Beaucoup n’avaient vu dans le premier Kingdom Hearts qu’une tentative grossière de faire du profit grâce aux licences extrêmement célèbres que sont Final Fantasy et Walt Disney. Sorti en 2002, celui-ci avait été notamment critiqué pour ses graves lacunes en matière de jouabilité, mais s’était tout de même révélé suffisamment bon pour attirer de nombreux joueurs. Quatre ans plus tard sort Kingdom Hearts II, narrant la suite des aventures de Sora et de ses compagnons. Kingdom Hearts II est-il l’épisode de la maturité ? Parvient-il à concrétiser les bonnes idées du premier volet ? Réponse dans ce test.

Le salon d’ivoire

Kingdom Hearts II sort alors que la Playstation 2 a déjà bien vécu, et cela se ressent. Si le fossé graphique entre le premier et le deuxième opus n’est pas aussi marqué qu’entre Metal Gear Solid 2 et Metal Gear Solid 3, pour ne prendre que cet exemple, on sent que la plastique a été considérablement affinée. Les personnages sont plus expressifs, l’animation est plus fluide, le bestiaire a été grandement diversifié ; du point de vue graphique, Kingdom Hearts II se révèle toujours aussi agréable à regarder sept ans après sa sortie. Seule la modélisation des humains peuplant le monde issu de Pirates des Caraïbes laisse à désirer et n’a pas su résister au poids des années.

Le design des ennemis, comme je le disais, est largement plus créatif : Sora et sa troupe seront amenés à affronter bien plus de Sans-cœur que par le passé, sans parler des nouveaux ennemis que sont les Simili (nous y reviendrons). Les boss sont quant à eux variés ; si certains sont des méchants célèbres de Walt Disney, d’autres, crées pour l’occasion, ne déméritent pas et savent impressionner le joueur.

Les décors traversés sont également très réussis en plus d’être éclectiques : le joueur pourra notamment traverser Agrabah, la Terre des Lions, le Château de la Bête, ou encore la Chine médiévale présentée dans Mulan. Si ces décors ne brillent pas nécessairement par leur niveau de détail, ils ont le mérite d’être très fidèles à l’œuvre dont ils sont tirés et de réussir à immerger le joueur au cœur d’une multitude d’univers différents. Mention spéciale à la Rivière Intemporelle, qui est probablement l’un des environnements les plus créatifs et les plus envoûteurs jamais dépeints dans un jeu vidéo.

Ce face-à-face ne se conclura que quand l’un des combattants sera tombé…

« Disparais ! »

Kingdom Hearts II reprend les bases instaurées dans le premier opus ; à nouveau, il s’agit là d’un action-RPG suivant les codes classiques du genre (combats en temps réel, magies, expérience, donjons, boss…). Le système de compétences, qui permet d’attribuer aux membres de votre équipe des aptitudes spécifiques dans la limite d’un nombre de « points de compétences » qui augmente au fur et à mesure de votre progression, est de retour. De même, la synthèse est de retour, vous permettant de créer des objets, parfois très rares, à partir de matériaux bruts glanés au cours de votre aventure. Ce système a cependant gagné en profondeur ; désormais, plus vous effectuez de synthèses, plus vous accumulez d’expérience. Plus vous obtenez d’expérience, meilleures seront vos créations ; de plus, le nombre de matériaux nécessaires pour réaliser une synthèse diminuera.

Kingdom Hearts premier du nom avait été extrêmement critiqué pour sa caméra : celle-ci était très capricieuse, sans parler du lock-on qui n’avait presque aucune utilité. Une grande partie de ces problèmes a été résolue dans Kingdom Hearts II : la caméra est désormais plus souple d’utilisation, et le fait de verrouiller un ennemi centre la caméra sur lui, permettant de suivre ces mouvements. Quelques problèmes épisodiques persistent (notamment contre certains boss), mais ils sont bien moins énervants que dans le jeu original. Par ailleurs, alors qu’avant il n’était pas rare de mourir alors que l’on utilisait un sort de soin (ce qui était rageant au possible), Kingdom Hearts II propose rapidement au joueur l’opportunité d’être invulnérable lorsqu’il utilise un sort de soin. Le système d’évolution de Sora est également plus intelligent ; dans le premier Kingdom Hearts, Sora voyait ses points de vie et de magie augmenter à mesure qu’il montait de niveau. Dans cette nouvelle mouture, les jauges de vie et de magie augmentent lorsque Sora vient à bout de certains boss ; ainsi, à la fin du jeu, les deux jauges ont atteint leur niveau maximal, ce qui rend la progression plus aisée. Enfin, l’utilisation des magies et des objets est rendue bien plus ergonomique par la possibilité, en maintenant L2 enfoncé, d’accéder à un menu de raccourcis préalablement sélectionnés ; par exemple, si vous affectez le sort Glacier à la touche Triangle, maintenir L2 puis appuyer sur Triangle permet de déclencher le sort Glacier sans passer par un menu fastidieux.

