Jet-Set-Radio-pal-front

Si la Dreamcast aura accueilli plusieurs grands titres, bien peu peuvent se targuer d’être aussi dynamiques que Jet Set Radio. Le titre a rapidement crée un véritable phénomène et s’est constitué une solide communauté de fans qui perdure encore aujourd’hui. Alors, pourquoi ce titre est-il aussi apprécié par les possesseurs de Dreamcast ? Quels sont les éléments qui en font l’un des jeux les plus pêchus de tous les temps ? Réponse dans ce test.

Non, le jeu n’a pas copié Air Gear…

Jet Set Radio est l’un des tous premiers (sinon le premier) jeux à avoir employé la technique du cell-shading. Cette même technique qui sera tant décriée quelques années plus tard, à la sortie de The Wind Waker, permet de forcir les ombres et de rendre les couleurs plus vives afin de dynamiser le trait et d’obtenir un rendu proche d’un dessin animé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est réussi.

Les environnements traversés sont ainsi de très bonne facture, avec des effets de lumière réussis, des couleurs éclatantes et une profusion de détails véritablement impressionnante pour un jeu sorti en 2000. Le joueur se sent réellement transporté dans une mégalopole futuriste où les immeubles immenses côtoient les grands axes de circulation ou les rames de métro. De même, les personnages sont bien modélisés et leur style caricatural est en adéquation avec l’ambiance délirante du jeu. L’animation est quant à elle très fluide, aucun ralentissement n’étant à déplorer ; les mouvements et acrobaties des différents personnages sont très impressionnantes et achèvent d’immerger le joueur dans l’ambiance si particulière de Jet Set Radio.

La vie de tagueur est dure : toujours fuir la police…

Le graffiti est un art. Cependant, si vous en faites un acte de vandalisme c’est un délit.

Jet Set Radio ne peut se ranger dans aucune catégorie, tant le concept du jeu est unique. Vous contrôlez les membres d’un gang, les GGs. Point de grand banditisme ici : votre but est de semer le trouble dans une société répressive en dévalant les rues de la ville chaussés de vos patins magnétiques, tout en taguant les murs ou les panneaux.

En effet, l’objectif principal du jeu est de taguer les environnements traversés. Dans les faits, vous disposez d’une paire de patins magnétiques, ce qui vous permet de bondir sur les murs ou de grinder avec aisance sur les multiples rampes rencontrées au cours de votre aventure. En explorant la ville dans laquelle se déroule la mission, vous récupérez des bombes de peinture qui vous permettront, une fois à proximité d’une flèche, de réaliser un graffiti. Ces graffitis se réalisent par le biais de QTE, en effectuant des rotations avec le stick de la Dreamcast.

Cependant, ne croyez pas que vous pourrez taguer les rues impunément ! Comme cela a déjà été précisé, la société est très répressive, et vous serez rapidement pris pour cible par des hordes de policiers, de chiens, de snipers ou même d’hélicoptères armés (!) bien décidés à en finir avec vous. Il faudra dans ce cas savoir réaliser vos graffitis tout en esquivant les assauts répétés des forces de l’ordre. Des capsules régénérant votre barre de vie sont également disponibles un peu partout dans chaque niveau.

Le jeu est divisé en missions, directement accessibles à partir du menu. Ces missions sont de deux natures : les premières, et les plus fréquentes, vous propulsent dans un des environnements du jeu et vous imposent de réaliser un nombre donné de graffitis à des endroits précis en temps limité. Les secondes s’apparentent à des boss, puisqu’il vous faudra poursuivre les membres de gangs rivaux afin de leur infliger l’humiliation suprême, à savoir un tag sur le dos. Enfin, certaines missions ponctuelles consistent en des défis contre un autre tagueur (à savoir, gagner une course ou reproduire des figures) qui, si vous les remportez, vous permettent d’incarner le dit tagueur.

