donkey-kong-country

En 1994, Mario et Sonic règnent sans partage sur le monde du jeu de plates-formes. Une petite filiale de Nintendo inconnue du grand public, nommée Rareware, est alors chargée de développer un jeu mettant en scène la Némésis d’origine du plombier italien, Donkey Kong. Aujourd’hui encore, le résultat, nommé Donkey Kong Country, est considéré comme une étape majeure dans l’histoire du jeu de plates-formes. D’où vient ce succès intemporel ? Réponse dans ce test.

Rareware, développeur de bombes depuis 1994

Lors du développement du titre, deux solutions s’offraient à Rareware : reprendre le moteur graphique développé par Miyamoto lui-même lors de la création de Super Mario World, ou se tourner vers un nouveau type de graphismes en 3D révolutionnaire mais encore inconnu, mis en place par la société d’infographie Silicon Graphics. La compagnie choisira la deuxième solution, au grand dam de Miyamoto qui déclarera aigri que « Donkey Kong Country est la preuve qu’un mauvais jeu peut bien se vendre grâce à ses graphismes » !

Rareware a-t-elle fait le bon choix ? La réponse ne se fait pas attendre : lors de la présentation du jeu, les spectateurs subjugués crurent que le jeu était prévu pour la nouvelle machine de Nintendo, l’Ultra 64 ! En effet, Donkey Kong Country présente une qualité graphique absolument énorme. Incluant des sprites en 3D sur des décors précalculés en 2D, le soft se révèle impressionnant de maîtrise technique, poussant réellement la console à un niveau que personne n’aurait cru atteignable. Les effets de lumière sont à couper le souffle ; les effets de flou, de distorsion ou de vapeur sont d’un réalisme étonnant ; les couleurs sont d’une richesse et d’une variété immense ; le bestiaire est très fourni et varié ; les décors fourmillent de détails avec des mondes possédant chacun une identité graphique très marquée ; enfin, l’animation est d’une fluidité absolument irréprochable.

Parlons-en des différents mondes ! Au nombre de six, ainsi que le dernier monde qui constitue l’affrontement final, chacun d’entre eux est réellement unique et très inspiré. Si on commence de façon assez classique dans la Jungle Kongo et ses arbres imposants, les choses se corsent déjà dans les Mines des Macaques, dont les passages souterrains regorgent de pièges, et la Vallée des Vignobles, synonyme de marais et de ruines oubliées. Le Glacier des Gorilles saura vous rafraîchir avec ses pentes glissantes, avant de découvrir les joies de l’usine dans le monde industriel, sobrement baptisé Kremkroc et Kompagnie. Enfin, les Caves des Chimpanzés seront l’occasion de découvrir de nouvelles grottes toujours plus mystérieuses et dangereuses, avant l’affrontement final sur le Galion de K. Rool.

Puisque l’on parle des mondes, attardons-nous également sur les niveaux. Chaque type de niveau est un véritable régal pour les yeux. Les niveaux forestiers, boisés et laissant entrevoir un ciel bleu, conservent une ambiance guillerette ; au contraire des caves et des mines, à l’ambiance sombre et mystérieuse, où la prudence est vitale. Les ruines des temples que vous visiterez sont elles aussi très énigmatiques, disposant d’une architecture peu courante et de sculptures anciennes ; n’oublions pas les niveaux enneigés, où le blizzard souffle avec virulence et où les pentes glissantes pourront vous coûter la vie… Les niveaux industriels sont de même de petits bijoux, avec une structure métallique omniprésente et des machineries infernales visibles en arrière-plan. Enfin, les légendaires niveaux aquatiques auront marqué toute une génération, grâce aux effets de distorsion rappelant le clapotis de l’eau, à leur ambiance cristalline et à la beauté des récifs que l’on peut apercevoir.

Si ces paragraphes n’ont pas suffi à vous convaincre de l’incroyable richesse graphique proposée par Donkey Kong Country, voici une dernière anecdote qui achèvera peut-être de vous persuader : lors du développement du jeu, les machines Silicon Graphics utilisées étaient tellement puissantes et impressionnantes que la police britannique est allée jusqu’à mener une enquête dans les locaux de Rareware pour s’assurer qu’ils ne développaient que des jeux vidéos, et n’avaient aucun lien avec le terrorisme informatique ou la fabrication de bombes !

