KingdomHearts_Jaquette

Kingdom Hearts, c’est l’histoire d’une rencontre improbable entre deux univers que tout oppose, entre les dessins animés intemporels de Walt Disney et les légendaires RPG japonais que sont les Final Fantasy. Aujourd’hui, la série compte de nombreux opus et ses fans sont nombreux ; mais que reste-t-il du tout premier opus, paru en 2002 sur Playstation 2 ? Le jeu a-t-il su lancer la saga sur de bonnes bases ? Réponse dans ce test.

Montre ces clés à un serrurier ; observe sa réaction…

Pour un jeu sorti il y a déjà neuf ans, le bilan graphique reste honorable. Les couleurs sont très vives, les décors assez bien détaillés ; les fans seront heureux de retrouver l’ambiance des dessins animés Disney, très fidèlement retranscrite. Les personnages sont de même bien modélisés : le style graphique des personnages issu de l’univers de ce cher Walt a parfaitement été conservé et les personnages issus des anciens Final Fantasy ont subi un lifting graphique particulièrement appréciable. Il suffit d’observer Cloud, Sephiroth ou Squall pour mesurer le travail réalisé.

Je disais donc que les univers respectent l’univers Disney. En effet, on sera heureux de retrouver Atlantica, tout droit sorti de La Petite Sirène ou Agrabah du film Aladdin. Si leur structure est parfois quelque peu trop labyrinthique (on pense notamment à la Ville d’Halloween), l’ensemble reste très agréable à regarder et à parcourir.

Le jeu propose d’affronter certains méchants de l’univers de Disney. Ici, le léopard de Tarzan.

Dans Kingdom Hearts, le bouton Croix souffre le martyre

Kingdom Hearts se présente comme un action-RPG en 3D et reprend les bases du genre : combats, points d’expérience, argent, équipements, magies offensives et défensives, invocations (ici des personnages de Disney !)… On passera donc sur le gameplay général, finalement très classique : de l’exploration et des combats en temps réel mâtinés de dialogues et de cinématiques.

Kingdom Hearts n’hésite cependant pas à enrichir ce système de base grâce à l’ajout des compétences. En effet, en plus des points de vie et de magie, vous disposez de points de compétences ou PC qui permettent d’activer différentes aptitudes propres à chaque personnage par le biais d’un menu dédié. Ces aptitudes sont extrêmement variées : nouveaux mouvements d’esquive, attaques spéciales, parades, augmentation des statistiques… De même, chaque magie dispose de trois niveaux, et peut être améliorée au fur et à mesure de la progression.

Malheureusement, tout n’est pas aussi reluisant : les combats sont entachés par une caméra très capricieuse, avec une fonction de lock très difficile à appréhender puisque la caméra ne se centre pas autour de l’ennemi, à l’inverse d’un Ocarina of Time par exemple. Il est rageant de prendre un coup par-derrière tout simplement parce que la caméra refuse de se déplacer comme on le souhaite. De même, si les ennemis ne proposent aucun challenge, les boss se révèlent à de nombreuses reprises de véritables épreuves, dotés d’attaques extrêmement puissantes et difficiles (voire impossibles) à éviter.

Un autre problème concerne l’utilisation des magies et objets. En effet, celle-ci s’effectue par le biais d’un menu consultable via la croix directionnelle. Le problème est qu’il est souvent difficile de sélectionner un objet ou un sort à employer tout en esquivant les assauts répétés des boss. Il est cependant possible de lancer les sorts plus facilement via un système de raccourci, mais le résultat reste perfectible. Il est ainsi extrêmement frustrant de voir son personnage mourir alors que l’on s’apprêtait à lancer un sort de soin… Vous constaterez également au fil de vos pérégrinations que le gameplay de Kingdom Hearts est bien loin d’être technique : en effet, les magies offensives se révèlent rapidement inutilisables car trop peu puissantes. On en est alors réduit à marteler le bouton Croix pour frapper et à fuir de temps à autre afin de se soigner, en espérant ne pas prendre un mauvais coup. Par moments, le joueur peut réellement avoir l’impression que Kingdom Hearts se rapproche plus d’un beat’em all imparfait que d’un véritable A-RPG… Ne parlons pas des deux alliés, Donald et Dingo, contrôlés par l’ordinateur, qui se révèlent en combat d’une inutilité rare.

On peut également déplorer les phases à bord du vaisseau gummi. Ces phases de jeu sont supposées servir de transition entre les mondes à bord d’un vaisseau spatial : la maniabilité devient alors celle d’un shoot’em up. Malheureusement, le résultat est plus que décevant : l’ensemble est graphiquement laid, difficile à manier et très franchement ennuyeux. Il est bien possible de personnaliser son vaisseau, mais cela reste complètement anecdotique.

On conclura sur l’impossibilité de passer les cinématiques ; cela n’a l’air de rien, mais regarder en boucle une cinématique de cinq à six minutes avant un boss qui nous oppose de la résistance se révèle très vite agaçant…

Les invocations sont l’occasion de retrouver certains personnages célèbres de Walt Disney, comme le Génie d’Aladdin.

Sephiroth est le cauchemar de tout joueur qui se respecte

Côté durée de vie, Kingdom Hearts est tout à fait honnête. Comptez vingt-cinq à trente heures pour en voir le bout, ce qui est dans la moyenne des jeux du genre. On regrettera une difficulté en dents de scie, avec des passages très faciles qui alternent avec des séquences franchement retorses, pour ne pas dire frustrantes.

