A sa sortie en 1990, F-Zero avait frappé tous les joueurs ; véritable vitrine technologique de la Super Nintendo, il avait également posé les jalons du jeu de course moderne, devenant ainsi un titre révolutionnaire à tous points de vue. Ce n’est que huit ans plus tard que la série franchira le grand saut vers la troisième dimension, avec la sortie de F-Zero X sur Nintendo 64. Beaucoup de joueurs ont découvert la série avec cet épisode et il est parfois considéré comme le meilleur opus de la franchise. Que reste-t-il donc de F-Zero X, presque quinze ans après ? Le jeu est-il toujours aussi excellent, ou bien en perte de vitesse ? Réponse dans ce test.

Sur votre gauche, du brouillard. Sur votre droite, du brouillard.

Sur le plan graphique, F-Zero X peut très facilement se résumer à l’adjectif « dépouillé ». Les décors sont très peu fournis, les arrière-plans sont masqués par un épais brouillard qui ne laisse transparaître que quelques détails, la modélisation des différents véhicules est relativement grossière et le jeu souffre d’un clipping assez important. Cela n’empêche toutefois pas les circuits d’être plutôt variés et d’avoir des tracés suffisamment inspirés pour toujours surprendre le joueur. Mais tous ces défauts sont en réalité compensés par ce qui fait la magie de F-Zero X : l’impression de vitesse.

Le jeu affichant simultanément jusqu’à trente véhicules à l’écran, il était nécessaire de sacrifier le plus possible le détail des décors pour permettre au titre une vitesse optimale, d’autant plus que les vaisseaux des courses de F-Zero se déplacent à des allures stratosphériques. Du coup, si les décors apparaissent très sommaires, l’impression de vitesse est extrêmement palpable et le joueur a réellement le sentiment d’être propulsé à la vitesse du son sur des tracés toujours plus sinueux, renforçant d’autant plus l’immersion. On notera également le character design complètement délirant, qui dépeint des personnages caricaturaux qu’on jurerait sortis de comics américains.

Les circuits sont plutôt variés. Celui-ci est un immense tube qui vous fera tourner la tête…

Beyblade !

Le titre reprend le gameplay de base déjà proposé dans F-Zero premier du nom mais le gratifie d’innovations nombreuses et toutes particulièrement réussies. F-Zero X est donc, comme son prédécesseur, un jeu de course vous propulsant à toute allure sur des circuits aux tracés retors contre vingt-neuf concurrents décidés à en découdre. Entièrement basé sur la technique, le jeu ne propose pas d’options pouvant renverser la course comme le ferait par exemple un Mario Kart.

On retrouve en premier lieu la jauge d’énergie déjà présente dans le volet 16 bits, qui diminue lorsque votre véhicule heurte un mur ou un autre véhicule. Si cette jauge se vide entièrement, votre véhicule explose et vous devez recommencer la course. Il est également possible de recharger cette jauge en traversant des zones de couleur rose disséminées sur le circuit. De plus, cette jauge gère à présent votre turbo : dans le premier jeu, vous pouviez utiliser un turbo pour chaque tour accompli. A présent, utiliser un turbo puise directement dans votre jauge d’énergie (il est possible d’utiliser le turbo à partir du deuxième tour) ; ce changement de gameplay permet à chaque joueur de définir son style de jeu, ajoutant beaucoup de profondeur à la jouabilité. Jouerez-vous prudemment, en ne déclenchant le turbo que si vous avez beaucoup d’énergie et que la route est dégagée ? Ou bien serez-vous plus téméraire et utiliserez-vous votre jauge d’énergie jusqu’à la limite de l’explosion ?

Une autre nouveauté concerne les assauts. Il est en effet possible d’attaquer vos adversaires afin d’entamer leur jauge d’énergie, voire de les éliminer pour de bon s’ils sont déjà mal en point. En appuyant deux fois sur R, votre véhicule effectue un assaut latéral relativement peu puissant mais qui permet de ne pas perdre beaucoup de vitesse et qui peut éjecter un ennemi dans le vide si vous vous positionnez correctement. En revanche, si vous maintenez enfoncé Z et appuyez deux fois sur R, votre vaisseau tournoie sur lui-même, endommageant grandement tout véhicule entrant en contact avec lui mais perdant également beaucoup de sa vitesse. Ces techniques peuvent se révéler très pratiques pour grappiller quelques places et provoqueront sans doute l’hilarité générale lors de parties avec vos amis… Si vous réussissez à détruire cinq véhicules durant une course, vous obtenez une vie supplémentaire (chaque vie vous permet, durant un championnat, de recommencer la course si vous êtes éliminé). On soulignera une autre innovation ; avant chaque course, il est possible de modifier les performances de votre véhicule en déplaçant un petit curseur. Vous pouvez ainsi choisir de contrôler un véhicule avec une très forte accélération mais une faible vitesse de pointe ou, à l’inverse, un vaisseau accélérant difficilement mais très rapide une fois sa vitesse maximale atteinte ; il est toutefois possible de nuancer ces variations et de régler le curseur de façon à équilibrer accélération et vitesse de pointe.

