En choisissant de revenir à ses tous débuts, Lara m’a montré beaucoup d’elle, plus que jamais à vrai dire, j’avais affaire à une femme plutôt froide et dure jouant essentiellement sur sa plastique et ses capacités physiques pour arriver à ses fins auparavant (une sorte de James Bond au féminin), avant de poindre vers une certaine maturité très louable dans Underworld. Dans Tomb Raider, on est à un autre niveau : comment Lara est-elle devenue la femme qu’elle est aujourd’hui ? J’y ai découvert une Lara que je ne soupçonnais pas : vulnérable et forte à la fois, remplie de doutes et déterminée, ou encore touchante mais devenant peu à peu par nécessité de survie cette guerrière implacable qu’on connaît, ou du moins qu’on croyait connaître.

gaming_tomb_raider_ps3_1Car le traitement a vraiment été de choc, c’est le moins que je puisse dire ! En effet, dès le début Lara est plongée dans l’horreur, ne sachant ce qui lui arrive, et ne cherchant seulement qu’à fuir le danger par pur instinct de survie. Elle y parvient mais s’ensuivent des moments plus traumatisants les uns que les autres, échappant d’abord de justesse à des loups affamés (ses tous premiers ennemis de son épisode originel de 1996), puis un peu plus tard alors qu’elle se croyait en sécurité avec ses amis et autres naufragés de l’Endurance comme elle, la menace pèse à nouveau ; sauf que cette fois-ci ce sont des humains qui l’attaquent elle et les autres ! Et c’est ligotée que Lara doit se faire discrète pour espérer s’enfuir de ses plus que probables futurs bourreaux, manquant même que l’un d’entre eux n’ose souiller sa vertu avant (ou après plutôt) l’avoir tuée de ses mains ! L’immersion est totale, finie la poupée Barbie qu’on pouvait habiller à notre guise dans Legend et Underworld entre 2 niveaux, ici on s’attache fortement à cette Lara sous adrénaline qui restera coincée sur une seule et même île du début à la fin, apprendra à se battre avant tout pour sa vie et celle de ses compagnons d’infortune, et va se surpasser, que dis-je, se transcender !
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Autant certaines mauvaises langues auront beau critiquer un manque d’originalité que ce soit dans son gameplay ou dans ses influences en tous genres (Lara n’est pas seulement une pilleuse de tombes), que ce soit 24 pour le rythme effréné et les rebondissements, Lost pour le fantastique, l’île à la nature sauvage et aux hommes fous, Uncharted comme Max Payne 3 pour une idée de l’action et de la mise en scène, Assassin’s Creed pour la grimpette et le monde partiellement ouvert, ou encore Die Hard pour le côté « mauvais endroit aux mauvais moments et j’en prends plus que plein la gueule », autant Lara m’a embarqué avec elle dans une aventure sans nulle autre pareille à ce jour, diablement bien ficelée en jouant non seulement sur le registre émotif mais également – voire surtout – sur l’intensité des moments passés avec elle ; en d’autres termes, oui elle a puisé dans ce qui se fait de mieux, mais s’est appropriée les mécanismes de ses concurrents actuels (Uncharted en tête bien évidemment, d’où la comparaison récurrente avec celui qui l’a copié en premier lieu) en les mixant dans un tout cohérent, certes pas exempts de défauts (mineurs à mes yeux au vu de l’aventure), et sans crier au génie non plus.

Now-KidsEn fait, ce n’est pas seulement que j’ai été happé là où je ne pensais plus l’être, c’est que Lara m’a juste subjugué du début à la fin par sa force et sa ténacité à agir, simplement pour taper littéralement dans le vif (les Solarii ne s’en remettront pas, les gardes-tempête non plus d’ailleurs), devenant contrainte par les évènements à devenir adulte, à maîtriser son sort et à essayer de sauver ses amis, faute de quoi elle serait vouée mourir cruellement. Ainsi, rien ne lui sera épargné et malgré l’expérience acquise au prix du sang et des larmes, rien ne sera jamais déterminé pour Lara, le faux-pas (ou mauvais saut, bien qu’assisté il faut le reconnaître) est synonyme de mort abrupte et brutale, et surtout les errances subies et autres infiltrations voulues en territoire ennemi peuvent se révéler vite fatals si on y prend pas garde – avec quelques passages bien chauds (dans tous les sens du terme d’ailleurs) – que l’on soit submergé de prédateurs en tous genres ou que l’on ne réagisse pas à temps avec quelques QTE savamment distillés et très vite intuitifs. Et je dois avouer que j’ai rarement – voire pour ainsi dire jamais – vu quelqu’un s’en prendre autant dans la tronche que Lara et se relever pour toujours aller de l’avant et réussir l’impossible (c’est clairement inédit pour une femme, renforçant mon empathie pour elle), John Mac Clane comme Jack Bauer peuvent aller se rhabiller !

