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Que n’a-t-on dit sur Final Fantasy VII ? Le titre a en effet dépassé le statut de simple jeu vidéo depuis longtemps déjà pour devenir une icône du jeu de rôle japonais. Sorti en 1997 sur Playstation, le jeu marquait l’arrivée de la saga en Europe et la découverte du RPG par toute une génération sous le choc. Quinze ans après, le jeu est toujours révéré et les joueurs le considérant comme le meilleur jeu de rôle de l’histoire sont légion. Le mythe Final Fantasy VII : légende ou réalité ? Réponse dans ce test.

Les Chevaliers de la Table Ronde : une minute quarante de jouissance visuelle.

Lors de sa sortie, le jeu avait beaucoup impressionné en raison de sa superbe plastique. Aujourd’hui, le bilan n’est évidemment plus si reluisant. En effet, les personnages sont la plupart du temps modélisés avec une 3D très grossière qui se révèle franchement laide à l’heure actuelle. Les arrière-plans sont quant à eux des décors en 2D précalculés, qui se révèlent le plus souvent jolis bien qu’un peu pixellisés de temps à autre. Les environnements traversés sont à ce sujet très variés : une mégalopole cyberpunk, un village de ninjas reclus, l’épave d’un aéronef ou encore un manoir hanté sont autant de lieux que vous serez amenés à visiter au cours de vos pérégrinations.

Toutefois, durant les combats, la situation change du tout au tout. Les personnages sont très bien modélisés avec un souci du détail impressionnant pour l’époque ; les ennemis sont très diversifiés et le design des boss laisse une forte impression ; enfin, les effets de lumière ainsi que les animations des attaques ou des Limites (nous y reviendrons) sont très souvent magnifiques. Cela est particulièrement flagrant lors de l’utilisation d’invocations : chacune des invocations du jeu donne en effet lieu à une séquence visuellement superbe, que l’on ne se lasse guère de revoir.

Concluons sur les cinématiques. Celles-ci étaient d’ailleurs l’un des principaux arguments de vente de Squaresoft à la sortie du titre, le constructeur promettant quatre-vingt-dix minutes de cinématiques révolutionnaires. Dans l’ensemble, les cinématiques sont agréables à regarder. Si certaines se contentent de reprendre le moteur de jeu et n’ont rien d’extraordinaire, d’autres (illustrant souvent des moments-clés du scénario) sont réellement superbes, exploitant à merveille la jeune Playstation, et sont restées dans les mémoires des joueurs comme des prouesses techniques et artistiques inoubliables.

Le système d’Active Time Battle, fidèle au poste.

Dans Final Fantasy VII, la magie opère quand on enfonce des boules dans des trous…

Le système de jeu de Final Fantasy VII reprend la plupart des éléments classiques de la saga. Exploration, combats, magies, armes, armures, quêtes annexes, moyens de transports divers, Chocobos : les éléments mis en place au fil des six premiers épisodes sont au rendez-vous. Les reliques, héritées de Final Fantasy VI, réapparaissent sous le nom d’accessoires et permettent une nouvelle fois d’augmenter ses statistiques ou d’obtenir diverses protections.

Comme chaque nouvel opus, cette septième mouture réinvente le système de combat en faisant intervenir les matérias. Ces petites billes de différentes couleurs peuvent être équipées en nombre limité sur les armes et armures de chaque personnage. Elles sont à la base de la réalisation des magies, des invocations, des commandes particulières (voler l’ennemi, analyser l’ennemi), de l’obtention des bonus (contre-attaques, augmentation de l’expérience reçue…) ; enfin, certaines (dites de soutien) se combinent aux autres matérias.

En effet, certains équipements possèdent des réceptacles à matérias dits « liés ». Ces réceptacles liés permettent de combiner l’effet d’une matéria de soutien et d’une matéria d’un autre type. Supposons que vous liiez les matérias « Tout » et « Soin ». En effectuant cette action, utiliser le sort « Soin » permettra de le lancer sur tous vos alliés ! Il s’agit de l’exemple le plus simple ; mais avec des matérias plus puissantes, il est possible de réaliser des combinaisons dévastatrices, rendant les combats bien plus techniques qu’il n’y paraît.

