Je viens enfin de voir le bout de Bravely Default sur 3DS après 77h05 à la sauvegarde finale mais plus de 90h en temps réel de jeu. Ce titre de Square Enix est sorti en décembre dernier dans nos contrées avec sa réputation de J-RPG « à l’ancienne », et force est de constater que celle-ci n’est pas usurpée, redorant au passage le blason d’un genre un peu en berne ces dernières années. En effet, le J-RPG – à l’instar de n’importe quel autre type de jeu vidéo – a dû beaucoup évoluer pour sa pérennité depuis ses premiers émules au milieu des années 80, à savoir Final Fantasy et Dragon Quest, deux licences appartenant alors respectivement à Squaresoft et Enix. Mais si les sociétés autrefois concurrentes ne sont aujourd’hui plus qu’une seule entité, le genre qu’elles ont créé et développé a beaucoup changé pour faire face à un marché international et donc à un public aussi varié qu’exigeant. Les formules d’hier n’étant pas forcément au goût d’aujourd’hui, Square Enix a ainsi adapté ses vieilles recettes, non sans essuyer de vives critiques au passage, avec les derniers Final Fantasy en première ligne.

PS_3DS_BravelyDefault_enGBAussi a-t-on pu voir apparaître nombre de déclinaisons plus ou moins inspirées de grandes licences du J-RPG dans les années 2000, et si Dragon Quest semble s’orienter doucement vers le MMORPG au risque d’y perdre sa fanbase mais en gardant ses ingrédients classiques, Final Fantasy quant à lui a pris une toute autre tournure : la série canonique oscille entre MMORPG (pour les épisodes XI et XIV à ce jour), monde ouvert et combat libre (épisode XII), et jeu à couloirs (épisodes XIII et XIII-2) sur consoles de salon (certains peuvent même penser que la mutation à débuté à partir du cultissime épisode VII). Sur consoles portables, Final Fantasy nous a offert des spin-offs assez mineurs, restant sur des concepts narratifs et de gameplay très classiques. Si je vous parle de tout ceci avant de traiter directement du jeu qui fait l’objet de cet article, c’est que Bravely Default constitue justement une partie de l’héritage de cette mutation du J-RPG chez Square Enix !

Jeu_Bravely-Default-Flying-Fairy3Et oui, l’une des premières impressions de tout amateur de J-RPG en commençant Bravely Default est celle du déjà-vu ; pour preuve on a affaire une équipe de quatre héros aux caractères différents – certes archétypaux – mais efficaces car attachants ! Tout d’abord on rencontre Tiz Arrior, simple berger qui perd son frère et son village tout entier (Norende) dans un gouffre gigantesque dès l’introduction du jeu et dont l’un des buts sera de reconstruire sa patrie ; puis vient Agnès Oblige, vestale du vent (une sorte de prêtresse) accompagnée de la fée cristalline Airy qui désire réveiller les quatre cristaux élémentaires du monde (vent, eau, feu, terre) ; ensuite fait-on la connaissance de Ringabel, mystérieux personnage car amnésique de son état (et accessoirement dragueur impénitent !) dont le nom se base justement sur un malicieux jeu de mots en anglais (l’expression « ring a bell » signifiant « dire/rappeler quelque chose », le personnage éponyme va se remémorer son identité par fragments au cours du jeu) ; et enfin la tempétueuse Edéa Lee est la fille unique du grand Maréchal du duché d’Eternia qui se rebelle bien vite contre la volonté de son père.

