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Metal Gear Solid 2 aura été source de très nombreuses divisions. Inoubliable et marquant une nouvelle étape de l’histoire du jeu vidéo pour les uns, trop complexe à appréhender et mal construit pour les autres, on tient certainement là l’opus de la saga Solid qui aura fait couler le plus d’encre. Alors, neuf ans après, que reste-t-il de ce Sons of Liberty ? Jeu de légende, ou mouton noir de la série ? Réponse dans ce test.

La pluie est trop réaliste !

Les graphismes de MGS 2, s’ils n’ont rien d’une haute définition flamboyante, accusent encore très bien le poids des années. Sorti alors que la Playstation 2 venait d’arriver sur les étalages, les graphismes restent de bonne facture ; certes, on pourra regretter des décors aux textures vieillottes et une modélisation des personnages loin d’être excellente. Cependant, Metal Gear Solid 2 reste un jeu agréable à regarder, comprenant même certaines scènes de grande qualité graphique.

Parlons également de la mise en scène. Le premier MGS avait déjà déchaîné les passions grâce à sa mise en scène très cinématographique, se rapprochant des grands films d’action hollywoodiens. Cette suite emprunte le même chemin, jouant efficacement sur les angles de caméra lors des cinématiques et n’hésitant pas à verser dans la démesure graphique lors de scènes d’action. L’animation n’est pas en reste, puisque le jeu ne souffre d’aucun ralentissement.

La discrétion reste bien évidemment primordiale.

Tactical Espionage Action, le retour… en bien mieux !

Comme le premier opus, Sons of Liberty est un jeu d’infiltration. Le principe du gameplay est de se faufiler sans se faire repérer par les ennemis, sous peine de devoir affronter des soldats entraînés et armés jusqu’aux dents. Bien sûr, vous serez amené à récupérer différentes armes au cours de votre mission afin de vous permettre de la mener à bien. Le Codec est à nouveau de la partie : cette petite radio vous servira une fois de plus à sauvegarder, à obtenir des renseignements, des conseils ou à faire progresser le scénario.

Premier constat : la jouabilité a été très nettement améliorée et les possibilités d’infiltration sont bien plus nombreuses depuis Metal Gear Solid premier du nom. Vous pouvez maintenant vous dissimuler dans des casiers, effectuer une roulade pour vous déplacer rapidement, vous suspendre à des garde-corps… L’une des requêtes principales des fans, la possibilité de tirer en vue subjective, a été incluse dans le jeu, ce qui permet de grandement augmenter la précision de vos tirs et démultiplie les possibilités de jeu. Ainsi, un tir dans la tête ou dans les parties intimes renverra directement le soldat à ses ancêtres ; un tir dans le bras l’empêchera d’utiliser une arme ; un tir dans la jambe l’immobilisera ; vous pouvez même tirer sur sa radio pour l’empêcher de réclamer une équipe de renforts !

Car en effet, dans ce Metal Gear Solid 2, le système d’alarme a été repensé ; dans le premier MGS, il suffisait de cribler de balles tous les gardes pour que l’alarme s’arrête, ce qui conduisait souvent à des séances de massacre. Dans cette suite, si vous êtes repéré, les soldats appelleront par radio une équipe de renforts ; cette innovation oblige le joueur à faire preuve de réflexion et à chercher un bon endroit pour se cacher, car éliminer tous les gardes et les unités de soutien est souvent difficile. L’alarme dispose également d’une phase supplémentaire : en plus des traditionnelles phases Alerte et Evasion introduits dans le premier Metal Gear Solid, une phase Prudence fait son apparition, beaucoup plus longue, durant laquelle les ennemis continuent à vous chercher activement. Cette nouvelle phase enrichit le gameplay et ajoute au réalisme, la dissimulation devenant primordiale. Précisons enfin que contrairement au premier opus, quitter la zone où vous vous situez ne signifiera pas l’annulation de l’alerte…

La gestion du radar a également été modifiée. Si dans le premier opus, le radar était disponible dès le début du jeu, vous serez contraint de trouver le terminal de chaque zone et de vous y connecter pour obtenir les données relatives à cette zone ; dans le cas contraire, le radar ne sera pas affiché, ce qui pourra complexifier les déplacements et la progression, laissant ainsi le choix au joueur d’augmenter la difficulté.