Le gameplay est dans l’ensemble très réactif et fluide. Chacun des trente vaisseaux disponibles dispose de ses propres caractéristiques en termes de vitesse, de résistance ou encore de maniabilité ; ainsi, n’importe qui peut trouver un vaisseau correspondant à sa façon d’appréhender les jeux de courses. Les vaisseaux répondent très bien aux sollicitations du joueur et la présence d’un stick directionnel permet de doser ses virages avec beaucoup plus de précision que dans l’opus Super Nintendo. On regrettera peut-être que les vaisseaux aient parfois tendance à glisser sur la piste, mais cela reste rare et peut quasiment toujours être évité en utilisant le dérapage (accessible en maintenant enfoncé R). La maniabilité a également l’avantage d’être très facile à prendre en main : il ne faut que peu de temps pour comprendre comment manier son vaisseau et ainsi prendre du plaisir à jouer. Mais dans le même temps, F-Zero X est un jeu très technique qui, quinze ans après, est toujours prisé des experts qui continuent de peaufiner leur stratégie pour établir les meilleurs temps sur chaque circuit. Toute la force du titre est là, condensée dans ce gameplay à la fois très simple d’accès et terriblement profond si l’on prend la peine de s’y investir.

Un petit air de Mario Kart ?

Je crache sur cette fausse difficulté

F-Zero X propose, comme quasiment tout jeu de course digne de ce nom, un mode Grand Prix, un mode Contre-la-montre et un mode Entraînement, du moins pour ce qui est du solo. Attardons-nous sur le mode Grand Prix : celui-ci permet de débloquer différents véhicules au fur et à mesure de vos victoires (vous commencez la partie avec six véhicules disponibles sur trente), ou différents circuits. Dans les trois premiers modes de difficulté (Débutant, Standard, Expert), le challenge est assez relevé mais la difficulté reste équilibrée : l’entraînement ainsi qu’une technique pointue vous permettront de triompher de vos adversaires. Tout change cependant dans le mode de difficulté Maître, à débloquer : dans ce mode, l’intelligence artificielle triche de façon éhontée en allant systématiquement plus vite que vous, en disposant d’une jauge d’énergie plus grande que la vôtre (permettant ainsi d’utiliser plus fréquemment le turbo) et est capable de se positionner au millimètre près pour vous éjecter dans le vide. Bien des joueurs risquent de se sentir frustrés face à cette soudaine hausse de la difficulté, qui rend les championnats beaucoup moins amusants que dans les autres modes de difficulté. Cette ombre au tableau est dommage, d’autant plus que les championnats sont réellement plaisants dans les trois autres modes de difficulté, en plus d’offrir un challenge motivant au joueur.

F-Zero X propose également un mode Death Race : dans celui-ci, vous pilotez le vaisseau de votre choix sur une ligne droite sans fin. Votre but est d’éliminer le plus rapidement possible les vingt-neuf adversaires ; ce mode, particulièrement amusant, risque de vous tenir éveillé de longues heures et de vous inciter à améliorer votre stratégie pour provoquer le plus rapide des carnages ! Le titre comporte également un championnat particulier baptisé X Cup : cette coupe (à débloquer) consiste à concourir sur six circuits générés aléatoirement par la Nintendo 64 ! Cette X Cup est donc très intéressante puisqu’elle assure un renouvellement constant de l’expérience de jeu en solo (bien que le nombre de circuits générés ne soit pas infini, évidemment). Il est également possible d’affronter les fantômes des développeurs, qui proposent un défi assez corsé.

Cet épisode 64 bits est par ailleurs très amusant en multijoueur. Ne souffrant heureusement pas de chutes de framerate, le titre propose une expérience très agréable à plusieurs. Vous risquez fort de passer des heures à affronter vos amis sur différents circuits, grisé par la sensation de vitesse et la grande convivialité du titre.

Vous pourrez ici ajuster les paramètres de votre machine avant chaque course.

« ALRIGHT ! FIRST PLACE ! »

On retrouve à la composition des musiques Taro Bando et Hajime Wakai. Le premier est l’homme derrière les musiques de la série Mario Kart depuis le tout premier opus. Le second était en 1998 un jeune compositeur qui avait déjà montré ce dont il était capable, en composant l’OST de Lylat Wars aux côtés de Koji Kondo lui-même. L’OST de ce F-Zero X ne manquera pas d’éveiller la fibre nostalgique de ceux qui ont connu l’épisode sur Super Nintendo, puisque beaucoup de thèmes sont des reprises de thèmes déjà connus.

