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Au début des années 1990, les ninjas n’étaient pas les personnages les plus représentés dans ce jeune média qu’était le jeu vidéo. Hormis la cultissime série Shinobi de Sega, parue sur Master System puis sur Megadrive, ainsi que dans une moindre mesure la série Ninja Gaiden, bien rares étaient les titres de qualité mettant en scène ces assassins de l’ombre. Pourtant, en 1995, un jeu proposant pour protagoniste principal un de ces fameux ninjas fait irruption sur Super Nintendo. Baptisé Hagane : The Final Conflict, il ne rencontrera qu’un succès d’estime. Au fil des années, le jeu acquit pourtant une certaine notoriété, à tel point qu’on le considère aujourd’hui comme l’une des « pépites oubliées » de la Super Nintendo. Cette réputation est-elle justifiée ? Réponse dans ce test.

Tu aimes les ninjas ? Tu aimes les cyborgs ? Prépare-toi à aimer ce jeu !

La première chose qui frappe lorsque l’on débute sa première partie d’Hagane, ce sont les graphismes. Fins et détaillés pour l’époque, ils offrent souvent au regard du joueur de beaux panoramas et ont pour la plupart une identité graphique marquée. Le jeu propose ainsi un univers issu de la synthèse du Japon traditionnel et d’un monde robotique post-apocalyptique pour un résultat certes détonant, mais ne manquant sûrement pas d’originalité. Si l’on reconnaîtra que leur qualité est par moments assez inégale (les niveaux se déroulant à l’intérieur de bâtiments sont particulièrement quelconques), difficile de rester insensible au charme d’une métropole éclairée par des lampions alors que la nuit tombe, d’égouts sombres et mystérieux, d’une forêt tremblant sous une tempête ou encore des montagnes qui se découpent sur un ciel d’azur alors que l’on s’infiltre dans un croiseur aérien. Certains niveaux utilisent par ailleurs le mode 7 de la console pour des effets de rotation du décor particulièrement réussis.

L’animation est quant à elle fluide ; les ennemis sont très bien animés, de même que le personnage que l’on incarne. C’est un véritable bonheur que de voir une débauche d’explosions et de projectiles apparaître à l’écran alors que l’on lutte comme un beau diable afin de survivre face à un groupe d’ennemis. Le design des boss est réussi ; chacun des cinq boss de fin de niveau impressionne par sa démesure ou son aspect fantasque et immerge le joueur dans de palpitants combats.

Le premier boss du jeu. Ne vous déchaînez pas contre ces géants de fer mais plutôt sur l’homme en lévitation.

Prière de ne pas déclencher l’attaque spéciale si vous êtes épileptique

Le gameplay de Hagane : The Final Conflict peut paraître au premier abord particulièrement déroutant. En effet, contrairement à d’autres jeux d’action sur Super NES, tous les boutons de la manette sont ici mis à contribution et notre ninja dispose d’une palette de mouvements particulièrement étoffée.

Tout d’abord, précisons que Hagane peut utiliser quatre armes différentes ; le joueur peut alterner entre ces quatre armes via une simple pression des boutons Y ou Select. Le kunai est l’arme de base ; ce sabre japonais a une allonge certes courte, mais inflige des dégâts importants. Le grappin a une bonne allonge et permet notamment de se suspendre à certaines parois, mais sa puissance est très limitée. Les deux autres armes sont des armes de jet : les shurikens sont lancés en ligne droite et causent des dégâts modérés, tandis que les bombes sont plus difficiles à contrôler (ayant une trajectoire parabolique) mais infligent des dégâts très élevés. Les shurikens et les bombes ne sont pas disponibles en nombre illimité et il est possible d’en transporter un maximum de 99 ; toutefois, la plupart des ennemis laisse après sa mort de nombreuses recharges, ce qui fait le joueur tombe très rarement à court de munitions. Précisons enfin que d’une pression sur le bouton A, Hagane déclenche une attaque spéciale très puissante qui détruit tous les ennemis à l’écran et inflige de sérieux dégâts aux boss. Ces attaques spéciales sont évidemment très difficiles à obtenir et doivent être employées avec parcimonie (un maximum de 9 attaques spéciales peut être atteint).