Une autre innovation majeure est l’apparition des armes tranquillisantes. En effet, vous pourrez vous servir au cours de votre mission d’un pistolet à cartouches sédatives, d’un fusil sniper tranquillisant et de grenades paralysantes déjà présentes dans le premier Metal Gear Solid. Les boss disposent désormais, en plus de leur jauge de vie, d’une jauge d’endurance, vous permettant d’en venir à bout sans utiliser d’armes létales. Il est ainsi possible de compléter le jeu dans son intégralité sans tuer le moindre ennemi, ce qui éloigne définitivement cette deuxième mouture de son prédécesseur, par moments bien loin d’être subtil…

Enfin, impossible de conclure cette partie sans évoquer la quête des Dog Tags. Chaque soldat que vous rencontrerez au cours de votre partie possède une plaque d’identification qu’il est possible d’obtenir en se faufilant dans son dos et en le braquant avec une arme létale. Le soldat effrayé tentera de vous amadouer en vous donnant son Dog Tag ; en obtenir un certain nombre permet d’obtenir des objets bonus proches de ceux déjà disponibles dans Metal Gear Solid premier du nom. Précisons également que chaque soldat transporte un Dog Tag différent en fonction du niveau de difficulté de votre partie, ce qui incite le joueur à retenter l’aventure de multiples fois pour s’approprier toutes les plaques d’identification.

La possibilité de viser en vue subjective ajoute beaucoup de profondeur au gameplay.

Un intrus vole les Dog Tags de nos soldats ! Retrouvez-le !

La durée de vie est plus longue que celle du premier Metal Gear Solid, mais reste relativement faible : comptez une douzaine d’heures pour en voir le bout lors de votre première partie. Cependant, un mode Boss Survival vous permettra de prolonger quelque temps l’expérience en revivant vos combats de boss favoris.

Par ailleurs, si vous décidez de vous lancer dans la quête des Dog Tags, vous pouvez aisément doubler, voire tripler cette durée de vie, tant le nombre de ces plaques d’identification est élevé. Même si compléter cette quête relève de l’acharnement, Metal Gear Solid 2 est tellement bien mené et si dense que la durée de vie convient parfaitement à la narration.

On s’interrogera cependant sur l’un des aspects du jeu qui aura fait couler énormément d’encre : la surenchère de cinématiques. Disposant d’un scénario extrêmement alambiqué et riche en interrogations (nous y reviendrons), Metal Gear Solid 2 dispose d’une pléthore de scènes cinématiques et de conversations Codec qui, mises bout à bout, représentent près d’un tiers du temps jeu. C’est une proportion énorme, qui a rebuté de nombreux joueurs ; si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure Metal Gear Solid 2, soyez prêts à devoir poser la manette à de nombreuses reprises.

Raiden joue les équilibristes. Attention à ne pas faire le grand plongeon…

Adieu Emmanuel Bonami, bonjour David Hayter !

Qu’en est-il de la bande-son du jeu ? Metal Gear Solid 2 marque le début du travail du compositeur américain Harry Gregson-Williams pour la série ; le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat final est réussi. Les thèmes musicaux de ce second opus, comme ceux du premier, se montrent discrets et effacés, afin de correspondre à l’ambiance feutrée et solitaire de la mission. Cependant, la palme du meilleur morceau revient incontestablement à la chanson de fin, Can’t Say Goodbye to Yesterday, mélodie de jazz envoûtante chantée par l’artiste Carla White, très renommée aux Etats-Unis.