Les invocations sont de retour et permettent, à nouveau, de déclencher des attaques surpuissantes. Mais Kingdom Hearts II propose une nouveauté de taille : les fusions. Au fur et à mesure de votre aventure, vous débloquerez différentes fusions avec les membres de votre équipe. Trois fusions seront obtenues au cours de votre aventure : la fusion avec Dingo (permettant à Sora de revêtir la forme Vaillance), celle avec Donald (permettant de prendre la forme Sagesse) et celle avec vos deux alliés (donnant lieu à la forme Maîtrise). En fusionnant, votre puissance et votre résistance est accrue, vos magies deviennent bien plus puissantes et vous gagnez une compétence spécifique à la fusion utilisée. A noter que plus vous utilisez vos fusions en combat, plus celles-ci deviennent puissantes. L’utilisation de la fusion est soumise à la jauge de Flux, dont la capacité augmente à mesure que votre aventure progresse, et qui se remplit en détruisant des ennemis. Lorsque vous utilisez une fusion, cette jauge se vide progressivement ; une fois complètement vide, la fusion est terminée. Ah, une dernière chose : il paraît qu’il existe deux fusions secrètes, aux pouvoirs mystérieux…

L’autre grande nouveauté est l’apparition des commandes Réaction. La touche Triangle acquiert une importance capitale dans Kingdom Hearts II ; elle est utilisée pour dialoguer, pour réaliser une multitude d’actions contextuelles, et surtout pour combattre. Durant les combats, vous verrez parfois un triangle vert apparaître sur un ennemi ; si vous appuyez sur Triangle à ce moment précis, vous réaliserez ce que l’on appelle une « commande Réaction ». Il s’agit en réalité d’un Quick Time Event, qui diffère en fonction de l’ennemi que vous combattez, et qui permet d’utiliser une attaque particulière contre cet ennemi. Par exemple, lorsque vous affrontez des Reflets, la commande Réaction liée à ces ennemis est la Glissade, qui permet d’effectuer une superbe esquive et d’attaquer votre ennemi par derrière. Les commandes Réaction prennent tout leur sens durant les combats contre les boss, puisqu’elles permettent souvent de mettre à nu le point faible d’un boss ou de lui asséner le coup de grâce.

Il semble également nécessaire d’évoquer les coopérations. Dans Kingdom Hearts, des alliés ponctuels pouvaient rejoindre Sora en fonction de l’univers traversé ; celui-ci pouvait ainsi combattre aux côtés d’Aladdin ou de Tarzan, par exemple. Mais ceux-ci étaient dans l’ensemble bien peu utiles et n’apportaient que peu d’aide durant les combats. Désormais, la donne a changé ; lorsqu’un allié temporaire est dans l’équipe, Sora et lui peuvent réaliser une attaque en duo dévastatrice, nommée coopération. Les coopérations, en plus d’être particulièrement jouissives à observer, sont très efficaces et facilitent la progression.

Une autre critique majeure qui avait été adressée au premier épisode de la série concernait le vaisseau gummi. Ces phases de shoot’em up servaient de transition entre les différents univers visités ; malheureusement, elles avaient été très mal accueillies. Très laides, ennuyeuses, parfois injouables, elles étaient clairement l’un des points faibles de Kingdom Hearts. Heureusement, elles ont subi un remaniement complet dans ce deuxième épisode ; elles deviennent désormais très nerveuses, dynamiques et fluides. Particulièrement agréables à jouer et visuellement flatteuses, les phases en vaisseau gummi constituent l’une des plus grandes améliorations apportées par le titre. A nouveau, votre vaisseau est entièrement personnalisable, même si les modèles proposés par défaut suffisent amplement pour venir à bout du titre.

Concluons en précisant que Kingdom Hearts II sait proposer des phases de jeu suffisamment variées afin de ne pas lasser le joueur. Beaucoup de combats de boss sont inventifs (certains font même appel au hasard pur et simple !), et plusieurs mini-jeux bien sympathiques, telle une course à moto, viennent ponctuer l’aventure. Ah, j’allais oublier ; si vous peinez trop au cours de vos affrontements, il se peut que vous receviez la visite d’un vieil ami…

Nos héros sont numérisés lorsqu’ils voyagent à l’intérieur du monde de Tron.

Et pour finir, une série de duels !

