Hier, j’ai fini (pour de bon ?) Rayman Legends sur Wii U. Très attendue au tournant par les possesseurs de la dernière console de salon de Nintendo qui peine à décoller, cette non-exclusivité est avant tout la suite de l’inattendu Rayman Origins sorti en 2011 sur toutes les consoles. En effet, après une trilogie multiplateformes en 2D et en 3D, le héros sans membres de Michel Ancel a connu une période creuse – son créateur travaillant sur d’autres projets comme Beyond Good And Evil par exemple – et revint un peu sur le devant de la scène dans des party games déjantés aux côtés des Lapins Crétins qui lui volèrent bien vite la vedette… Aussi, l’annonce d’un jeu en 2D « à l’ancienne » surprit d’abord le public mais le résultat mit tout le monde d’accord : Rayman Origins était une vague de fraîcheur dans un marché de plus en plus formaté, une vraie petite bombe vidéoludique, une sorte de retour aux sources du jeu de plate-forme ! Rayman Legends se devait donc de faire au moins aussi bien que son prédécesseur (et non un épisode 1.5 comme c’est souvent le cas des suites…) pour que la licence d’Ubisoft retrouve sa pérennité. Le pari est-il réussi ?

rayman_legends_wii_u_palTirer parti du gamepad de la Wii U (le fameux gameplay asymétrique si cher à Nintendo) a été décisif dans le processus de création afin d’offrir une nouvelle expérience de jeu ; en effet, Michel Ancel décida d’aller encore plus loin dans le dépoussiérage de son héros fétiche en utilisant le personnage de Murfy (une petite créature volante invincible – mélange improbable d’une fée et d’une grenouille) que l’on manipule de façon tactile (donc directement sur l’écran du gamepad) ou gyroscopique, capable d’interagir avec certains éléments du décor pour aider son comparse Globox – bien mortel lui mais à l’IA peu décevante – à traverser bon nombre de niveaux. Aussi s’il n’est pas rare que Rayman (ou l’un des nombreux autres personnages délivrés au fil du jeu et devenus jouables) passe la main à Murfy et son acolyte quasiment dès le début d’un niveau, les réjouissances ne s’arrêtent pas là : si Origins était un très bon jeu de plate-forme old-school à la fois simple, efficace, et accessible tout en offrant du challenge pour les plus exigeants, Legends – outre graphiquement et de par sa bande-son aux petits oignons (chapeau bas au compositeur Christophe Héral au passage !) – optimise la recette en matière de rythme de jeu principalement ; c’est bien simple : les niveaux sont globalement beaucoup plus intenses que ceux d’Origins sans être forcément plus courts, et s’enchaînent dans une bonne humeur débordante et sans temps mort (la comparaison entre les deux titres est d’autant plus aisée qu’un best of d’Origins de pas moins de quarante niveaux est inclus dans Legends) ; on se retrouve d’une certaine manière dans un opéra-rock vidéoludique, et ce ne sont pas les niveaux musicaux ponctuant la fin de chaque monde qui me feront penser le contraire !

220-d2acb6d1c311d6a001d2030c0a800373Véritables vitrines du jeu (notamment le Castle Rock de la démo), ces niveaux basent leur gameplay (sauts et coups du personnage joué) littéralement sur le rythme de leur bande-son, à savoir des remixes de chansons connues variant entre le classique et surtout le hard rock ! Tout un programme donc… Ces niveaux succulents qu’on aurait espéré plus nombreux méritent à eux seuls l’achat du jeu à mes yeux, car même si on finit par les connaître par cœur à force de les faire (ou du moins d’essayer d’en arriver au bout) on y revient à chaque fois avec un grand plaisir (et pas qu’auditif !), sans oublier leurs variantes pas piquées des vers (et à finir d’une traite !) dans le monde bonus qui n’a rien de bien secret…