Si ces thèmes ne sont pour la plupart que des arrangements, pourquoi l’OST de F-Zero X est-elle encore aujourd’hui si populaire ? La réponse est simple et tient en deux mots : « hard rock ». En effet, les musiques du jeu ont été composées de façon à rappeler des morceaux de hard rock, utilisant moult guitares saturées et autres percussions. Le résultat est étourdissant mais donne un cachet inimitable au jeu et renforce l’immersion de manière assez incroyable. Comment ne pas être emporté par les riffs de guitare de Decide in the Eyes, thème de Big Blue ? Comment ne pas trépigner en entendant la frénésie de la batterie dans Fall down to the scream, entendu notamment sur le circuit Sand Ocean ? F-Zero X se démarque par sa bande-son à nulle autre pareille, diablement pêchue.

Le doublage est également très réputé, mais pas pour les bonnes raisons ; il est en effet composé de phrases incroyablement mal jouées et exagérées qui apparaissent plus comme des borborygmes qu’autre chose. Qui n’a pas hurlé de rire en entendant le speaker lancer un inaudible « You got boost power ! » ou un « Wow ! You’re way out in front ! » hilarant tant il est peu convainquant ? Aussi ridicule qu’un doublage peut l’être, celui de F-Zero X est une des caractéristiques indissociables du titre et qui, en un sens, font son charme.

Ces zones violacées vous permettent de récupérer de l’énergie.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Malgré des décors outrageusement vides, un clipping se faisant lourdement sentir et une modélisation sommaire des vaisseaux, difficile de rester insensible à l’impression de vitesse terriblement réaliste qui se dégage de F-Zero X. L’animation est particulièrement fluide et il est assez incroyable de voir que la vitesse supersonique des vaisseaux est aussi fidèlement retranscrite. Les circuits ont quant à eux des tracés inspirés qui retiennent l’attention du joueur. Si cet opus 64 bits est donc visuellement dépouillé, cela ne l’empêche pas de mettre une claque au joueur en termes de sensations.

Jouabilité : Considérablement enrichi par rapport à celui de F-Zero premier du nom grâce à la jauge d’énergie ou au système d’attaques, le gameplay de cette mouture est très efficace. Chaque personnage possède des caractéristiques particulières, permettant à chaque joueur de choisir un véhicule correspondant à son style de jeu. A la fois très facile à prendre en main et très technique à haut niveau, la jouabilité de F-Zero X est encore aujourd’hui un modèle pour tous les jeux de courses basant leur gameplay sur la technique pure. Les vaisseaux peuvent avoir tendance à glisser sur la piste, mais ce n’est bien là qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Durée de vie : Les nombreux championnats, le mode Death Race incroyablement amusant, les fantômes des développeurs et la présence de la X Cup avec ses circuits aléatoires permettent déjà à F-Zero X de proposer une durée de vie conséquente en solo. Le mode multijoueur est loin d’être en reste puisqu’il est très convivial et risque de vous occuper de longues heures. Pari donc réussi pour cet opus qui réussit à satisfaire aussi bien les joueurs solitaires que ceux plus enclins à jouer avec leurs amis. On regrettera cependant (pour les championnats en solo) la difficulté complètement innommable du mode de difficulté Maître, frustrante au possible ; bien peu de joueurs auront le courage de remporter les championnats en mode Maître…

Bande-son : Taro Bando et Hajime Wakai signent l’une des bandes-son les plus célèbres de l’histoire de Nintendo. Avec des compositions incroyablement rythmées qui collent à l’action frénétique affichée à l’écran, chaque course devient une montée d’adrénaline continue alors que notre vaisseau s’envole au rythme de guitares électriques saturées. Et n’oublions pas l’indescriptible speaker et ses glougloutements qui auront fait rire bon nombre de joueurs.

Scénario : Le jeu assure une continuité avec le premier épisode : après un accident terrible survenu à la fin de F-Zero sur SNES et ayant coûté la vie à quatorze pilotes, le grand prix F-Zero aurait été suspendu durant sept ans avant de reprendre sous une forme différente, rebaptisée F-Zero X. Ce semblant de script n’a bien sûr aucune influence sur le déroulement du titre.

Conclusion : F-Zero X est un titre qui, en dépit du temps qui passe, reste une valeur sûre en matière de jeux de courses. Même si sa plastique a bien mal vieilli et que certains championnats risquent de vous donner des cheveux blancs, le titre demeure une expérience très agréable grâce à un gameplay nerveux et solide, une impression de vitesse de qualité, un caractère très convivial et une bande-son mémorable pour son rythme et son énergie. Seul où à plusieurs, vous risquez bien d’être captivé par ces courses spatiales complètement folles. L’essayer, c’est l’adopter !