Kingdom Hearts II est plus ou moins aussi long que son prédécesseur ; comptez environ une trentaine d’heures pour en voir la fin. La difficulté est beaucoup mieux calibrée que dans le premier opus et vraiment progressive, ce qui est bien plus agréable pour le joueur. A noter que le jeu propose également un mode Facile, conseillé aux débutants puisque même dans ce mode, certains passages se révèlent assez corsés.

Comme son aîné, ce deuxième volet principal propose une foultitude de quêtes annexes, certaines étant reprises de Kingdom Hearts. On pourra ainsi retrouver la Forêt des Rêves Bleus, univers de Winnie l’Ourson dont la visite est optionnelle, ou les nombreux tournois du Colisée de l’Olympe (mais également du Colisée de l’Enfer, cette fois-ci). Il est également possible d’essayer de remplir des défis à bord de votre vaisseau gummi, en détruisant le plus d’ennemis possible par exemple. Une fois de plus, des boss peuvent être combattus de manière facultative ; pour le plus grand bonheur des masochistes de tous bords, Sephiroth est notamment de retour et n’est pas moins résistant que dans le jeu précédent, loin de là.

La Rivière Intemporelle constitue une véritable leçon d’audace. Chapeau, monsieur Nomura.

Tout en mono

La bande-son du titre est vraiment bonne, et constitue l’une des grandes améliorations de Kingdom Hearts II par rapport à son prédécesseur. Yoko Shimomura signe un travail global de qualité, ponctué par quelques morceaux plus mémorables tels Sinister Shadows, Twilight Town Theme ou encore Darkness of the Unknown. L’emploi de thèmes issus des longs-métrages Disney est également à noter, d’autant plus que les arrangements sont de bonne facture. Cette OST se révèle bien plus réussie que dans Kingdom Hearts premier du nom. Les bruitages, quant à eux, ne diffèrent que peu de ceux déjà utilisés lors de la sortie du jeu original en 2002.

Quant au doublage, celui-ci est une nouvelle fois une force du titre. Le doublage des personnages principaux est de meilleure qualité que dans le premier opus (moins surjoué) et celui des protagonistes issus des différents univers Disney est toujours aussi fabuleux, nous replongeant dans notre enfance avec brio. Très bon point donc.

Auron le ténébreux fait une apparition remarquée.

Deux destins parallèles

La mythologie de la série Kingdom Hearts est souvent décrite comme très vaste, et cet épisode ne fait que confirmer cette description. Faisant suite à Kingdom Hearts premier du nom, il poursuit également les pistes scénaristiques mises en place dans Chain of Memories, un opus servant de complément au premier, paru sur Game Boy Advance un an avant. En conséquence, si vous voulez pleinement comprendre l’histoire du titre, il vaut mieux avoir terminé les deux épisodes parus auparavant. Cependant, avoir fini le jeu original sur Playstation 2 suffit déjà pour comprendre une grande partie de l’histoire, notamment grâce à l’utilisation de flashbacks retraçant les évènements de Chain of Memories et à une encyclopédie qui récapitule l’histoire complète et l’identité de tous les personnages rencontrés par Sora depuis le début de ses aventures.

Chose surprenante, le jeu ne nous offre pas de contrôler Sora dès le début. Le joueur se retrouve aux commandes de Roxas, un jeune adolescent qui vit dans la Cité du Crépuscule. Avec ses amis Hayner, Pence et Olette, il passe ses journées à se prélasser et à manger des glaces ; mais l’été touche à sa fin, et l’école va bientôt reprendre… Ce prologue, assez long et plutôt lent, permet cependant de faire intervenir certains personnages importants et de poser plusieurs questions qui ne trouveront de réponse que tard dans le jeu. Sa relative mollesse pourra certes ennuyer certains joueurs, mais il n’est vraiment pas représentatif de la suite du titre.

Kingdom Hearts faisait le pari d’une rencontre entre deux univers qui semblaient ne rien avoir en commun, et avait décidé de faciliter cette rencontre en créant un troisième univers, celui de Kingdom Hearts. Le résultat était original, quoiqu’imparfait ; en effet, l’histoire était globalement assez niaise et plutôt convenue, même si elle posait déjà quelques questions dont les réponses étaient déterminantes quant à la compréhension de l’intrigue globale. Avec Kingdom Hearts II, tout a bien changé ; le scénario est mature, assez sombre, et se révèle par moment étonnamment poignant. Les nombreux mystères qui entourent le scénario font l’objet d’un traitement de qualité et Kingdom Hearts II sait ménager le suspense pour mieux ébahir le joueur lors d’une révélation décisive.