Rambi le rhinocéros vous permettra de vaincre vos ennemis d’un coup de corne.

Non mais Donkey sert à rien, il est gros et sait pas sauter

Attardons-nous à présent sur la jouabilité. Vous serez amenés au cours de votre aventure à contrôler deux héros, Donkey Kong et Diddy Kong. Si Donkey, par sa force physique, saura éliminer les ennemis les plus imposants, on lui préfèrera souvent Diddy, beaucoup plus rapide et d’une agilité inégalée. En effet, Donkey Kong ne dispose pas d’excellents sauts, ce qui peut se révéler frustrant dans certains niveaux.

Comment cette coopération se traduit-elle dans les faits ? Vous contrôlez l’un des deux personnages, et pouvez changer à tout moment avec A ou Select. Si votre personnage se fait toucher, il disparaît et l’autre prend la relève. Si le second personnage meurt, vous perdez une vie. Il est possible de récupérer un personnage grâce aux tonneaux DK disséminés un peu partout dans le jeu.

Hormis cet élément, Donkey Kong Country est un jeu de plates-formes d’un classicisme extrême : courir, sauter, esquiver des ennemis, collecter des bananes et triompher de pièges seront monnaie courante au cours de l’aventure. Un mouvement propre à la série fait son apparition : la roulade, qui permet d’éliminer les ennemis et de courir, et qui peut vous aider à sauter plus loin si vous enchaînez une roulade dans le vide avec un saut. Il est également possible de porter des tonneaux, qui permettront d’éliminer les ennemis une fois lancés.

Les « amis animaux » sont également introduits dans cet opus : l’indétrônable Rambi, ce rhinocéros très rapide, vous permettra de progresser dans les niveaux plus facilement. On découvre également le mythique Enguarde, toujours présents dans les niveaux aquatiques, qui permet de nager plus rapidement et d’éliminer les ennemis d’un coup de rostre bien placé. Expresso l’autruche vous permettra d’atteindre des vitesses insoupçonnées mais également de planer sur de courtes distances. Enfin, Winky la grenouille vous permettra de bondir à des hauteurs impressionnantes afin de découvrir de nouveaux chemins.

Les bananes remplacent ici les pièces de Super Mario Bros, mais ont la même fonction : vous octroyer une vie de plus si vous en collectez 100. Des ballons de vie sont également disséminés dans les niveaux, de même que les lettres KONG, présentes dans chaque niveau, et qui vous octroient également une vie supplémentaire si vous collectez les quatre.

On trouvera également certains niveaux particuliers, gérés par les autres membres de la famille Kong : Candy Kong vous permettra de sauvegarder votre partie, Cranky Kong vous donnera des conseils sur l’emplacement des zones bonus (on y reviendra plus tard) et Funky Kong vous permettra de vous rendre où vous le souhaitez sur la carte grâce à ses tonneaux Jumbo. Rien de très innovant donc.

Si le gameplay est très efficace et précis, dans la droite lignée des productions Nintendo de l’époque, on pourra émettre deux griefs. Tout d’abord, le déséquilibre entre Donkey et Diddy est énorme, Diddy étant bien plus maniable, rapide et réactif. Cela peut conduire à une certaine frustration lorsque l’on arrive devant un précipice que l’on aurait aisément franchi avec Diddy, mais qui se révèlera plus retors avec Donkey… Le deuxième défaut est l’aspect vicieux de certains pièges, notamment dans les derniers mondes. Mourir en raison d’un ennemi qui se jette sur vous à quelques pixels de la fin du niveau, être dans l’obligation de collecter tous les barils d’un parcours sans en manquer un seul sous peine de recommencer ou devoir se propulser de tonneau en tonneau pendant cinq minutes en évitant des ennemis toujours plus rapides, peut très rapidement se révéler énervant.

Le jeu se renouvelle en tout cas suffisamment dans son gameplay pour ne jamais paraître répétitif. Chaque niveau est l’occasion de découvrir de nouvelles techniques de jeu, de nouveaux obstacles, de nouveaux environnements ; tout est fait afin que la lassitude ne s’installe jamais.

On regrettera enfin des boss réellement très peu intéressants et très faciles, que l’on considère leur design ou la technique à employer pour les battre.

Les niveaux se déroulant dans des grottes de cristal sont l’occasion d’en prendre plein la vue.

