Fan de The Legend of Zelda depuis ses débuts sur NES et Game & Watch, je fais parti de cette génération de joueurs ayant grandi avec la licence et été témoin de son évolution sur ses plus de vingt-cinq années d’existence aujourd’hui. A dire vrai, la sortie d’un nouvel opus sur console portable a rarement été synonyme d’excellente nouvelle (si on excepte le poétique Link’s Awakening sur Game Boy bien sûr), les jeux en question faisant davantage office de bouche-trous plus ou moins de qualité pour faire patienter le public jusqu’au prochain « grand » épisode sur console de salon (sinon de laboratoire d’idées de gameplay ou tout simplement de remakes) que de réels titres majeurs dans la saga. Pourtant, le producteur Eiji Aonuma a dès le début annoncé la couleur avec A Link Between Worlds sur 3DS en le présentant comme la suite de A Link to the Past sur Super Nintendo ! C’est donc en tant que successeur du titre se disputant généralement la place de meilleur Zelda face à Ocarina of Time dans le cœur des fans (excusez du peu !) que ce new challenger va tenter de se faire une place au soleil sous la triforce…

nintendo-legend-of-zelda-a-link-between-worlds-3dsThe Legend of Zelda : A Link Between Worlds se déroule ainsi dans le même Hyrule que son aîné de la console 16-bits de Nintendo ; les habitués y trouveront d’ailleurs très vite leurs marques car la carte du royaume est quasiment identique, les musiques sont elles-aussi les mêmes mais réorchestrées, sans oublier les graphismes qui ont droit à un bon petit lifting ! Aussi, si certains pourraient y voir une certaine paresse de la part des développeurs, cette mauvaise impression disparaît bien vite car la magie opère sans attendre ; en effet, le jeu ne se contente pas de reprendre les ingrédients d’un jeu culte pour beaucoup pour les resservir tels quels : la nouveauté principale de gameplay réside en la capacité de Link à devenir une peinture pouvant se déplacer sur les murs, et croyez-moi que ce n’est pas un banal petit changement étant donné qu’elle permet une toute autre approche des énigmes à résoudre, que ce soit dans les donjons ou dans la quête de quarts de cœur par exemple !

zelda-a-link-between-worlds-screen-01D’ailleurs, ce pouvoir que l’on obtient au bout du premier palais est directement lié au scénario, lequel – sans vouloir spoiler – fait apparaître un monde parallèle appelé Lorule dans lequel Link pourra voyager via des failles disséminées un peu partout dans Hyrule. En fait, Lorule est clairement le pendant négatif d’Hyrule, l’équivalent du monde des ténèbres de A Link to the Past, ou encore de celui du Crépuscule de Twilight Princess, et il faudra jouer entre les deux mondes pour venir à bout du jeu et en découvrir tous les secrets qu’il regorge… En outre, des clins d’œil plus ou moins marqués à d’autres opus de la saga renforcent l’idée que A Link Between Worlds est davantage qu’un hommage à l’épisode Super Nintendo, comme la présence du fameux masque de Majora dans la maison de Link pour n’en citer qu’un !

013-1Ceci dit, il serait erroné de penser que le jeu ne se contente de faire que du fan-service. En effet, l’autre changement qui bouscule les canons de la licence est la liberté du joueur à explorer les donjons dans n’importe quel ordre ou presque ! Une telle prouesse impose fatalement une concession, celle de ne plus lier l’obtention d’une arme secondaire ou d’un objet à un donjon en particulier, un standard que justement A Link to the Past avait réellement instauré (les épisodes NES laissant davantage de marge sur ce point). Cela implique que les objets que le joueur pourra dénicher au sein des donjons ne sont pas indispensables pour finir le jeu, mais on aurait bien tort de s’en priver car il s’agit de power-ups et autres upgrades de l’équipement de base du héros (tuniques, bouclier…). Cela ne signifie pas pour autant que les classiques arc, boomerang, bombes et autres marteau ou grappin ont disparu mais que l’on aura la possibilité de les louer pour une poignée de rubis (avant de pouvoir les acheter définitivement) au mystérieux personnage de Lavio qui a élu domicile dans la demeure de Link tant qu’à faire ! A noter que la location s’achève en cas de Game Over et qu’il faudra repasser à la caisse le cas échéant mais le jeu est heureusement fort généreux en rubis (voire trop) pour ne pas être frustré de devoir partir en quête d’argent avant de pouvoir repartir à l’assaut d’un donjon récalcitrant par exemple.

6753_9A dire vrai, c’est même la difficulté globale de l’aventure qui en pâtit : pour preuve, je n’ai pas vu une seule fois l’écran Game Over avant de finir le jeu !! Je préfère pourtant relativiser un peu mes propos avant que l’on ne hurle au scandale : en tant que fan de la première heure, je suis vraiment en terrain bien connu dès qu’il s’agit d’énigmes à résoudre ou de techniques à trouver pour battre un boss, non seulement j’ai acquis certains réflexes communs à tous les Zelda mais A Link Between Worlds se présentant comme un hommage à A Link to the Past (l’un de mes épisodes préférés) il y a énormément de similitudes entre les deux opus que ce soit justement dans les secrets à découvrir ou les bosses à terrasser ! Aussi, un néophyte ou un non habitué de la licence mettra davantage de temps à en voir le bout qu’un vieux routard comme moi…

the-legend-of-zelda-between-worlds-Concet-Art-Daily-Nintendo-19Enfin ce n’est pas en raison d’une difficulté rabaissée que j’ai boudé mon plaisir, bien au contraire même ! Redécouvrir le royaume d’Hyrule d’antan et arpenter celui de Lorule a mêlé insidieusement et paradoxalement nostalgie et fraîcheur, et a du coup démontré sans fioritures le savoir-faire de Nintendo de pouvoir créer du neuf sur de l’existant en réussissant en même temps à insuffler une identité propre à une « suite ». C’est pourquoi – à l’exception des joueurs les plus exigeants qui y trouveront toujours à redire de toutes façons – The Legend of Zelda : A Link Between Worlds ne se présente non pas comme l’épisode du renouveau (il n’en a pas la prétention d’ailleurs) mais comme la célébration de tout un pan de la saga qu’on aurait bien tort d’oublier depuis l’arrivée de la 3D (sur laquelle le jeu s’appuie également beaucoup mine de rien – 3DS oblige – mais heureusement sans exploser nos rétines au passage), auquel s’ajoute des astuces de gameplay forts sympathiques et efficaces à défaut d’être totalement révolutionnaires et qui font la preuve de la constante recherche d’innovation dans la licence privilégiée de Nintendo. Au final, il s’agit là de l’un des meilleurs jeux de la console à l’heure actuelle tout simplement (je l’ai dévoré en même pas deux jours !), sur lequel je reviendrai avec grand plaisir comme je le fais de temps à autre avec son grand frère sur Super Nintendo… Et ça c’est la qualité d’un grand jeu !

Initialement posté sur le forum le 27/11/13