TR9_Screenshots_v1_Lara_GreatEscape_08Quant à l’histoire de ses débuts de survivante, elle n’est certes pas follement originale mais franchement bonne à mes yeux car surtout diaboliquement menée et terriblement efficace dans son déroulement (que l’on peut choisir de mettre de côté pour explorer les lieux, contrairement à un Uncharted qui ne propose quasiment que de l’action non-stop au détriment des énigmes), ce qui fait qu’on a franchement du mal à lâcher la manette que ce soit pour aller manger ou dormir ; résultat pour moi : 12h d’affilée pour ma première « partie » et facilement 8h pour la deuxième (plus entrecoupée de pauses ceci dit) en inspectant les moindres recoins de l’île pour récupérer le maximum d’objets, reliques, documents, et d’expérience par la même occasion ! Les puristes et autres fans des premières heures pourront regretter le manque d’énigmes (ou leur relative facilité), sacrifiées sur l’autel de l’action et d’une narration trépidante, il est vrai que là n’est plus vraiment le propos de ce Tomb Raider

tombraider-2013-03-05-22-43-12-99En outre, les personnages secondaires ont également du relief (contrairement à ceux des autres aventures de Lara), même s’il laisse la part belle à la belle qui le devient vraiment (et enfin) à mes yeux car plus humaine et plus accessible, sans fioritures ni artifices de toutes sortes (on aide Lara seulement à courir, sauter et tuer, elle fait le reste toute seule, comme se baisser par exemple), on avance avec elle dans le jeu sans pouvoir prendre vraiment le temps de beaucoup réfléchir vu que l’on marche à l’instinct (pas que de survie d’ailleurs, la fonction du même nom est vraiment une aide plus que précieuse dans de nombreuses situations, trahison aux yeux de certains qui peut faire de cette aventure du tout assisté alors qu’on peut simplement choisir de ne pas utiliser cette capacité). Au final, Lara a pris le dessus des évènements à mes côtés, privilégiant au choix le chemin assez clairement indiqué pour s’en sortir ou celui plus calme (en apparence) de l’exploration de la recherche de reliques par exemple, activité qui m’apparaissait bien superflue dans ses « précédentes » aventures…

14.12-930x620-Tomb-Raider_scalewidth_630Pour moi, ce jeu mérite tous les éloges que j’ai pu lire ou entendre et son succès des ventes depuis qu’il est sorti, voire davantage, et il y aura très clairement un avant et un après Tomb Raider dans le monde des jeux vidéo à mes yeux, la barre est tellement haute, j’ai vécu une telle aventure que les futurs jeux « similaires » ou assimilés seront indubitablement comparés à celui-ci et plus à Uncharted, ce qui n’est que juste retour des choses après tout car Lara Croft a suscité bien des pillages de tombes bonnes idées – heureusement améliorées – de son gameplay notamment, que ce soit les sauts dans les Prince of Persia de la génération précédente de consoles, ou encore les énigmes et gunfights des Uncharted pour ne citer qu’eux. Alors je ne sais pas encore si les futurs The Last of Us ou encore Castlevania : Lords of Shadow 2 arriveront dans leurs genres respectifs à surpasser ce que Lara m’a fait ressentir dans Tomb Raider, mais je leur souhaite bien du courage et au moins autant d’audace pour tenter d’y parvenir !

TombRaider2Amis lecteurs qui m’avez lu jusqu’ici, le jeu vidéo sur new/current-gen est loin d’être encore mort, Tomb Raider vient de me le démontrer superbement, que ce soit en terme de graphismes (l’un des plus beaux jeux de la PS3, si ce n’est LE plus beau auquel j’ai pu jouer sur cette console, tout simplement), de détails judicieux et fourmillant (observez bien la nature comme le comportement des ennemis, il y a de quoi être surpris même si ce n’est pas parfait non plus), de musiques (sobres, belles, et judicieusement placées dans le déroulement du jeu qui ajoutent à l’ambiance tour à tour glauque, sauvage, ou même mélancolique), de gameplay (contrôles simples et intuitifs, on se maudit soi avant de maudire Lara pour n’avoir pas fait ce qu’on voulait qu’elle fasse, contrairement aux autres épisodes de la licence), d’ambiance (horrifique, glauque, comme juste sauvage), d’immersion et d’émotions ressenties. La jeune Lara se paye même le luxe de reconstruire le mythe de Lara Croft l’aventurière-archéologue-amazone ET de se montrer plus accessible que jamais à ceux qui ne la connaissent pas ou peu (les clins d’œil sont présents jusqu’à la fin du jeu). Vous l’aurez bien compris je pense, Tomb Raider est indubitablement et sans contestation possible le GOTY 2013 à ce jour pour moi. Et pis c’est tout  !
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Initialement posté sur le forum le 19/03/13