gaming_bravely_default_6.pngLa quête de ce quatuor haut en couleurs consistera à sauver le monde de Luxendarc en libérant l’énergie des quatre cristaux élémentaires disséminés sur la planète tout en se confrontant aux forces voulant les en empêcher, mais bien évidemment rien ne sera aussi manichéen que les apparences ne le laissent songer de prime abord et les héros ne seront pas au bout de leurs surprises, les retournements de situations ne manqueront pas de surgir au fur et à mesure de l’aventure jusqu’à son terme et épilogue teasant de façon originale (en utilisant les fonctions gyroscopiques de la 3DS) sa suite en cours de développement Bravely Second. Ainsi, on se rend vite compte que l’on a affaire à un J-RPG très classique dans sa situation initiale et dans ses personnages (les rôles secondaires étant vraiment chouettes eux aussi), mais également très efficace car on suit tout ce petit monde avec plaisir. L’histoire prendra tout de même une tournure que l’on n’avait pas prévu alors qu’on pense arriver au terme de l’aventure et relancera les choses dans le dernier gros tiers du jeu – hélas de façon très répétitive dans la quête principale, le grand mérite revenant aux quêtes secondaires variant savoureusement des situations déjà vécues auparavant. D’ailleurs je conseille fortement de vous frotter à toutes ces missions annexes qui sont vraiment intéressantes et contribuent à la bonne compréhension du monde de Luxendarc et de ses habitants, et révèlent tout le sel et la pertinence du réveil des cristaux élémentaires ! Une bonne partie de la durée de vie du soft est justement due à la résolution de tous ces à-côtés que le jeu a à offrir.

BD_Menu_2_FRLe gameplay revêt lui aussi un classicisme ambiant tout en injectant une dynamique simple mais fort judicieuse au combat au tour par tour ; en effet, toute la tactique que l’on pourra apporter aux milliers de rixes dont il faudra sortir vainqueur repose sur un système donnant son titre au jeu : la fonction Brave permet au personnage y ayant recours d’accomplir une action supplémentaire dans un même tour (comme par exemple attaquer deux fois au lieu d’une seule, attaquer une fois et se soigner, etc.), ceci étant faisable jusqu’à quatre fois par tour et par personnage ! La contrepartie de cette possibilité  de jeu est la perte d’action au(x) tour(s) suivant(s), laissant le(s) personnage(s) concerné(s) complètement à la merci de leur(s) ennemi(s)… Et c’est là que la fonction Default intervient ! Pour parer à l’éventualité de ne pouvoir rien faire pour un ou plusieurs personnages pendant un ou plusieurs tours au risque de mourir et de perdre le combat en un rien de temps, il conviendra d’utiliser Default avant Brave car cette action met non seulement le(s) personnage(s) la choisissant en garde mais elle permet surtout d’accumuler le nombre d’actions possibles par tour avant de pouvoir contre-attaquer violemment avec Brave sans se retrouver incapable d’agir au(x) tour(s) suivant(s) ! En somme, c’est en usant et en alternant intelligemment ces deux fonctions suivant les ennemis à affronter que l’on sortira vainqueur et que l’on progressera.

2372327-mediumEn outre, si l’on passe de longues et très nombreuses heures à jouer à Bravely Default, c’est principalement en raison de sa difficulté. Et oui, encore un ingrédient quasi-incontournable d’anciens J-RPGs ! Non pas que l’on meure souvent (quoique…) mais il ne faut pas rechigner à combattre dès que l’occasion se présente pour améliorer ses niveaux d’expérience et ainsi pouvoir défaire les innombrables bosses aux techniques variées qui jonchent notre parcours, faute de quoi il sera indispensable de pratiquer des séances de levelling régulières afin de pouvoir poursuivre l’aventure sans trop d’encombres. Mais là où les développeurs ont eu l’intelligence de se servir de ce qui a été fait précédemment dans d’autres J-RPGs et qui facilite la vie du joueur, c’est en laissant l’opportunité de paramétrer une très grande partie des conditions de jeu !

