Batman est un super-héros dont les adaptations vidéoludiques ont été de qualité inégale. Batman Returns fit par exemple l’objet d’un très bon beat’em all sur consoles 16 bits ; quant à Batman et Robin, son adaptation sur Playstation reste très mal considérée par les joueurs, fans ou non de la série. En 2009, quatre ans après le dernier jeu vidéo estampillé Batman, sort Batman Arkham Asylum. Le succès est immédiat et toutes les voix s’unissent pour affirmer que cet Arkham Asylum est incontestablement la meilleure adaptation vidéoludique de notre chauve-souris préférée, voire le meilleur jeu mettant en scène un personnage de comics jamais développé. Le titre de Rocksteady est-il donc de si bonne facture ? Ou bien les fans, trop heureux de pouvoir mettre la main sur un nouveau jeu Batman, l’ont-ils porté aux nues un peu hâtivement ? Réponse dans ce test.

Le détail qui tue : la cape qui se déchire !

Visuellement, Arkham Asylum est très impressionnant. Les personnages ont bénéficié d’une modélisation soignée et c’est un véritable plaisir que d’admirer le rictus mauvais du Joker ou le visage maquillé de Harley Quinn. Les personnages (en particulier les antagonistes) sont ici proches de ceux dépeints dans les deux films de Tim Burton ; leur aspect est dérangeant et malsain. Les décors ne sont clairement pas en reste ; leur apparence a été pensée pour être extrêmement glauque, et ce qu’il s’agisse de décors d’intérieur ou d’extérieur. Le jeu prenant place dans un asile pour criminels très dangereux, cela n’a rien d’étonnant. Vous serez ainsi amené à visiter entre autres un hôpital désaffecté, un quartier pénitentiaire, une morgue ou encore une serre ravagée par la végétation grouillante… Mention spéciale aux affrontements contre l’Epouvantail, moments de grâce où les environnements atteignent le paroxysme du malsain afin de décontenancer, voire effrayer, le joueur.

L’animation est quant à elle plutôt réussie, si l’on excepte quelques passages où les mouvements des différents protagonistes semblent être saccadés. On notera le soin apporté à des détails sans réelle importance, révélateurs d’une véritable application des développeurs ; par exemple, la cape de Batman se déchire de plus en plus à mesure que l’aventure avance et l’on peut voir sa barbe qui commence à pousser ! De plus, précisons que lorsque vous utilisez la vision radiographique (j’y reviendrai), des filtres colorés du plus bel effet couvrent l’écran, renforçant l’immersion.

Le Joker, un adversaire aussi délirant que dangereux.

La chauve-souris ou le serpent ?

Batman Arkham Asylum est un jeu d’action, mais il est clair qu’il a subi plusieurs influences qui en font un titre quelque peu touche-à-tout. L’objectif premier est de mener l’enquête sur l’île d’Arkham pour contrecarrer le Joker. Les différentes tâches à réaliser vous sont indiquées au fur et à mesure de votre progression, comme dans tout jeu d’action lambda.

La première influence notable est celle de Metroid. Dès le début du jeu, Batman évolue dans un monde ouvert mais ne peut pas accéder à tous les lieux du jeu car il ne possède pas les gadgets correspondants. On retrouve ainsi ce système de gadgets à récupérer pour pouvoir progresser, de même que les allers-retours inévitables dans un jeu adoptant un environnement non linéaire. De nombreux gadgets emblématiques de la chauve-souris sont à récupérer, tels le Batarang (un boomerang pour déclencher les mécanismes à distance), la Bat-griffe (qui fait office de grappin) ou encore le gel explosif (qui fait voler en éclats les murs les plus fragiles). Batman peut également planer dans les airs. Cependant, le titre est plus abouti qu’un Metroid dans le sens où l’obtention de ces gadgets constitue un aboutissement logique du scénario, contrairement aux jeux de Samus Aran où les différents power-ups attendent que le joueur vienne les dénicher dans leur salle. Précisons par ailleurs que ces gadgets sont améliorables à chaque fois que Batman gagne un niveau. Par exemple, vous pourrez créer un Batarang à tête chercheuse ou bien faire en sorte de pouvoir déclencher plusieurs charges de gel explosif à la fois. Le joueur gagne de l’expérience lorsqu’il bat les éventuels ennemis qui se dressent sur sa route.