Les personnages sont pour la plupart très bien campés et, si l’on excepte quelques instants grand-guignolesques, l’ensemble est surprenant de cohérence. Le manichéisme qui gangrénait le premier opus a presque complètement disparu, laissant place à des protagonistes complexes aux motivations parfois bien difficiles à cerner. Mention spéciale aux membres de l’Organisation XIII ; ces ennemis, tout de noir vêtus, imposent le respect et sont parmi les plus travaillés qu’offre la série. Dotés chacun d’une personnalité différente, les membres de l’Organisation XIII sont véritablement les antagonistes dont avait besoin la série Kingdom Hearts pour acquérir une nouvelle dimension.

Certains combats sont très originaux ; comme celui contre Jafar, qui se déroule dans le ciel d’Agrabah, à bord du tapis volant !

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Marquant une évolution par rapport à celle du premier volet, la plastique de Kingdom Hearts II reste encore aujourd’hui de bonne facture. Certains personnages ont mal vieilli mais dans l’ensemble, le résultat est très satisfaisant. Le character design ainsi que le bestiaire font partie des points forts du titre et lui confèrent une patte unique. L’ambiance des différents univers Disney est également très bien retranscrite ; dans l’ensemble, la performance est donc très bonne.

Jouabilité : Alléluia, a-t-on envie de crier ! Le gameplay de Kingdom Hearts II n’a plus rien à voir avec les contrôles mous et frustrants de Kingdom Hearts premier du nom. Les combats sont bien plus nerveux grâce aux systèmes de coopérations et de commandes Réaction, les fusions permettent de décupler le plaisir de jeu, la caméra est maniable, le système de raccourcis est terriblement bien pensé et le vaisseau gummi passe d’une transition sans aucun intérêt à un mini-jeu diablement accrocheur. Les énormes progrès effectués en matière de jouabilité sont l’une des principales raisons pour lesquelles cette deuxième mouture est largement supérieure à la première. Cependant, le concept de morcèlement de l’aventure en mondes conduit à une certaine linéarité que l’on peut regretter.

Durée de vie : A l’image de son prédécesseur, Kingdom Hearts II vous résistera une trentaine d’heures si vous vous contentez de l’histoire principale. La difficulté, bien mieux calibrée que dans l’épisode original, reste correcte et le mode Facile n’est pas une partie de plaisir, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Une fois de plus, les quêtes annexes sont légion, qu’il s’agisse de mondes optionnels, de boss secrets, de cinématiques de fin cachées ou encore de missions gummi très prenantes.

Bande-son : Beau travail de Yoko Shimomura qui relève clairement le niveau musical de la série, l’OST de Kingdom Hearts premier du nom étant loin d’être inoubliable. L’ensemble est réussi et accompagne les pérégrinations du joueur comme il se doit ; par ailleurs, certains morceaux sont un réel bonheur à écouter et vous trotteront dans la tête longtemps après que vous ayez éteint la console. Concluons en évoquant le doublage, toujours aussi excellent et fidèle aux dessins animés originaux.

Scénario : Difficile de croire que l’on joue à la suite de Kingdom Hearts quand on examine le script de ce deuxième volet. Assez sombre, poignant, très habile dès qu’il s’agit de ménager le suspense et terriblement efficace lorsqu’il s’agit d’énoncer de bouleversantes révélations, le script de Kingdom Hearts II est appuyé par une mise en scène de haute volée et des personnages charismatiques. Les questions se bousculent dans la tête du joueur : qui sont les Simili ? Que recherche l’Organisation XIII ? Qu’est-il arrivé à Riku ? Le scénario du jeu conserve quelques-unes des imperfections du volet précédent (quelques moments mielleux) mais se révèle, dans l’ensemble, vraiment prenant ; il faudra en revanche avoir suffisamment de patience pour qu’il prenne réellement son envol.

Conclusion : Kingdom Hearts II est-il l’épisode de la maturité ? Incontestablement, la réponse est oui. Avec ce deuxième volet, la série Kingdom Hearts change radicalement de statut : de simple partenariat commercial, elle devient une des sagas de RPG qui comptent. Grâce à une jouabilité simple d’accès et diablement jouissive, une bande-son de qualité et un scénario qui, s’il met du temps à démarrer, se révèle réellement profond, Kingdom Hearts II fait taire les mauvaises langues et entraîne le joueur dans une aventure palpitante, sinon un brin linéaire. Tout n’est pas parfait et quelques problèmes résiduels de jouabilité viennent écorner le tableau ; mais globalement, Kingdom Hearts II est une formidable amélioration par rapport à son prédécesseur, et un titre majeur de la Playstation 2.