Je disais que les ennemis laissent après leur mort des recharges en shurikens, en bombes ou en attaques spéciales, mais ce n’est pas tout. Vous trouverez également des carrés représentant une flamme qui redonne un point de vie et des carrés représentant une flamme bleue qui augmente votre nombre de points de vie maximal de un. Ainsi, si l’on commence une partie avec trois points de vie (on perd un point de vie à chaque fois que l’on est touché), il est possible d’arriver à un maximum de cinq points de vie. Lorsque l’on perd une vie, ces améliorations sont perdues et l’on recommence avec trois points de vie. Enfin, il est bien évidemment possible de récupérer des carrés octroyant une vie supplémentaire, bien que ceux-ci soient très rares.

Hagane dispose d’un autre mouvement, à effectuer durant un saut : si le joueur appuie une deuxième fois sur le bouton de saut avant que le ninja ait débuté la phase descendante de son saut, celui-ci pourra se rouler en boule et parcourir une certaine distance dans les airs. Cela est bien pratique pour traverser de larges précipices, mais permet également de rebondir contre un mur pour progresser vers le haut. Il est toutefois à noter que l’obligation d’effectuer ce mouvement avant que la phase ascendante du saut ne soit terminée rend son assimilation assez complexe ; ne vous étonnez pas si durant vos premières parties, vous terminez votre course dans le vide alors que vous tentiez d’effectuer un double saut…

En appuyant sur L ou R, notre héros peut également effectuer une série de roulades. Celles-ci peuvent être utilisées de façon offensive ou défensive ; en appuyant sur la gâchette opposée à la direction du regard d’Hagane (R lorsqu’il regarde vers la gauche et vice-versa), le ninja cybernétique effectuera une série de roulades rapides dans la direction opposée à celle de son regard. Cette série de roulades dure tant que le joueur maintient enfoncé le bouton requis ; elle a l’avantage de permettre de passer au travers de certains ennemis et donc de traverser certains niveaux sans difficulté.

En ce qui concerne leur utilisation offensive, lorsque Hagane effectue des roulades dans la direction de son regard, il effectue une première roulade, puis une seconde (il clignote alors en jaune) puis une troisième (il clignote en bleu). Appuyer sur B durant l’une de ces trois roulades permet de lancer une attaque aérienne comme un coup de pied sauté vers l’avant ou un coup de pied vertical ; en revanche, appuyer sur Y permet de lancer un violent coup de poing vers l’avant ou de créer une colonne de feu à proximité du héros ! Vous aurez donc compris que cette technique permet de lancer six attaques différentes ; comme toujours, seul l’entraînement sera productif, et il vous faudra apprendre les subtilités de chaque assaut afin d’en tirer le meilleur parti.

On notera par ailleurs avec intérêt que Hagane : The Final Conflict ne se contente pas de proposer au joueur de simples stages où il faut progresser de la gauche vers la droite en sabrant tout ce qui bouge. Le jeu propose des stages inventifs comme cette fuite dans le stage 1-4 avec un scrolling se déplaçant… de la droite vers la gauche ! On citera également le stage 3-4, proche d’un shoot’em up puisque Hagane se déplace à bord d’un vaisseau volant, ou le stage 4-2, véritable labyrinthe souterrain qui risque d’user les nerfs des joueurs trop impatients.

Ce scrolling horizontal inversé usera sans doute votre patience.

C’est pas Contra, mais c’est pas mal quand même !

Hagane ne compte que cinq grands niveaux, divisés en différents stages (leur nombre varie de trois à cinq par niveau). Toutefois, comme dans beaucoup de jeux de cette époque, la difficulté est au rendez-vous et il est fort probable que les ennuis commencent dès le stage 1-1. Il faut évidemment persévérer et tirer leçon de ses erreurs pour ne pas les reproduire. Si l’on se contente au début d’utiliser son sabre à outrance, on apprend rapidement à se servir de toutes les armes mises à notre disposition et ainsi à faciliter sa progression dans les niveaux ; il est surprenant de voir que l’on peut parvenir au deuxième ou au troisième niveau après seulement quelques jours de jeu.