Les quêtes annexes sont quant à elles légion, notamment grâce aux différents tournois du Colisée de l’Olympe. Ces tournois sont l’occasion de vous lancer dans des séries de combats contre des ennemis déjà affrontés, séries ponctuées par des boss inédits tels que Hadès, Cloud ou encore Hercule. Les plus vaillants auront même la chance de participer au tant redouté Match de Platine, et d’affronter l’inoubliable Sephiroth dans un duel d’une difficulté infernale.

Le monde de Winnie l’Ourson est optionnel et abrite de nombreux mini-jeux.

Sora a quatorze ans. Il n’a pas mué. Des questions ?

La bande-son, composée par Yoko Shimomura (ayant notamment participé aux thèmes de Street Fighter II), se révèle dans l’ensemble bonne. On pourra soupirer face à l’absence de thèmes vraiment inoubliables, l’ensemble se résumant plutôt à des musiques d’ambiance un tantinet trop génériques. Mention spéciale toutefois à la chanson de conclusion, Simple and Clean, réellement émouvante et parfaitement adaptée à la fin du jeu.

Le doublage est quant à lui exceptionnel. Au-delà du doublage des personnages principaux (Sora, Riku, Kairi), réussi quoiqu’un peu surjoué par moments, on retiendra surtout le doublage des personnages de l’univers Disney ; tous ont en effet conservé leur voix originale ! C’est donc un réel bonheur que d’entendre de nouveau les éructations de Donald ou la voix froide et perfide d’Hadès. De même que dans les dessins animés, le doublage est parfaitement interprété, avec beaucoup d’émotion et de justesse.

Le titre s’ouvre sur une séquence jouable suscitant de nombreuses interrogations.

Celui qui ne sait rien, ne peut rien comprendre

Le jeu s’ouvre sur un rêve du jeune personnage principal, Sora. Après cette séquence de jeu assez courte (qui vous permet, soulignons-le, de déterminer si vous voulez plutôt faire de Sora un guerrier, un magicien ou un soutien), vous vous réveillez sur l’Île du Destin, où Sora vit avec ses meilleurs amis Riku et Kairi. Un jour, Sora découvre une grotte abritant une mystérieuse porte scellée, et rencontre un homme vêtu de noir qui lui annonce que son monde a été « connecté ». Quelques temps plus tard, l’Île du Destin est détruite par une force obscure nommée « les Ténèbres », et Sora se réveille dans la ville de Traverse, pour finalement rencontrer Donald et Dingo, deux soldats royaux recherchant le maître d’une certaine Keyblade…

Brisons le suspense tout de suite : si ce premier épisode a le mérite d’apporter les premiers éléments à l’intrigue générale (qui se révèle assez étoffée) de la saga, il reste dans l’ensemble plutôt convenu, très manichéen, et assez pauvre en rebondissements scénaristiques. Les personnages ne sont dans l’ensemble pas vraiment inoubliables et leur personnalité se révèle assez classique. On regrettera également l’aspect extrêmement niais que prend la narration à certains moments, mais le tout est compensé par une fin très réussie et riche en interrogations.

Enfin, il est dommage de constater qu’en comparaison avec celui de Disney, l’univers de Final Fantasy soit si peu représenté : peu de personnages, aucun lieu emblématique de la saga… Les rares personnages de la série de Sakaguchi se font rapidement oublier, n’apportant qu’un intérêt scénaristique relatif.

Youfie et Aeris prêtent main-forte à Sora.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Kingdom Hearts reste aujourd’hui agréable pour les pupilles. Les graphismes sont de bonne facture, les personnages correctement modélisés, et c’est un réel bonheur que de revisiter des environnements issus des meilleurs dessins animés Walt Disney, retranscrits à l’écran avec brio. 

Jouabilité : C’est ici que le bât blesse… Malgré de bonnes idées et un système de jeu dynamique, le gameplay est entaché par une caméra mal gérée, une utilisation des sorts peu intuitive et des phases en vaisseau gummi inintéressantes au possible. L’ensemble reste honnête, mais souffre de sérieuses lacunes.

Durée de vie : Comptez un peu moins d’une trentaine d’heures pour en voir le bout. Malgré la difficulté parfois rageante, l’ensemble se révèle très correct, et les quêtes annexes susceptibles de prolonger votre temps de jeu sont nombreuses.

Bande-son : Malgré l’absence de thèmes réellement inoubliables, la bande-son reste assez agréable à écouter. On s’attardera plus sur le doublage de haute volée, les voix originales des personnages de Disney ayant intégralement été conservées. C’est donc un réel bonheur que d’entendre à nouveau ces timbres qui ont marqué notre enfance. 

Scénario : Assez convenu dans l’ensemble et probablement pas suffisamment haletant, le scénario a tout de même le mérite de poser les jalons d’une intrigue globale. On s’interrogera également contre la tournure niaise que prend parfois l’histoire, ainsi que le manque d’éléments de la série Final Fantasy.

Conclusion : Le premier opus de la saga Kingdom Hearts est pétri de bonnes idées, mais ne parvient malheureusement pas à toutes les concrétiser. Aboutissement d’un projet très ambitieux, le résultat se révèle imparfait mais plaisant. Pour peu que vous parveniez à dompter la jouabilité peu intuitive et à fermer les yeux sur la difficulté parfois abusive, vous trouverez dans Kingdom Hearts une expérience unique et, il faut bien le dire, plutôt rafraîchissante.

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