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Lorsque la question du meilleur RPG sur Super Nintendo se pose, Chrono Trigger occupe souvent une place de choix dans le débat. Sorti en 1995 au Japon et aux USA, le jeu n’est pourtant jamais arrivé en Europe, jusqu’à son remake sur DS en 2009. En dépit de ce fait, Chrono Trigger est rapidement devenu culte, et est encore aujourd’hui reconnu comme un des meilleurs RPG jamais conçus. Alors, plus de quinze ans après, le jeu tient-il toujours ses promesses ? A-t-il su résister à l’épreuve du… temps ? Réponse dans ce test.

La Dream Team

Avant d’être un jeu, Chrono Trigger est avant tout une équipe. Une équipe de très grands noms du jeu vidéo d’alors, tous réunis pour apporter leur savoir-faire dans cette cartouche. Jugez par vous-même : Akira Toriyama, l’auteur du cultissime manga Dragon Ball, ayant déjà participé aux jeux de la série Dragon Quest, s’occupe du design des personnages, des ennemis et des décors. Le développement est confié à deux légendes du RPG : Hironobu Sakaguchi et Yuji Horii, respectivement créateurs de Final Fantasy et de Dragon Quest ! Enfin, on retrouve à la musique un petit nouveau, Yatsunori Mitsuda, qui deviendra une référence en son domaine ; ainsi que le légendaire compositeur attitré de Final Fantasy, Nobuo Uematsu lui-même.

Que dire, sinon que l’extrême qualité du jeu, peut s’expliquer par la concentration de gens très talentueux autour du projet ? Il faut bien comprendre qu’à l’époque, avoir une seule de ces célébrités dans une équipe était souvent un gage de qualité : mais en réunir tellement, en plus d’être un coup de publicité énorme, ne pouvait qu’aboutir à un résultat exceptionnel.

Toute ressemblance avec un manga existant serait tout à fait fortuite…

Côté graphismes, on retrouve donc ce cher Toriyama. Et là, le moins que l’on puisse dire, c’est que son influence se fait très lourdement sentir. Regardez le design des personnages : Chrono est un clone de San Goku aux cheveux oranges ; Marle est la copie conforme de Bulma ; Ayla n’est pas sans rappeler Lunch, la fille schizophrène des premiers volumes. Même les ennemis ont une patte graphique similaire : on peut noter les ressemblances de certains avec Piccolo ou Vegeta. Pourtant, on ne ressent à aucun moment qu’on assiste à une mauvaise reprise du manga : malgré son style graphique reconnaissable entre mille, Toriyama réussit à insuffler une âme à chacun de ses personnages.

En parlant des personnages, ils sont au nombre de six, plus un optionnel que je n’aurai pas le mauvais goût de dévoiler : Chrono, le héros, est un jeune guerrier au destin exceptionnel. Marle est une jeune fille très énergique, membre de la famille royale. Lucca, la meilleure amie de Chrono, est une experte en robotique et l’ingénieur du groupe. C’est elle qui répare le quatrième membre, Robo, un androïde futuriste qui a oublié son passé. Frog est un chevalier transformé en grenouille par une malédiction. Enfin, Ayla est une femme des cavernes, chef de son clan, en guerre contre les dinosaures.

Hormis les personnages, il convient de relever le soin apporté aux décors. La Super Nintendo est vraiment poussée très loin au niveau graphique, avec des décors énormes, remplis de détails, une animation fluide, des effets de lumière liés aux sorts très réussis, et des personnages très expressifs compte tenu des limitations de la machine.

Chrono fait ses premiers pas dans le Moyen-Âge.

Le feu, la glace et la foudre !

Au niveau de la jouabilité, Chrono Trigger est un RPG très classique : voyage de ville en ville, montée de niveau, acquisition d’armes et d’armures toujours plus puissantes, utilisation d’objets divers et variés, magies, donjons, menace planétaire, carte du monde… Le système de reliques, des objets à attribuer aux personnages pour leur donner divers bonus de statistiques, est ici repris de Final Fantasy VI, sorti un an plus tôt, de même que la jauge ATB (Active Time Battle).

Dans les faits, le jeu présente tout de même des différences par rapport à FFVI. Tout d’abord, contrairement à un Final Fantasy, il n’y a pas de rencontres aléatoires : les ennemis apparaissent directement à l’écran, et vous ne changez pas d’écran en les combattant. Cette subtilité permet d’éviter les trop nombreux combats à ceux qui le désirent.