Chacune de ces matérias peut également monter de niveau. A la fin de chaque combat, vous obtenez en plus de l’expérience et de l’argent, des points qui augmentent le niveau de toutes les matérias équipées. Une fois que votre matéria monte de niveau, elle obtient une nouvelle capacité : une magie plus puissante, la possibilité de lancer une même invocation plusieurs fois dans un combat… Lorsqu’une matéria atteint le niveau maximum, une matéria identique au niveau minimal est créée ; cela permet de se constituer un véritable stock de matérias pour qui le désire.

La seconde grande innovation en ce qui concerne le système de combat concerne les Limites. Dans Final Fantasy VI, lorsqu’un personnage était sur le point de mourir, il pouvait lancer un assaut désespéré surpuissant : cependant, cela était complètement aléatoire et bien trop rare pour être utilisé stratégiquement. Final Fantasy VII réintroduit ce système et le perfectionne grandement : désormais, dès qu’un personnage subit des dégâts, sa jauge de Limite se voit augmenter proportionnellement aux dégâts subis. Une fois la jauge remplie, ce personnage peut lancer sa Limite, le plus souvent une attaque dévastatrice qui peut renverser l’issue d’un combat. Chaque personnage possède six Limites et une Limite ultime accessible par le biais d’un artefact à récupérer (sauf un personnage qui n’en possède que deux).

Il est également à souligner que Final Fantasy VII comporte un parc d’attractions nommé le Gold Saucer. Celui-ci propose de nombreux mini-jeux, dont le plus fameux est la course à dos de Chocobo. Le Gold Saucer est un endroit sympathique pour se reposer entre deux quêtes ou pour entraîner ses Chocobos ; en effet, ce septième volet propose au joueur la possibilité d’élever ses propres Chocobos après les avoir capturés. Il est ainsi possible de les nourrir, de les entraîner durant des courses et même de les accoupler afin d’obtenir des Chocobos de couleurs différentes ! Chaque espèce de Chocobo peut se déplacer sur différents reliefs ; le Chocobo doré, Graal ultime de tous les férus de Chocobos, serait même capable de se déplacer absolument partout…

Certains arrière-plans font honneur à la jeune Playstation.

Attention : l’élevage de Chocobos peut nuire à votre vie sociale

En ce qui concerne la durée de vie, Final Fantasy VII se révèle plus long que l’opus précédent : il vous faudra compter trente à quarante heures pour arriver au terme de l’aventure. La difficulté a été rehaussée par rapport au sixième opus et il vous sera à quelques reprises nécessaires de faire quelques séances de level-up afin de triompher d’un boss récalcitrant.

Le jeu propose également une pléthore de quêtes annexes : entre les différentes matérias à récupérer et à faire monter au niveau maximum, les personnages à entraîner, les deux personnages optionnels à recruter, l’élevage de Chocobos, les multiples attractions du Gold Saucer ou encore les boss optionnels, la liste des à-côtés est impressionnante et fait de cette septième itération un jeu au contenu extrêmement riche.

Je parlais de boss optionnels. Final Fantasy VII est en effet le premier jeu de rôle à avoir intégré des boss optionnels bien plus puissants que le boss final. Au nombre de trois, chacun de ces boss est un véritable challenge qui nécessite une préparation méticuleuse, un équipement optimal et une stratégie bien rodée pour espérer en venir à bout. Les joueurs ont d’ailleurs coutume de dire qu’il s’agit là du défi ultime proposé par le RPG de Square ; mais la récompense est bien évidemment à la mesure de l’épreuve…

Est-il encore besoin de le présenter ?

Un ange à une aile peut-il voler ?

Nobuo Uematsu est de retour pour composer l’OST de ce septième volet. Le maître japonais est confronté à un défi de taille : il doit en effet se familiariser avec une plateforme jusque-là inconnue, la Playstation, afin d’en tirer le maximum de possibilités. Malgré ces difficultés, Uematsu signe une bande-son de haute volée qui, encore aujourd’hui, sait captiver les joueurs ; ce n’est pas pour rien que l’OST de ce Final Fantasy VII est encore aujourd’hui considérée comme l’un des meilleurs travaux de Uematsu !

