III est à la fois l’exemple typique des fameux jeux « triple A » de cette génération de consoles qui veulent en mettre plein les mirettes sans révolutionner le gameplay et (en partie) son contre-exemple en surprenant sur certains aspects un public habitué à une recette qui marche…

24485Tout d’abord, malgré un développement de trois ans, ce qui m’a frappé c’est le nombre de bugs dont souffre le jeu : bugs de collisions, lip-synch souvent approximative (quand ce ne sont pas carrément les lèvres d’un personnage qui ne bougent pas quand celui-ci parle !), mini-chargements intempestifs, etc. Rien qui empêche de jouer, non, mais la réelle impression d’un jeu sorti trop vite, oui ! Quelques mois supplémentaires de développement (enfin de corrections) n’auraient vraiment pas été de trop, mais voyez-vous il fallait bien sortir le jeu avant Noël pour en vendre un maximum…

Review-of-Assassins-Creed-3-anomaliesEnsuite, la tendance « toujours plus bac à sable » est de mise ; c’est bien simple au vu des cartes du jeu à explorer, on n’a l’impression qu’il n’y a que des quêtes annexes pour combler le vide ! Pour preuve, ayant fait le jeu en réelle ligne droite en 12h14 exactement, mon taux de complétion est seulement de 34%, en somme les 2/3 du jeu sont dévolus aux quêtes annexes (sic). Voilà bien ce qui est devenu symptomatique de beaucoup (trop) de jeux new/current-gen : toujours plus de contenus accessoires au détriment du scénario principal (voire du mode solo tout court) et du rythme de jeu ! Je ne suis pas contre l’idée de quêtes annexes mais ça commence à aller trop loin ; comme je vous le disais déjà pour Xenoblade Chronicles, le trop est l’ennemi du mieux, un jeu « riche » n’est pas forcément un jeu intéressant…

ACIII-Coffre-Boston-Coffre12-APourtant, Ubisoft sait apprendre de ces erreurs, rien qu’Assassin’s Creed II avait gommé énormément de défauts de l’épisode originel très répétitif, et sa suite Brotherhood avait encore amélioré la recette en variant missions et gameplay dans son scénario principal. Assassin’s Creed III quant à lui part déjà sur un nouvel héros (voire même deux d’une certaine manière) et un nouveau contexte historique (exit la Renaissance italienne d’Ezio) : Connor – de son vrai nom Ratonhnhaké:ton – est un métis de père Britannique et de mère Indienne qui va partir dans une quête de vengeance sous fond de guerre d’indépendance américaine (1776-1783). Le jeu (enfin la partie « Animus ») débute pourtant quelques décennies auparavant avec un autre personnage dénommé Haytham Kenway, qu’on soupçonne vite d’être le futur père de Connor. Ceci prend le joueur habitué à contrepied car ce prologue aux aventures de Connor dure tout de même quelques heures de jeu, et encore plus quand on arrive au terme de sa partie jouable alors qu’on découvre une vérité qu’on n’avait pas imaginé sur lui (mais chut !).

800px-ACIII-JohnsonsErrand_3Puis, quand vient enfin le tour du « vrai » héros du jeu d’entrer en scène, on commence par le contrôler enfant, et il faudra au bout du compte attendre quasiment 6h de jeu en ligne droite depuis le début avec Haytham (soit la moitié du titre me concernant) pour voir Connor enfin endosser son costume d’Assassin !!! Autant je salue ici l’audace des développeurs de sortir un peu des canons de la licence, en prenant réellement le temps de poser le contexte et les personnages, autant je me suis quand même un peu ennuyé entre chasse et autres missions « bouche-trous » peu palpitantes (je me croyais être de retour dans certains passages mous de Red Dead Redemption parfois, les environnements étant assez similaires). Alors certes les aires de jeu sont énormes et fourmillent de détails (Boston et la Frontière, New-York n’arrivant que dans le dernier tiers du scénario principal) et il y a de quoi faire si on aime se perdre en quêtes annexes, mais il s’agit plus de parcourir la carte d’un point A à un point B pour une rapide mission sans grand intérêt avant de revenir au point A qu’autre chose…

34y5tmqA ce stade, je craignais vraiment que tout le jeu ne soit à cette image. Mais c’est précisément à ce moment là que le jeu a vraiment démarré ! En effet, les missions à caractère historique se sont enchaînées (Boston Tea Party, batailles de Lexington et Concord, bataille de Bunker Hill, etc.) : c’est la guerre ! Mine de rien ça précipite beaucoup les choses, et les développeurs ont eu l’intelligence de varier les objectifs et les situations (rien que les missions navales augurent vraiment du bon pour le prochain épisode Black Flag !) tout en donnant davantage de carrure à certains personnages et de grain à moudre entre eux ; c’est bien simple, jamais le conflit Assassins/Templiers n’a été aussi peu manichéen ! Et c’est bien là tout le sel de cet épisode, les (trop) rares missions dans le présent avec Desmond apportant elles un peu plus de fraîcheur (sinon de pause salvatrice entre deux tranches de vie de Connor).

2c1299f33bab0f312d1b4b71b1cb1c2585fc7d4d-jpg__939x820_q85J’ai fini par comprendre que l’objectif des développeurs était vraiment de raconter une fresque historique, avec ses tenants et aboutissants, l’évolution des personnages et de leurs relations servant ici l’Histoire avec un grand H… Et c’est là qu’est le tour de force d’Assassin’s Creed III : avoir réussi à allier histoire fictive/romanesque du jeu (le conflit Assassins/Templiers pour résumer) avec évènements réels (la guerre d’indépendance américaine) ET avoir rendu le tout aussi crédible qu’intéressant, quoiqu’on puisse finalement regretter que le héros de cet opus ne soit pas le personnage le plus aimable (on lui préfèrera largement le flegme de son père, surtout à partir de la séquence 9), même s’il faut reconnaître qu’il est difficile de passer après Ezio auquel on a eu le temps de s’attacher en trois épisodes…

-57039-photo-crop-p08c7569dbf8b44eedbfb4e04856642ae-assassin-s-creed-3En conclusion, je dirais qu’Assassin’s Creed III se donne le temps de vivre : vivre le calme (très relatif) de la vie au grand air et ses changements de météo/saisons (très réussis), et vivre les turpitudes comme les moments héroïques des hommes d’une nation en devenir en guerre sur son propre sol. Techniquement inégal car mal fini, il réussit pourtant à emporter le joueur jusqu’au terme de son scénario principal après des heures d’errance. Le pari d’imposer un nouvel héros était difficile et n’est que partiellement réussi, Connor ayant un côté frondeur davantage tête à claques bornée qu’intrépide et appréciable (ce qui lui donne tout de même un certain réalisme, voire parfois une certaine épaisseur) mais le but des développeurs semblait davantage de raconter DES personnages dans le tourbillon de l’Histoire que de se focaliser sur un seul, et rien que pour cela on pardonnera volontiers à Ubisoft d’avoir pris le temps et le risque de surprendre son public plutôt que d’uniquement se concentrer à optimiser une recette qui marche depuis maintenant cinq épisodes sur console de salon…

Initialement posté sur le forum le 08/08/13