La deuxième différence majeure réside au niveau de l’acquisition des magies et techniques spéciales. En effet, chaque personnage possède un élément magique précis : la foudre pour Chrono, la glace pour Marle, le feu pour Lucca, et l’eau pour Frog. Robo et Ayla ne peuvent pas utiliser la magie. Quant au personnage optionnel, je vous laisse découvrir ses subtilités… Bref, en réalisant des combats, vous gagnez des Points Technique, qui lorsque vous en collectez suffisamment, vous permet d’acquérir une nouvelle technique. Ces techniques sont très classiques de ce que l’on peut voir dans un RPG traditionnel : les attaques physiques, les magies offensives, les magies défensives, les magies de soin, le vol d’objets…

Là où cela devient très intéressant, c’est qu’il est possible de combiner ces techniques pour les transformer en Techniques Duos ou Techniques Trios. Par exemple, en combinant le Cyclone de Chrono, une attaque sur tous les ennemis, et le Soin de Marle, vous obtenez la Vague Guérisseuse, qui régénère tous vos personnages ! De même, en combinant les sorts Foudre 2 de Chrono, Glace 2 de Marle et Feu 2 de Lucca, il est possible d’utiliser Zone Delta, une attaque utilisant trois éléments magiques. Les possibilités sont donc énormes et rendent les combats palpitants.

Il existe même cinq pierres mystérieuses qui vous donnent accès à des Techniques Trios interdites, selon certaines rumeurs…

Face à un tel colosse, mieux vaut se montrer prudent.

Le jeu se termine à une vitesse moyenne de 88 miles à l’heure

Qu’en est-il de la durée de vie ? Pour un RPG, il faut reconnaître que Chrono Trigger est relativement court. Il vous faudra une petite vingtaine d’heures pour le terminer ; de plus, le jeu est assez facile et ne devrait nécessiter que très peu de séances de level-up. Enfin, il n’y a que six quêtes annexes, et elles sont toutes plutôt rapides à terminer.

Cependant, une innovation de taille change complètement la situation : après les crédits de fin, il est possible de recommencer une partie en gardant toute son expérience et ses armes. Et lors de cette « Nouvelle Partie + », comme elle est nommée dans le jeu, vous pouvez décider de combattre le boss final à différents moments de l’aventure, ce qui permet d’accéder à douze fins différentes ! De plus, la plupart de ces fins possèdent elles-mêmes des variations, ce qui porte le nombre total de fins possibles à une trentaine ! Ainsi, Chrono Trigger est un jeu qui est relativement court, mais ceux qui veulent en percer tous les mystères risquent d’y consacrer de longues heures…

Spekkio est un personnage crucial, puisqu’il vous enseignera la magie.

Quand deux génies se rencontrent…

…le résultat est incroyable. Mitsuda et Uematsu ont réellement effectué un travail exceptionnel pour rendre l’OST de Chrono Trigger inoubliable. La quasi-totalité des thèmes est marquante. Que ce soit le thème d’introduction, le thème de Frog, le combat contre Magus, le palais sous-marin, chaque instant passé sur Chrono Trigger est inoubliable d’un point de vue auditif. On a coutume de dire que Final Fantasy VI et Final Fantasy VII sont les deux jeux où Uematsu est au sommet de son art : Chrono Trigger en fait également partie.

Les thèmes musicaux de ce jeu réussissent réellement à insuffler des émotions au joueur, fait suffisamment rare pour être relevé. L’angoisse, la colère, la tristesse, l’émotion, tout y passe. Le jeu aurait-il laissé tant d’impact sans ses compositions ? C’est fort peu probable : car la musique appuie ici le scénario à chaque instant, le rend plus vivant, plus réel, plus magique.

Fait absolument incroyable : je n’ai trouvé aucun, je dis bien aucun thème, qui soit médiocre, ennuyeux ou agaçant. Les moins bons morceaux de ce jeu sont de qualité équivalente aux meilleurs morceaux de certains autres jeux. Chrono Trigger est vraiment une réussite totale sur le plan sonore, qu’on se le dise.

A l’assaut de la forteresse !

Marty, nous devons récupérer l’almanach !

Qu’en est-il du scénario ? Tout commence par un des plus gros clichés du RPG : Chrono se réveille le jour de la célébration du millénaire du royaume de Guardia. Enfin bon, c’est plutôt sa mère qui vient le réveiller, parce que le Chrono, il était parti pour faire le tour du cadran. Chrono se rend à la fête, bouscule une jeune fille, ramasse son pendentif, la regarde longuement dans les yeux mais ne dit rien (c’est un héros muet, comme tous les héros). Puis il se rend au stand de sa copine Lucca, qui vient d’inventer un téléporteur. La fille qu’il a bousculé, qui s’appelle Marle, essaye l’invention, mais une réaction bizarre avec le pendentif a lieu, et Marle est projetée dans un vortex. Ni une ni deux, Chrono se lance à son secours, traverse le vortex, et… se retrouve projeté quatre cents ans plus tôt !