En effet, Jet Set Radio vous permet de contrôler près d’une quinzaine de personnages au total, tous avec leurs spécificités et leurs capacités. Ces capacités sont réparties en trois catégories : l’énergie (taille de la barre de vie et résistance aux coups), la technique (facilité à se déplacer et à sauter) et le graffiti (complexité des QTE à réaliser pour taguer, nombre maximal de tubes de peinture pouvant être transporté).

Enfin, dans chaque mission sont dissimulées des symboles difficiles d’accès qui, si vous les collectez, vous permettent d’obtenir de nouveaux graffitis que vous pouvez sélectionner dans un menu dédié. Il est ainsi possible de choisir les graffitis que l’on souhaite voir peints par nos protagonistes parmi une très large gamme ; et si par miracle aucun des graffitis ne vous satisfaisait, il vous est même possible de créer le vôtre via un éditeur très complet !

L’ensemble est réellement fluide, et c’est un réel bonheur que de se propulser avec aisance sur les rampes et les murs avant de conclure un saut magnifique par un graffiti haut en couleurs. Cependant, on regrettera certains sauts imprécis ou certains problèmes de caméra, mais ce ne sont là que peccadilles face à la fluidité et la richesse de l’ensemble. On pourra également souligner l’aspect labyrinthique de certains environnements, dans lesquels il sera parfois difficile de se repérer.

Collecter des bombes de peinture est indispensable pour réaliser des graffitis.

Plus vite que la musique

Jet Set Radio est un jeu court si l’on se contente d’achever l’aventure principale, qui ne vous occupera guère plus de sept à huit heures. Cependant, les acharnés du high-score trouveront dans Jet Set Radio leur bonheur ; en effet, réaliser des figures acrobatiques ou des graffitis vous octroie des points qui détermineront votre classement à la fin de la mission. Pour obtenir le meilleur classement, à savoir Jet, il vous faudra réaliser un maximum de figures, réaliser tous les graffitis possibles (y compris ceux qui ne sont pas indispensables à la réussite de la mission, signalés par une flèche verte), le tout avec la plus grande rapidité. Obtenir le rang maximal sur chaque mission est un véritable défi qui ne sera relevé que par les joueurs les plus acharnés, ce qui fait que le jeu reste en moyenne relativement court.

Obtenir ces rangs n’est pas anodin : cela permet en effet de débloquer des personnages secrets, bien souvent surpuissants. Il est également à noter qu’au fur et à mesure de votre progression, vous pourrez accéder à des missions spéciales dont le but sera de réaliser un maximum de graffitis tout en progressant librement ou même de réaliser un maximum de figures dans le temps imparti sans se préoccuper des tags. Ces missions, beaucoup plus libres que les autres, seront prisées des joueurs voulant simplement se perdre dans l’univers de Jet Set Radio sans se soucier du score.

On regrettera toutefois une difficulté parfois mal calibrée, avec des vagues d’ennemis qui harcèlent le joueur sans que celui-ci n’ait le temps de réaliser son graffiti ou un très grand nombre de graffitis à réaliser dans un laps de temps vraiment court.

Faites tourner le stick de votre Dreamcast avec frénésie !

Jet Set Radiooooooo-o-ooooooooo !

Afin de correspondre pleinement à l’ambiance déjantée du titre, la bande-son est très fortement orientée hip-hop, avec quelques influences rock et metal. On retrouve ainsi des titres composés par des groupes et artistes célèbres tels Jurassic 5 ou Rob Zombie, mêlée à de la musique électronique très dynamique composée par Hideki Naganuma. L’ensemble est très éclectique et donne un charme unique au soft.

Les bruitages sont dans l’esprit décalé du jeu, bien peu réalistes mais cependant plaisants à écouter. Enfin, si le doublage ne se fait que peu entendre, il est toujours de haute volée, avec des voix très bien interprétées qui conviennent parfaitement à chaque personnage. Mention spéciale au Professeur K, affublé d’un accent afro-américain hilarant.

De nombreuses figures sont à réaliser.