8322c4394a6c05c1c121df9b41dc08fePar ailleurs, les cinq mondes du jeu sont inspirés de contes et légendes populaires comme « Jack et le haricot magique » par exemple. Toutefois, je dois avouer que ce n’est qu’à partir du troisième monde (« Fiesta de los Muertos », la fête des morts mexicaine) que j’ai été pleinement convaincu du génie délirant de Michel Ancel et de son équipe car, non contents de proposer des environnements qui sortent de l’ordinaire (même s’ils peuvent parfois s’apparenter à ceux d’Origins), ces développeurs-trublions transpirant d’humour et de fantaisie ont poussés le vice à débrider encore davantage leur imagination fertile en proposant régulièrement des clins d’œil plus ou moins appuyés et parodiques à des références populaires issues des cultures geeks au sens large (on y trouve même du Terminator !). A ce titre, le quatrième monde « 20 000 Lieues sous les Lums » s’inspire autant du roman de Jules Verne que des films d’espionnage des années soixante – les James Bond en tête ! – et le cinquième, « Olympus Maximus », revisite la mythologie grecque un peu à la manière du Hercule de Disney pour le style graphique et le côté décalé… Les bosses (toujours en rapport avec leur monde d’origine) ne sont quant à eux certes pas inoubliables (quoique…) mais au moins forts plaisants à défaut d’être cauchemardesques de difficulté.

wu_raymanlegendsjTransition toute trouvée vers un point névralgique du titre, Rayman Legends comme Origins avant lui se permet à la fois une étonnante accessibilité pour les joueurs occasionnels voulant simplement passer un bon moment et les hardcore gamers ne jurant que par les plus grandes prouesses et les hi-scores ! En effet, s’il suffit de franchir un niveau souvent sans trop forcer (le système de vies infinies et les checkpoints réguliers n’y sont pas étrangers, n’entamant jamais notre enthousiasme ni notre patience) pour pouvoir accéder au suivant et ainsi de jouer un peu à la carte si on le souhaite, le jeu offre également davantage de profondeur pour peu que l’on se décide à sauver tous les Ptizêtres de chaque niveau (au nombre de trois ou dix à chaque fois sur un total de 700) et/ou à décrocher toutes les coupes en ramassant le maximum de Lums, mais c’est finalement le mode Challenges et ses défis quotidiens qui comblera les joueurs les plus acharnés…

rayman-legends-12.h450En résulte donc un titre riche, complet et fort bien pensé (que ce soit dans son gameplay ou son rythme) surpassant très nettement son aîné, à l’ambiance cartoon que le grand Tex Avery lui-même n’aurait pas certainement pas renié, aux personnages savoureux mais interchangeables évoluant dans un univers coloré, facétieux et terriblement attachant – en somme unique ! Rayman se paie même carrément le luxe de battre l’infatigable Mario sur son propre terrain (pour ne pas dire sa propre plate-forme, sans mauvais jeu de mot bien sûr !), là où le plombier perd en originalité, en enchantement et en finesse dans ses dernières aventures en 2D – excusez du peu – même si les deux licences ne brillent pas du tout par leurs scénarii par contre… Cerise sur le gâteau, Rayman Legends peut très bien se voir comme un jeu d’auteur(s) aux délires entre potes communicatifs ne se prenant jamais la (grosse) tête, assorti de revisites régulières de sa propre mythologie dans les niveaux « envahis » (et surtout chronométrés) dans lesquels les éléments d’un monde s’incrustent dans un autre pour un résultat audacieux mais toujours cohérent, faisant du titre un die and retry diablement accrocheur qui plaira autant aux retrogamers convaincus qu’aux joueurs new/current-gen ! Là demeure tout le génie et le savoir-faire de l’inénarrable Michel Ancel qui est un peu notre Shigeru Miyamoto national au bout du compte… Bref, tout ça pour vous dire que la Wii U tient avec Rayman Legends son meilleur titre à ce jour, et de loin !

Initialement posté sur le forum le 11/09/13