divQue ce soit la difficulté des combats (trois modes disponibles : facile, normal, difficile) ou leur vitesse (en accélérant les animations) sinon leur déroulement (jusqu’à les automatiser, ce qui est fort pratique pour le levelling quant on a trouvé un bon coin pour le faire), ou encore la fréquence des ennemis (de jamais à tous les 2 mètres !), Bravely Default offre une multitude de possibilités pour personnaliser ses parties, et c’est sans parler des interactions en ligne que l’on peut solliciter si on le désire (système de mentorat entre joueurs pour acquérir une ou plusieurs capacités avant l’heure, partage de techniques/actions/force de combat, reconstruction du village de Norende avec gain de nouveaux objets à acheter, affrontements de bosses optionnels appelés « Colosses », etc.). Bref, ce ne sont donc pas les solutions qui manquent pour s’en sortir !

div2Je mettrais malgré tout un bémol quant à la difficulté et le levelling peu rapide qui m’ont contraint à me mettre en mode facile au chapitre 5 (alors que j’étais en mode normal depuis le début) afin de pouvoir poursuivre, puis à m’arrêter pour justement augmenter mes statistiques de façon significative (j’ai tout poussé au maximum) mais sans être pour autant à l’abri d’une défaite (le boss final mérite d’ailleurs son statut et m’a mis en difficulté alors que je pensais avoir trouvé une technique de combat plutôt safe pendant le chapitre précédent). Aussi, j’avoue imputer la très (trop) grande durée de vie du soft à cette difficulté parfois rebutante, même si on aime également rester flâner en quêtes annexes pour tout dire…

Jobs 1Dernier morceau que je tiens à évoquer, et non des moindres, le système de jobs ou classes hérité de Final Fantasy III et V. Il s’agit là d’un total de 24 classes aux caractéristiques différentes et complémentaires à découvrir et à améliorer pour chaque personnage, des très classiques mages blancs/noirs, chevaliers, ou moines au moins communs illusionnistes, vampires, artistes ou maitres des potions pour ne citer que ceux-là ! Le triple intérêt de ces classes réside dans le fait de pouvoir cumuler leurs pouvoirs : on choisit une classe dont le personnage portera les traits physiques (costume et caractéristiques), une classe secondaire déjà portée au préalable dont les pouvoirs débloqués sont également utilisables en combat, et en sus jusqu’à quatre propriétés également obtenues en montant les niveaux de classe. Ainsi, peut-on varier les approches et encore une fois personnaliser ses personnages à loisir selon les situations ou les envies, que ce soit en formant une équipe équilibrée entre guerriers et magiciens ou en constituant un quatuor de mages ou bien de tanks par exemple ! Je précise que j’ai également cherché à monter toutes les classes au maximum (niveau 14 pour chacune), mais cela m’a pris beaucoup plus de temps que le levelling classique jusqu’au niveau 99.

Jobs 2En conclusion, je réaffirme que Bravely Default est l’héritier du savoir-faire de Square Enix en terme de J-RPG old school et actuels. La filiation aux premiers Final Fantasy est évidente (le jeu est d’ailleurs une sorte de suite spirituelle de Final Fantasy : The 4 Heroes of Light sorti sur DS) et le studio qui a développé le jeu (Silicon Studio) est également l’auteur de l’inattendu mais non moins excellent 3D Dot Game Heroes (sorti sur PS3 en 2009) qui constitue un bien bel hommage aux A-RPG mythiques, The Legend of Zelda en tête ! C’est donc tout l’amour des jeux rétro que porte ce studio dans ses développements et qui s’emploie à y insuffler foule d’améliorations aussi simples qu’intelligentes et appréciables pour le confort de jeu de chacun, piochées dans un genre qui n’a visiblement pas encore dit son dernier mot pour notre plus grand plaisir. Alors non, Bravely Default n’est pas parfait et ne réinvente pas la poudre non plus (ce n’est pas sa prétention de toutes façons) mais il demeure l’exemple rafraîchissant que les amateurs de J-RPG rétro attendaient depuis bien longtemps, montrant de façon éclatante que l’on peut faire du neuf avec du vieux sans laisser un arrière-goût de recyclage au passage. Pourvu que le prochain épisode Bravely Second suive la même voie !