Puisque nous parlons du système de combat, celui-ci est une des déceptions du titre puisqu’il est véritablement très simpliste et n’emploie que trois boutons : un pour esquiver, un pour frapper et un pour donner un coup de cape étourdissant l’ennemi. Les combats se résument souvent à appuyer frénétiquement sur le bouton de frappe puisque Batman se déplace automatiquement d’ennemi en ennemi durant un combo. Il est parfois possible de conclure un combo par une attaque spéciale du plus bel effet, au cours de laquelle Batman porte un coup fatal à un adversaire au ralenti. Dommage donc que ces combats semblent tout droit tirés d’un beat’em all du pauvre.

Lorsque le joueur ne combat pas, il sillonne les différents lieux d’Arkham à la recherche d’indices lui permettant de faire progresser l’enquête de notre chauve-souris préférée. Pour cela, Batman peut activer une vision radiographique qui fait apparaître en surbrillance les éléments importants (une molécule d’alcool dans l’air ou une empreinte de main, par exemple) mais permet également d’afficher des informations physiologiques sur les ennemis à proximité (leur rythme cardiaque, ou leur niveau de stress) afin de renseigner le joueur sur la meilleure technique à employer. Il est également possible d’analyser certains éléments-clés en maintenant le bouton de vision radiographique enfoncé. Le titre fait également la part belle à l’infiltration (et l’on sent très fortement l’influence de la série phare de Hideo Kojima, Metal Gear Solid) : il est tout à fait possible de s’approcher d’un ennemi dans son dos et de l’éliminer en l’étranglant discrètement. Batman sera également amené à traverser de nombreux conduits d’aération ou à utiliser sa Bat-griffe pour se déplacer de gargouille en gargouille et échapper au regard de ses ennemis. Il est clair que le jeu a été pensé pour pousser le joueur à jouer les hommes de l’ombre, lorsque l’on voit à quel point les armes des ennemis causent de dégâts…

Malgré cette réelle diversité dans le gameplay et le caractère jouissif de l’utilisation des différents Bat-gadgets, quelques ombres au tableau méritent d’être soulignées. Au-delà de l’extrême répétitivité des affrontements déjà évoquée, certains problèmes de caméra sont présents, et la progression semble parfois assez linéaire puisque beaucoup de bâtiments se résument à une succession de salles pour la plupart relativement étriquées. Précisons également que la version PC ici testée est sujette à des bugs qui peuvent aller jusqu’à vous empêcher de progresser dans le jeu (!) et concluons par un carton rouge aux combats contre les boss, mous, peu inspirés, trop faciles et finalement inintéressants.

L’Epouvantail vous procurera le grand frisson !

Le professeur Layton ne serait pas déçu

Côté durée de vie, comptez une petite dizaine d’heures seulement si vous vous empressez de finir l’aventure en ligne droite. C’est peu, d’autant plus que la difficulté n’est pas très relevée tant que vous ne jouez pas en mode Difficile. Heureusement, le rythme haletant de l’aventure et le plaisir que l’on éprouve à diriger le Chevalier noir compensent en partie cette courte durée de vie.

De plus, pour les joueurs avides de tout collecter, sachez que le jeu propose 240 défis optionnels à résoudre. L’Homme-mystère, l’un des ennemis jurés de Batman, a dissimulé sur l’île d’Arkham une foule d’énigmes et de secrets qui n’attendent que d’être percés. Certains défis consistent à analyser un élément précis du décor avec la vision radiographique en s’appuyant sur un indice donné ; d’autres vous demanderont de détruire des dentiers mécaniques disséminés sur l’île ; d’autres encore requerront de trouver un objet caché tel qu’un trophée, une cassette audio ou une stèle de l’esprit d’Arkham (j’y reviendrai). La durée de vie est ainsi prolongée car, à la manière d’un Metroid, la plupart des défis ne peuvent être complétés lors de votre premier passage dans un bâtiment et il vous faudra attendre d’obtenir le bon gadget, gadget que l’on obtient parfois bien plus tard dans le jeu. Pour que le joueur ne soit pas perdu, les énigmes sont tout de même classées par bâtiment (la liste est accessible à partir du menu de pause) et pour certaines, il est même précisé dans quelle salle se cache leur solution. Pour le joueur qui voudrait résoudre l’intégralité de ces énigmes, la durée de vie peut alors monter jusqu’à atteindre quinze à vingt heures. Précisons par ailleurs que réussir certaines énigmes permet de débloquer différentes figurines que le joueur peut admirer à l’envi via un menu dédié.

