Kusoge (クソゲー) est un terme japonais qui signifie littéralement « jeu de merde ». Il est composé des mots « Kuso » (糞) qui veut dire « merde », et « Ge » (ゲー), abréviation de « game ».

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les kusoge ne sont nécessairement des mauvais jeux mais plutôt des jeux improbables reposant sur des concepts délirants ou s’illustrant par une réalisation délicieusement indigente et un gameplay absurde. On peut considérer le kusoge comme l’équivalent vidéoludique du nanar pour le cinéma. 

De temps à autre, je vous présenterai un de ces softs qui disent « crotte ! » aux ennuyeuses conventions vidéoludiques. Aujourd’hui, Ninja Golf.

Le guerrier de l’ombre se met au vert

 

Le swing et le yang

En 1992, dans l’album Froid Equateur, Enki Bilal imaginait le chessboxing, un sport hybride mélangeant boxe anglaise et jeu d’échecs. Deux ans auparavant, les californiens de BlueSky Software donnait naissance à un sport tout aussi improbable quoique bien plus ridicule: le golf ninja.

Moi qui cherchait un logo pour ma marque de T-shirt...

Ce truc devrait être imprimé sur des putains de T-shirts

 

Sorti en 1990 sur Atari 7800 (j’en entend déjà qui rigole), Ninja golf est un jeu qui mixe deux genres à priori inconciliables : le beat’em up et la simulation de golf. Le résultat, loin d’être dégueulasse, se paye le luxe d’être à la fois le plus flegmatique des ninja games et un rejeton illégitime du genre sport violent.

Il faudra attendre presque deux décennies avant de voir débarquer le seul autre jeu à avoir oser le cocktail action/golf nawak : le navrant Aqua Teen Hunger Force: Zombie Ninja Pro-Am sur PS2, adaptation d’un cartoon diffusé sur Adult Swim.

« Après de longues années d'entrainement Ninja, vous êtes enfin prêt pour l'épreuve la plus difficile...les neufs trous du Golf Ninja ! »

« Après de longues années d’entrainement Ninja, vous êtes enfin prêt pour l’épreuve la plus difficile…les neufs trous du Golf Ninja ! » Logique…

 

Ninja + Golf = Ninja Golf !

Le jeu comporte deux phases de gameplay bien distinctes. Pour commencer, vous êtes invité à définir la trajectoire de votre balle et à doser votre frappe (un peu au pif, il faut bien le dire) afin de vous rapprocher du green en un minimum de coups.

Comme dans une simulation traditionnelle, quoi. A ceci près, qu’il n’est pas possible de choisir son club et qu’il est inutile de vous préoccuper de la force du vent. C’est assez sommaire mais on est surtout là pour se marave.

Profitez bien du spectacle, ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un ninja exécuter un backswing

Vient alors le gros morceau: la partie castagne. Votre ninja doit maintenant rejoindre sa balle pour jouer le prochain coup. Malheureusement, il a paumé les clés de la voiturette. Il faudra faire le chemin à pieds et celui-ci est semé d’obstacles qui sont les entreprises égoïstes que fait sans fin surgir l’oeuvre du malin. Bref, moult sbires en veulent à votre intégrité physique et il va falloir vous défendre.

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Une phase de conduite de voiturette ninja aurait été la bienvenue pour varier les plaisirs

Pour anéantir grenouilles mutantes, taupes lanceuses de boue, ninjas colorés et autres cobras des sables qui peuplent cette rieuse prairie, votre ombrageux swingueur dispose d’une panoplie de coups qu’on hésite, tout de même, à qualifier de panoplie. En gros: un coup de tatane et les inévitables shuriken disponibles en quantité limité.

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Crouching Tiger Woods

Une fois sur le green, un dragon ondulant dans la plus pure tradition du rayon déco de chez Tang Frères fait office de boss. Quelques volées de shuri bien placées, et il ira gentiment vous attendre près du prochain trou, non sans avoir gagner en vitesse au passage, le bougre. Reproduisez l’exploit huit fois et vous serez enfin un véritable Maître ninja.

Dojo et dragon

 

Dans un trou de shuri…

Après une décennie de films plus nanardesques les uns que les autres  dans les années 80, il était somme toute logique que le ninja, hier encore fier représentant de la tradition martiale nippone, se gaufre de son piédestal et finisse par devenir une figure parodique de la culture populaire.

Désormais, le ninja est ridiculisé dans des jeux de course de trottinettes ou des versus fighting de merde sur Jaguar. Et c’est tant mieux ! Parce que c’est un vrai plaisir de gourmet de se caler une petite partie de Ninja Scooter Simulator, Kasumi Ninja ou Ninja Golf  au milieu d’une rétrospective VHS de Michael Dudikoff ou de Richard Harrison.

Sayonara !