Il est ainsi remarquable de constater que chaque thème a fait l’objet d’une attention particulière. Chaque morceau sait parfaitement s’adapter à la situation vécue par le joueur et à en renforcer d’autant plus l’impact. Les musiques devenues cultes sont légion : que ce soient le thème du Canyon Cosmo et ses percussions endiablées ; le thème d’Aeris, lancinant et poignant ; et comment oublier One-Winged Angel, thème du boss final, ode à la grandiloquence, avec chœurs en latin et percussions assourdissantes, qui est depuis devenu l’un des thèmes les plus mythiques de la saga ?

Hormis ces morceaux tellement célèbres qu’il n’est guère plus nécessaire d’en parler, l’OST compte des pistes certes un peu moins renommées mais tout autant inoubliables. Le thème de Cid, de Vincent, de Jénova, sont autant de morceaux qui ont laissé une forte impression dans le cœur des joueurs qui ont eu la chance de les entendre accompagner leur aventure.

La première rencontre avec Aeris donne lieu à une scène plutôt émouvante.

La fin du premier CD aura fait exploser les ventes de mouchoirs

Se démarquant de l’univers steampunk de Final Fantasy VI, Final Fantasy VII privilégie quant à lui une approche cyberpunk où la technologie est très évoluée. Tout commence dans l’immense mégalopole de Midgar, siège de la compagnie Shinra. Cette compagnie pompe l’énergie magique de la planète, nommée Mako, afin d’alimenter le monde en énergie. Le jeu commence alors qu’un groupe terroriste, nommé Avalanche, se rend dans l’un des réacteurs Mako pour le faire exploser ; en effet, le pompage de Mako fait dépérir la planète peu à peu. Dans ce groupe est notamment présent Cloud, un ancien membre du SOLDAT, la milice de la Shinra, devenu mercenaire.

Si le scénario de base semble assez simpliste, l’intrigue s’étoffe très rapidement. Il apparaît que la Shinra est à la recherche de la Terre Promise, une terre aux réserves de Mako infinies. Mais Sephiroth, ancien membre légendaire du SOLDAT et semblant intimement lié à Cloud, est déterminé à trouver la Terre Promise et à la faire sienne pour contrôler la planète… Nos héros seront donc amenés à combattre la Shinra et ses plans de conquête mais également à contrecarrer les velléités de Sephiroth.

La première chose frappante lorsque l’on se penche sur le script du jeu, c’est son message. En effet, quel est le but de la Shinra, désignée comme ennemi ? Epuiser la planète afin de faire des profits. Ce message, ouvertement écologiste, était à la sortie du jeu très en avance sur son temps ; Final Fantasy VII reste encore aujourd’hui considéré comme l’un des tout premiers jeux à avoir dépassé le cadre de divertissement et à proposer une véritable réflexion au joueur, un an avant Metal Gear Solid. Le titre propose également, de manière plus diffuse, des critiques sur l’expérimentation génétique et remet en question l’éthique de la communauté scientifique, tout en formulant ces critiques à mots couverts, ne les laissant jamais prendre le pas sur l’intrigue principale.

Si ce message est présent, la dimension dramatique n’est pas pour autant négligée. Le script recèle en effet son lot de moments émouvants voire déchirants ; certaines scènes font désormais partie de l’histoire du jeu vidéo tant elles auront laissé un impact indélébile au joueur. De plus, chaque personnage a plus sa propre personnalité et réussit à toucher le joueur. Que dire de Cid ou Barret, qui sous leurs airs d’hommes bourrus cachent une grande fragilité profondément touchante ? Que dire de Vincent, l’ancien agent de la Shinra revenu d’entre les morts, dont l’histoire est bouleversante ? Que dire également de Cloud, déchiré entre son admiration pour Sephiroth et son passé trouble ? L’évolution de la relation entre les deux anciens miliciens constitue d’ailleurs un des points forts du scénario, puisque leurs rapports douloureux sont superbement mis en scène.