Cranky a fini ce jeu en moins d’une heure sans perdre une seule vie

Qu’en est-il de la durée de vie ? Ne nous voilons pas la face : malgré les pièges vicieux et les derniers niveaux retors, Donkey Kong Country est vraiment très court. Il ne vous faudra guère plus de quatre heures pour en voir le bout la première fois. Comme cela a déjà été évoqué, les boss ne poseront aucun problème et l’ensemble du jeu est vraiment facile. Cependant, tout change dès lors que vous partez à l’assaut des zones bonus.

Indissociables de la série Country, les zones bonus sont dissimulées dans chaque niveau et souvent extrêmement bien cachées. Une banane singulièrement placée, un baril de propulsion mal exploité, un tonneau lancé par accident contre une paroi peuvent suffire à découvrir ces environnements secrets. Pour savoir où les chercher, vous pourrez demander de l’aide à Cranky qui vous renseignera sur l’emplacement de ces bonus. Les découvrir toutes relèvera cependant du parcours du combattant ; mais ceux qui en auront la patience et le courage se verront récompenser par l’obtention du pourcentage ultime, à savoir non pas 100, mais 101 %.

Ainsi, si vous voulez percer tous les secrets du jeu, vous pouvez doubler voire tripler la durée de vie susmentionnée. Que vous le fassiez ou non, Donkey Kong Country reste un jeu extrêmement agréable, sur lequel on revient avec plaisir pour quelques parties impromptues.

La carte du monde. Notez la tête de Kremling qui surplombe la montagne.

Aquatic Ambience

La musique est elle aussi une véritable prouesse. De nombreux thèmes apparus dans ce jeu sont restés dans les mémoires, et l’on comprend aisément pourquoi. Que ce soit le thème d’introduction, qui s’ouvre sur les premières notes de la musique du jeu de 1981, avant de basculer vers une composition beaucoup plus rythmée ; le thème de la jungle, devenu emblématique de la série ; le thème des grottes, mystérieux à souhait ; et bien sûr le fabuleux thème aquatique, qu’on croirait échappé d’un rêve tant il est lancinant et doux, chacun des thèmes proposés est un véritable régal.

Là où les successeurs de ce jeu opteront pour une musique qui sache s’intégrer à l’ambiance, le premier opus, en plus de proposer des pistes parfaitement adaptées à chaque niveau, rend chacun des morceaux vraiment uniques et inoubliables. L’ensemble atteint un niveau jamais égalé à l’époque dans un jeu de plates-formes.

Des niveaux aquatiques qui ont fait rêver des millions de joueurs.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : La SNES livre définitivement une de ses plus belles performances. Tout bonnement révolutionnaires à l’époque, les graphismes se payent encore aujourd’hui le luxe d’être beaux à se damner. Des décors fourmillant de détails et une animation fluide, ainsi qu’une richesse chromatique énorme, achèvent définitivement d’inscrire ce jeu au rang des bijoux visuels de la console.

Jouabilité : Si le gameplay reste très efficace et facile à prendre en main, on pourra pester contre un trop grand déséquilibre entre les deux héros, des boss peu inspirés et des pièges parfois franchement vicieux. Reste que le jeu dispose d’un gameplay solide de très bonne qualité.

Durée de vie : Très court et facile pour qui s’empressera d’aller vaincre King K. Rool, le jeu se révèle bien plus long et difficile si vous décidez d’en percer tous les secrets. Donkey Kong Country reste cependant suffisamment plaisant pour être rejoué périodiquement.

Bande-son : Peut-être la meilleure de la série. Avec une profusion de thèmes cultes et des bruitages très réussis dans l’esprit « cartoon » du jeu, le titre fait réellement une forte impression. Mention spéciale au thème aquatique, tout bonnement divin.

Scénario : Si le scénario tient sur un Post-It, on appréciera l’humour absurde de Cranky (le Donkey Kong original du jeu d’arcade !) qui, en se faisant passer pour un joueur d’exception et méprisant la nouvelle génération, se révèle délicieusement drôle.

Conclusion : Donkey Kong Country marque un tournant dans l’histoire du jeu de plates-formes. Avec ses graphismes sublimes, sa musique du même niveau, le jeu réussit à marquer durablement, malgré quelques problèmes épisodiques de jouabilité et une relative facilité. Sans atteindre l’excellence du deuxième opus, cette première mouture reste un classique de la Super Nintendo, que tout joueur se doit d’avoir essayé.