Enfin, le joueur peut prendre part à des épreuves (accessibles à partir du menu principal) pour tester son habileté et sa maîtrise du gameplay. Il s’agira ainsi d’éliminer un maximum d’ennemis sans se faire repérer en un temps donné ou bien de participer à des combats contre des vagues d’adversaires successives. Ce mode n’est pas particulièrement intéressant et ne sera vraiment considéré que par ceux voulant absolument tout voir du jeu ou comparer leurs records en ligne.

Killer Croc, une tête vide et une bouche pleine de crocs.

Eh, c’est le mec dans Retour vers le futur !

La bande-son, certes minimaliste, est pourtant réussie car convenant à l’ambiance pesante du titre. Sachant se faire très discrète, elle laisse le pas à des bruitages simples mais efficaces (les bruits de pas de Batman ou les hurlements de dément d’un prisonnier) pour un résultat n’étant pas sans rappeler les plus grands survival-horror. Certaines musiques symphoniques (comme celle du manoir d’Arkham par exemple) sont de très bon goût et laissent une bonne impression au joueur.

La grande force de l’aspect sonore de Batman Arkham Asylum n’est pourtant pas sa bande-son, mais bel et bien son doublage. Chaque personnage est intégralement doublé en français et que ceux que le doublage de Metal Gear Solid a traumatisés se rassurent ; point de phrases qui ne veulent rien dire ou d’intonations surjouées ici. Chaque comédien interprète son rôle avec une remarquable justesse : mention toute particulière au Joker, doublé par Pierre Hatet (la voix française officielle de Christopher Lloyd, mieux connu sous le nom de Docteur Emmett Brown), dont la voix absolument fantastique permet de pleinement ressentir la démence totale de ce clown tragique. Il suffit d’entendre le Joker demander d’une voix douce à ses subordonnés d’éliminer Batman sous peine de représailles, avant de les insulter copieusement, pour comprendre le soin tout particulier qui a été apporté au doublage. Les autres personnages ne sont pas en reste, comme peuvent en témoigner l’Epouvantail ou Harley Quinn.

Tranchez les plantes de Poison Ivy avec votre Batarang.

Les pierres du scarabée

Le jeu commence de façon plutôt classique : Batman vient d’appréhender le Joker et le traîne jusqu’à l’asile d’Arkham, prison de haute sécurité pour criminels considérés comme très dangereux ou sujets à des désordres mentaux. Alors que tout semble bien se dérouler, le Joker s’échappe de sa camisole de force et relâche tous les prisonniers, prenant le contrôle de l’asile et semant le chaos sur l’île d’Arkham. C’est à Batman de retrouver le Joker et d’empêcher l’île de devenir une ruine…

Le script est donc assez classique et n’évolue que peu tout au long du jeu, même si une intrigue parallèle liée à un mystérieux « projet Titan » se greffe petit à petit à l’histoire principale pour un résultat bien sympathique à suivre. Arkham Asylum est surtout l’occasion de retrouver quelques méchants mythiques de l’univers de la chauve-souris : le Joker bien sûr, mais également Harley Quinn, l’Epouvantail ou encore Poison Ivy. Si l’on ne pourra que regretter l’absence de certains personnages emblématiques comme le Pingouin ou Catwoman, la déception est minime au vu de la présence qu’a chacun des vilains présents.

Le soft marque toutefois bien plus par son ambiance fantastique que par son scénario. Sombre, pesante et torturée, elle est véritablement le pilier de l’immersion dans le jeu. Difficile de ne pas retenir son souffle alors que Batman traverse un couloir d’hôpital aux murs maculés de sang et que l’on n’entend rien d’autre que ses bruits de pas. Difficile de ne pas sentir un frisson nous parcourir l’échine lorsqu’un prisonnier sort d’un trou dans le plafond et se rue vers Batman en poussant des cris de possédé. Difficile de s’empêcher de crier lorsque Killer Croc bondit hors de l’eau pour tuer Batman alors que celui-ci arpente les sombres égouts d’Arkham. L’énorme travail effectué sur les plans graphique et auditif ont permis d’instaurer une ambiance glauque et parfois même effrayante ; elle saura combler le joueur qui rêvait d’un jeu Batman à l’image de son héros, adulte et sombre. Certains passages se permettent même de dérouter le joueur de façon aussi renversante qu’avait pu le faire un Metal Gear Solid 2 par exemple.