Le personnage le plus marquant à cet égard, est sans nul doute Sephiroth. C’est en effet l’antagoniste principal, bien plus que le héros, qui est devenu le symbole du mythe Final Fantasy VII. A l’inverse d’un Kefka ridicule et complètement psychotique, Sephiroth est bien plus calme. Tout en élégance et en retenue, sa gigantesque Masamune, son regard pénétrant et ses longs cheveux d’argent en ont fait frémir plus d’un. Chacune de ses apparitions est en effet marquée d’une tragédie ; que ce soient le massacre dans le bâtiment Shinra ou le saccage de Nibelheim, Sephiroth se montre un peu plus cruel à chacune de ses interventions. Cependant, il apparaît aussi comme fragile, désorienté ; cela est par ailleurs superbement illustré durant le combat final… Sephiroth est ainsi un antagoniste très complexe, à la fois inhumain et fragile, qui aura laissé à tous les joueurs l’ayant affronté des souvenirs inoubliables, et qui est depuis longtemps reconnu comme l’un des meilleurs adversaires de toute l’histoire du jeu vidéo.

L’apparition de la 3D et des cinématiques auront également permis aux scénaristes de concevoir certaines scènes depuis devenues légendaires. Certaines cinématiques sont passées à la postérité et sont devenues emblématiques du jeu. Je ne ferais pas l’affront de dévoiler le contenu de ces cinématiques, même si ceux qui ont eu la chance de s’essayer à ce septième opus pensent en lisant ces lignes à deux scènes en particulier…

Certains coquilles font vraiment peur.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Si la 3D visible sur la carte du monde est très grossière et si les environnements en 2D ont assez mal vieilli, la réalisation des combats reste aujourd’hui jolie, avec notamment des invocations somptueuses. Il ne faudrait pas oublier les cinématiques, qui poussaient alors très loin la jeune Playstation et se révèlent encore aujourd’hui agréables à visionner.

Jouabilité : Final Fantasy VII reprend tous les éléments de gameplay des opus précédents et y ajoute des innovations très intelligentes. Le système de matérias est l’un des plus techniques de l’ensemble de la série avec une myriade de combinaisons réalisables, et les Limites ajoutent au dynamisme des combats. Sans aucun doute, Final Fantasy VII est extrêmement plaisant à jouer et propose un gameplay à la fois très accessible et très profond.

Durée de vie : Plus long que le sixième opus, cette septième mouture propose une aventure longue de plus d’une trentaine d’heures avec une difficulté plus importante que par le passé. Le titre propose également une myriade de quêtes annexes et de défis qui sont susceptibles de doubler cette durée de vie, sinon plus. 

Bande-son : Nobuo Uematsu signe une nouvelle fois une performance tenant du génie. Chaque musique est adaptée à la situation rencontrée et sait marquer le joueur de façon durable, sans parler des thèmes tels que One-Winged Angel ou Aerith’s Theme, devenus depuis bien longtemps cultes et qui restent encore aujourd’hui de véritables morceaux de bravoure. 19/20

Scénario : Si le script ne paraît pas très étoffé au premier abord, il n’en est en réalité rien. Chacun des héros a une très forte personnalité et sait marquer le joueur ; de plus, les scènes dramatiques et déchirantes foisonnent, rendant la narration très émouvante et profonde. Le scénario diffuse en filigrane un vibrant message écologiste, sans oublier les moments épiques que sait nous faire vivre Final Fantasy VII, faisant monter l’adrénaline avec maestria. On regrettera cependant une traduction française bâclée qui ne fait pas honneur à la richesse de la narration.

Conclusion : Nous ne remercierons jamais assez Squaresoft pour avoir fait faux bond à Nintendo. Avec ce septième opus, le constructeur offre à la Playstation un monument du jeu de rôle, au gameplay riche et technique et au contenu immense. Plus qu’un jeu vidéo, Final Fantasy VII est une expérience qui implique directement le joueur et lui fait ressentir de puissantes émotions, grâce à un scénario poignant autant qu’intelligent, des protagonistes marquants auxquels on s’attache, et une bande-son sublime. Malgré une réalisation datée et une traduction française médiocre, cette septième itération reste un jeu de légende que tout joueur se doit d’avoir expérimenté.

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