Ainsi commence Chrono Trigger. Le jeu se déroule comme un RPG classique : on apprend rapidement que Lavos, un extraterrestre maléfique, a l’intention de détruire la planète et que son réveil est prévu en 1999. Bien sûr, notre groupe d’élus décide de contrecarrer l’apocalypse. Rien de bien particulier pour le moment. Mais le gros point fort du jeu, c’est qu’il vous permet de voyager à travers sept époques différentes : la préhistoire, où les dinosaures et les hommes des cavernes se livrent une guerre sans merci ; l’Antiquité, où la magie gouverne le monde ; le Moyen-âge, première époque visitée du jeu ; le présent ; le jour de l’apocalypse, en 1999 ; un futur où Lavos a dévasté la planète, en 2300 ; et enfin, la Fin des Temps, un endroit hors du temps qui sert de connexion entre toutes ces époques. Si au début du jeu, les voyages temporels sont imposés, il est rapidement possible de se rendre à l’époque de son choix très facilement.

On rencontre donc différents personnages au cours de l’aventure, qui se déroule sans jamais baisser en intensité. Le travail effectué de ce côté est remarquable, l’aventure étant tellement prenante et bien écrite que l’on ne voit plus les heures défiler. A part Lavos, plusieurs méchants apparaissent au cours du jeu, mais je vous laisse la surprise de les découvrir. Sachez simplement qu’ils ont une psychologie très développée, de même que les sept héros. Contrairement à un Final Fantasy VI où certains personnages n’avaient que peu ou pas d’histoire, tous les protagonistes ont ici un passé, des évènements marquants dans leur vie, et une histoire, souvent poignante. Mais après tout, quoi de plus normal pour un jeu basé sur les voyages temporels que d’explorer le passé de ses héros ?

Et bien sûr, qui dit voyages temporels dit forcément répercussion de vos actions sur les autres époques. Je m’explique : certains de vos actes accomplis à une certaine époque peuvent avoir des répercussions sur le futur. Prenons un exemple : dans le présent, un homme avare refuse de vous céder une pierre magique. Il suffit de revenir au Moyen-âge et d’offrir gratuitement à manger à ses ancêtres pour que ceux-ci reproduisent votre comportement et que l’homme avare du présent devienne généreux ! Cette particularité permet une véritable cohérence scénaristique, qui permet au script de Chrono Trigger de se hisser encore un peu plus haut. Avec un thème aussi difficile à traiter que le voyage dans le temps, on aurait pu s’attendre à un scénario rempli d’incohérences ; il n’en est rien. Chrono Trigger maîtrise parfaitement son sujet ; chaque évènement peut avoir un réel impact sur les époques futures.

C’est ici que tout commence…

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : La SNES livre ici une de ses plus belles prestations, avec des décors grouillant de détails, des animations très réussies, des personnages expressifs et un design signé par le grand Toriyama lui-même.

Jouabilité : Prenez tous les éléments de gameplay qui ont fait le succès des RPG célèbres comme Final Fantasy, enlevez la frustration liée aux combats aléatoires, ajoutez une manière originale de combiner les sorts des différents personnages, et vous obtenez un régal à jouer.

Durée de vie : Certes, le jeu est relativement court (environ 20 heures) et les quêtes annexes ne foisonnent pas. Mais les multiples fins disponibles et le plaisir de jeu sont deux arguments suffisants pour retenter l’aventure plusieurs fois.

Bande-son : Mitsuda et Uematsu entrent définitivement dans la légende avec une bande-son tout simplement incroyable, des thèmes plus inspirés les uns que les autres, et des émotions profondes créées rien qu’en écoutant certaines musiques. 

Scénario : Si le jeu s’apparente à un RPG classique (le sauvetage de la planète), l’idée des voyages temporels est parfaitement exécutée, notamment avec l’incidence qu’un acte peut avoir sur le futur. La psychologie des personnages est également très développée, et on s’attache à chacun d’entre eux très facilement. 

Conclusion : Encore aujourd’hui, il est difficile de faire des reproches à Chrono Trigger. Son gameplay original, sa bande-son magnifique, son scénario développé, tout semble avoir été pensé pour rendre ce jeu inoubliable. Certes, on peut regretter qu’il soit un peu trop court ; mais ce n’est rien en comparaison de la pléthore de qualités du titre. Sans aucun doute, un chef-d’œuvre qui a traversé les âges.