Arkham Asylum est également une véritable encyclopédie de l’univers Batman. En récupérant des cassettes audio dissimulées dans les différentes salles du jeu, vous pourrez écouter des entretiens entre des psychologues de l’asile d’Arkham et une ribambelle d’ennemis de Batman incarcérés dans le pénitencier. Chaque méchant dispose d’une biographie détaillée à débloquer et la plupart (pas tous cependant) de cinq entretiens audio qui, mis bout à bout, racontent une petite histoire souvent fort intéressante. Un véritable trombinoscope des antagonistes de l’univers Batman donc, qui se révèlera très didactique pour le néophyte et toujours intéressant pour le passionné. De plus, vingt-quatre stèles sont disséminées sur l’île d’Arkham ; les analyser permet d’obtenir un fragment du témoignage de l’esprit d’Arkham, mystérieux personnage qui serait le gardien de l’île… Les joueurs qui auront la patience de trouver chaque stèle seront récompensés par une révélation scénaristique assez étonnante.

La visite de la morgue est sans conteste l’un des passages les plus dérangeants du titre.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Batman Arkham Asylum fait le pari d’une ambiance graphique très torturée, avec des décors vides et glauques, et des personnages dont la représentation est proche des œuvres de Tim Burton. L’ensemble se révèle superbe et donne un cachet à l’ensemble, sans parler de la prouesse technique indéniable. Notons également le souci du détail, toujours appréciable.

Jouabilité : Utiliser les différents gadgets de Batman de façon subtile et s’infiltrer comme un Solid Snake digne de ce nom est absolument jouissif et donne au joueur une véritable liberté dans son approche du jeu. Le système de vision radiographique est également très bien pensé et permet au joueur de mieux gérer les combats avec les ennemis. Les combats sont cependant répétitifs quoiqu’assez pêchus côté animation, et quelques problèmes de caméra épisodiques sont bel et bien présents. Ajoutons à cela une certaine linéarité dans la progression, des combats de boss complètement ratés et quelques bugs parfois gênants, pour finalement obtenir un jeu au gameplay globalement très prenant mais souffrant de quelques lacunes.

Durée de vie : Assez juste. Finir l’aventure principale en ligne droite ne prendra qu’une petite dizaine d’heures au joueur moyen, a fortiori si vous jouez en mode Facile ou Normal. Pour ceux qui voudraient s’investir davantage dans le jeu, la résolution des 240 énigmes ou les multiples défis sauront vous tenir éveillés ; il est possible d’atteindre une solide vingtaine d’heures si vous voulez véritablement tout voir du titre.

Bande-son : La bande-son très feutrée se fond parfaitement dans l’ambiance pesante du titre et n’est pas sans rappeler certains survival-horror de renom. Quelques compositions plus classiques viennent égayer l’ensemble, sans oublier des bruitages immersifs. Le plus gros point fort du jeu dans ce domaine reste toutefois le doublage français, absolument magistral, rendant compte à la perfection des sentiments et des personnalités des différents protagonistes.

Scénario : Si l’intrigue globale n’est pas nécessairement très intéressante en elle-même (l’affrontement entre Batman et le Joker étant somme toute très classique malgré l’irruption du projet Titan), le caractère encyclopédique du jeu et l’ambiance glauque tout bonnement phénoménale ont déjà beaucoup plus d’attrait. Le titre se permet même de nous décontenancer à travers quelques séquences que n’aurait pas reniées Hideo Kojima.

Conclusion : Batman Arkham Asylum est bel et bien le titre qui marque l’entrée de Batman au pinacle vidéoludique. Là où tant d’autres super-héros ont misérablement échoué dans le passage à la manette, le Chevalier noir s’en tire remarquablement bien grâce à des visuels saisissants, un gameplay immersif quoiqu’un un peu défectueux par moments, une bande-son très adaptée à l’atmosphère du jeu ; et surtout, cette ambiance glauque, torturée, qui transforme ce jeu en voyage au bout de l’enfer de la folie. Noir, violent, déconcertant et terriblement accrocheur, Batman Arkham Asylum est la preuve qu’un jeu à licence peut être très bon s’il s’en donne les moyens.