Shibuya en été = Shibuya-cho ! D’accord, j’arrête.

Le jeu commence dans un futur proche, dans la mégalopole futuriste de Tokyo-To. Une police extrêmement répressive sévit, empêchant toute forme d’expression ou de rébellion. Pourtant, trois gangs de tagueurs tiennent tête aux forces de l’ordre : les Noise Tanks dans le quartier de Benten-cho, les Poison Jam dans le quartier de Kogane-cho, et enfin les GGs, nos héros, dans le quartier de Shibuya-cho. L’objectif de chaque gang est double : résister contre la suprématie policière mais également devenir le maître de Tokyo-To, ce qui donne lieu à des affrontements épiques entre gangs à grands coups de bombes de peinture ! L’histoire est narrée par le professeur K, fondateur de la station de radio pirate Jet Set Radio, considérée illégale par la police.

Le jeu est divisé en trois parties : dans la première, vous affrontez les forces de l’ordre et leur chef, le capitaine Onishima dans les différents quartiers de Tokyo-To. La deuxième est un flash-back se déroulant dans la ville fictive de Grind City, aux Etats-Unis. Enfin, la dernière partie prend de nouveau place à Tokyo-To, mais il vous faudra maintenant faire face aux Golden Rhinos, les mafiosi locaux. Si l’histoire n’atteint pas des sommets scénaristiques, il convient de souligner l’effort effectué pour mettre en place une sorte d’intrigue.

L’humour est également présent dans Jet Set Radio : les monologues du professeur K, accessibles au début et à la fin de chaque mission sont bien souvent source de rires, tant grâce à ses nombreuses blagues que sa voix tout bonnement hilarante.

Le design des personnages est tout bonnement psychédélique.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Jet Set Radio utilise de façon excellente la technique du cell-shading ; les couleurs sont vives, les environnements fourmillent de détails, l’animation est superbement fluide, les personnages ont tous un style unique. Pour synthétiser, l’ensemble du jeu respire la bonne humeur, le dynamisme et la couleur éclatante.

Jouabilité : Malgré quelques problèmes de caméra ou de sauts, et des environnements parfois trop labyrinthiques, le gameplay de Jet Set Radio est tout bonnement révolutionnaire. Les acrobaties s’exécutent avec une fluidité et une aisance déconcertante, la réalisation des graffitis est parfaitement intégrée au gameplay ; dynamique, fluide, Jet Set Radio est un véritable bonheur à jouer, offrant une liberté de mouvement sans pareille et un sentiment de nervosité jouissif au possible. 

Durée de vie : Malgré le système de rang qui saura captiver les mordus du meilleur score, il faut reconnaître que le jeu est trop court, se terminant en à peine huit heures. Pareillement, la difficulté n’est pas toujours très bien réglée, avec des missions parfois inutilement longues ou comptant trop d’ennemis.

Bande-son : Empruntant à de nombreux genres musicaux (hip-hop, rock, metal) et y ajoutant de la musique électronique très rythmée, Jet Set Radio se paye également le luxe d’un doublage de très bonne facture. L’ensemble se révèle endiablé, convenant à la perfection à l’atmosphère du titre. Tout simplement l’une des meilleures bandes-son existantes.

Scénario : On appréciera l’effort fourni pour mettre en place un ersatz d’intrigue, de même que la guerre des gangs narrée par l’inénarrable professeur K et son humour ravageur. L’ensemble est évidemment loin d’atteindre la profondeur scénaristique d’un RPG. 

Conclusion : Véritable bouffée d’air frais dans le monde vidéoludique, Jet Set Radio est innovant, osé, beau et tout simplement jouissif. Cependant, l’expérience est de trop courte durée et le script un peu trop léger pour pouvoir prétendre à la perfection. Jet Set Radio reste cependant un titre à se procurer sans hésitation, ne serait-ce que pour goûter à son univers unique, et enfin rendre hommage à ce titre qui fut bien injustement un échec commercial à sa sortie.

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