Une fois le jeu maîtrisé et les différents stages bien gravés dans votre mémoire, vous n’aurez probablement pas trop de difficulté à terminer le jeu ; le niveau de difficulté est ainsi beaucoup moins élevé que dans un Contra III par exemple. Toutefois, l’action est tellement nerveuse et le plaisir de se jeter dans la bataille pour taillader ses ennemis avec talent tellement élevé qu’il est tout bonnement impossible que vous ne reveniez pas sur le titre de façon régulière pour quelques parties.

Certains environnements sont vraiment sublimes.

Entre flûte traditionnelle et sonorités électroniques

La bande-son du titre est pour le moins éclectique. Partagée entre musiques d’ambiance assez techno et sonorités plus traditionnelles et plus proches de l’univers japonais, elle est à l’image de l’univers global offert par The Final Conflict. Dans l’ensemble, il convient tout de même de préciser qu’hormis quelques thèmes (notamment celui du générique de fin), l’ensemble est loin d’être impérissable.

L’éveil du ninja.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Même si l’on regrettera des environnements intérieurs génériques et peu inspirés, il convient tout de même de saluer la beauté de plusieurs environnements, qui tirent un excellent parti des capacités techniques de la Super Nintendo, ainsi qu’un univers, à mi-chemin entre un Japon médiéval et un futur entièrement mécanisé, particulièrement original et réussi. 

Jouabilité : Si le gameplay semble au premier abord difficile à appréhender, il faut s’investir quelque peu dans le titre pour pleinement comprendre la richesse et la profondeur de Hagane. Avec quatre armes différentes adaptées à chaque situation et une vaste palette de mouvements de combat, c’est un véritable bonheur que d’éliminer ses ennemis avec talent une fois les différents pouvoirs de notre ninja maîtrisé. L’ensemble s’enchaîne alors sans temps mort et les combos tous plus élégants les uns que les autres se succèdent.

Durée de vie : Ne proposant que cinq niveaux, Hagane : The Final Conflict offre toutefois une difficulté élevée, caractéristique des jeux de l’époque. Il vous faudra du temps avant de triompher du vil clan Koma ; malgré cela, la difficulté reste bien plus abordable que dans d’autres jeux de l’époque, Contra III en tête. Le jeu reste quoiqu’il en soit idéal pour des parties courtes, durant lesquelles un joueur expérimenté prendra plaisir à traverser de nouveau les différents environnements.

Bande-son : Etonnamment éclectique, l’OST est un mélange de sonorités synthétiques et de morceaux plus traditionnels faisant appel à des instruments typiquement japonais tels que la flûte. L’ensemble n’est toutefois pas inoubliable et reste de qualité moyenne.

Scénario : Hagane est un ancien ninja du clan Fuma transformé en cyborg après un grave accident. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il part prendre sa vengeance sur le clan Koma, qui a dérobé une source d’énergie incommensurable, le Saint Graal. Le clan Koma l’a utilisée pour libérer de terrifiants démons qui détruiront le monde si rien n’est fait… Tel est le pitch du jeu, particulièrement grotesque et expédié dans le manuel.

Conclusion : Avec Hagane : The Final Conflict, Hudson Soft et Nintendo font un bien beau cadeau à tous les amateurs de ninjas et de jeux d’action. Grâce à une réalisation léchée, une jouabilité incroyablement profonde et une rejouabilité élevée, le titre se classe sans difficulté parmi les meilleurs jeux d’action de la console. Malgré une bande-son sans plus et une durée de vie relativement courte, il s’agit d’une véritable réussite ; découvrez Hagane et rendez hommage à un titre qui passa inaperçu, fidèle à sa destinée de ninja, il y a quinze ans de cela.