Hier, j’ai fini Dead Space 3 sur PS3 en un peu plus de 23h. Si la franchise a davantage rencontré un succès critique que commercial dès son premier épisode en 2008, revenant aux fondamentaux du genre auquel il se réclame – à savoir le survival-horror – en suscitant peur et angoisse aux joueurs, son éditeur Electronic Arts ne pouvait s’en contenter et a abordé dès le second épisode une transformation plus axée vers l’action et le sensationnel pour essayer de brasser un public plus large. Qu’en est-il de ce dernier né ? La peur est-elle au rendez-vous ? Dead Space 3 fait-il évoluer la licence dans le bon sens ?

1451144Il est de bon ton de comparer Dead Space à une autre licence fort connue – mais du côté du cinéma – j’ai nommé Alien. En effet, la saga initiée par Ridley Scott en 1979 a pour décor un vaisseau perdu au fin fond de l’espace dont l’équipage se fait décimer par une créature hostile, le xénomorphe. Le lieutenant Ellen Ripley sera l’unique survivante du Nostromo. Quant à Isaac Clarke, le héros maudit de Dead Space, il devra trouver son chemin dans le brise-surface USG Ishimura en faisant face à toute une armée de créatures cauchemardesques, les nécromorphes, dans le premier épisode de la série. Les deux œuvres se ressemblent (ce sont deux huis-clos angoissants) et il est intéressant de comparer l’évolution de chaque franchise. Dès les seconds épisodes le ton change : Aliens : Le Retour comme Dead Space 2 prennent un virage artistique où l’action pure et dure concurrence férocement le sentiment de peur. Si certains y voient le début de la fin, d’autres relèvent la volonté salvatrice de ne pas se scléroser ad vitam eternam dans une seule et même formule en s’émancipant justement d’un premier épisode très marqué et marquant.

Dead-Space-3Suite aux vives critiques essuyées par James Cameron et son approche grand spectacle de la licence, le réalisateur David Fincher décide de revenir à un ton plus intimiste, plus proche de l’opus original, dans Alien 3, en enfermant Ripley sur une planète-prison quasi oubliée de tous. Le studio Visceral Games, aux commandes de la licence vidéoludique depuis ses débuts sous la houlette d’EA, décide d’expédier Isaac Clarke sur la lointaine planète glacée et abandonnée Tau Volantis dans Dead Space 3. Mais la ressemblance entre les deux sagas s’arrête là. En effet, Dead Space 3 poursuit la mutation amorcée par son prédécesseur ; le gameplay reste solide et le début de l’aventure se déroule en huis-clos dans des épaves de vaisseaux comme le premier épisode, mais sans retrouver cette ambiance anxiogène ou même s’en approchant. L’arrivée sur la planète Tau Volantis ne fait que confirmer cette impression ; Dead Space 3 se réclame davantage d’un TPS « classique » à la Gears of Wars (avec des aires de jeu certes plus confinées que celles des hits d’Epic Games) que d’un survival-horror glauque et malsain, et ce ne sont pas les munitions et kits de survie à foison, ni le système de crafting des armes, ni surtout la possibilité de faire le jeu en mode coopératif qui me feront penser le contraire !

Dead Space 3Pour autant, l’aventure se poursuit sans réel ennui, et apporte même quelques améliorations appréciables (comme les chapitres facultatifs qui brisent un peu la linéarité du titre, les passages d’ascension et de descente en rappel, ou encore certains bosses plutôt collants par exemple), mais là où Dead Space 2 avait réussi à trouver un fragile équilibre entre action et horreur, Dead Space 3 s’essouffle beaucoup dans sa mise en scène et peine à offrir des moments mémorables. Autant je veux bien croire avoir acquis une certaine expérience face à la peur grâce aux épisodes précédents (et surtout le premier encore une fois), autant ici je ne suis pas du tout ressorti de l’aventure dans le même état d’esprit qu’auparavant. En d’autres termes, Dead Space 3 est un bon TPS mais un mauvais Dead Space !

Dead-Space3Je ne m’étalerai pas non plus sur le fait d’avoir la vraie fin du jeu en DLC, augmentant à peine d’1h30 – 2h la durée de vie pour la modique somme de 10€ (sic), les gros éditeurs tiers comme EA ayant pris la fâcheuse habitude de prendre leurs publics pour des vaches à lait sur cette génération de console en vendant leurs titres en kit (re-sic). Mais si les ventes de Dead Space 3 n’ont clairement pas été à la hauteur des espérances des actionnaires d’EA, ce sont encore et toujours les joueurs qui en subissent les conséquences en perdant (temporairement ?) une licence initialement accrocheuse et diablement efficace sur l’autel du profit. Ceci dit, si c’est pour mettre la franchise en sommeil suffisamment longtemps pour retrouver la fraîcheur des débuts (seulement deux années séparent les sorties de Dead Space 2 et 3), je ne dis clairement pas non, d’autant plus que la vraie fin du jeu dans le DLC Awakened ouvre très clairement la porte à un (ultime ?) épisode 4…

Initialement posté sur le forum le 24/09/13