Le doublage est quant à lui très réussi, et ce deuxième opus marque la disparition du doublage français tant controversé lors de la sortie du premier épisode. Il n’y a cependant aucun regret à avoir, le doublage anglais étant d’excellente qualité. Chaque personnage possède une voix qui correspond à sa personnalité, et le travail effectué par les doubleurs pour insuffler de l’émotion dans leurs répliques est tout simplement remarquable.

Les boîtes en carton sont toujours de la partie.

Metal Gear Novel

Nous y voilà enfin : le scénario. Probablement l’aspect le plus difficile à appréhender de Metal Gear Solid 2, le scénario était à l’époque sans commune mesure avec tout ce que le jeu vidéo avait pu proposer jusqu’alors.

Rappelons d’emblée un fait important : seule une petite partie du jeu se déroule aux commandes de Snake, la majorité de la mission s’accomplissant sous les traits de Raiden, une nouvelle recrue des forces spéciales, encore inexpérimentée. Si ce choix aura défrayé la chronique et déclenché les huées de joueurs du monde entier, il convient de s’arrêter sur le point positif qu’apporte ce choix scénaristique : la nouvelle dimension offerte à Solid Snake.

Snake est en effet un héros déchu de son piédestal, ce n’est plus lui qui exécute la mission, il n’est plus sous les ordres de quiconque ; ce bouleversement total permet d’accorder beaucoup plus de densité à notre « héros », lui autorisant des réflexions, des hypothèses et des répliques que le simple soldat présenté dans Metal Gear Solid premier du nom n’aurait jamais pu formuler.

Raiden est également un personnage très intéressant : désorienté, inexpérimenté, en quête permanente de véritables repères, sujet à un passé tourmenté et soumis à des interrogations graves, il est un véritable miroir du joueur, lui aussi bien souvent égaré devant les nombreuses révélations auxquelles il doit faire face. Sans trop développer cette partie, les personnages sont d’une densité très rarement atteinte dans un jeu vidéo, chacun possédant ses idéaux, ses questions, ses dilemmes, son passé, ses désirs, sa vie.

Le jeu ne néglige pas la dimension émotionnelle qui était déjà très forte dans le premier opus : bien que moins marquée dans Sons of Liberty, elle reste présente et le soft sait se montrer réellement poignant par moments.

Mais ce qui fait la force du scénario de Metal Gear Solid 2, c’est incontestablement sa portée philosophique. Extrêmement complexe, soulevant de nombreuses questions pour la plupart laissées sans réponses, traitant de sujets d’actualité, le titre formule des interrogations sur la place de la politique dans notre société, les libertés individuelles, l’avènement des nouvelles technologies, la fatalité génétique, et Kojima n’hésite pas à prendre ouvertement position à travers les répliques de ses protagonistes. Malgré cela, le jeu ne se révèle à aucun moment trop abstrait ou incompréhensible, laissant ces réflexions en toile de fond et conservant toujours l’intrigue du jeu au premier plan. En vérité, le réel tour de force se situe dans ce double niveau de lecture : Hideo Kojima a réussi à créer un jeu qui peut être considéré à la fois comme une simple histoire d’espionnage ou bien comme une réflexion philosophique sur l’humanité, ce qui est la preuve d’un esprit génial.

Certes, on pourra s’élever contre le fait que le scénario soit très difficile à appréhender, ou le manque de cohérence de la fin du jeu ; mais force est de constater que l’histoire narrée dans Sons of Liberty est l’une des plus ambitieuses de toute l’histoire du jeu vidéo, se révélant étonnamment profonde, posant les jalons de l’intrigue globale de la série Metal Gear Solid, et n’ayant probablement aucun équivalent.

De nombreux mouvements inédits rendent l’infiltration encore plus jouissive. Ici, Snake cache un garde assoupi dans un casier.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Pour un jeu sorti au début des années 2000, la performance reste honorable. Certes, la modélisation faciale n’est pas reluisante et les décors sont ternes, mais le bond technologique opéré depuis Metal Gear Solid est mesurable, et le jeu reste agréable à regarder. 

Jouabilité : Améliorant encore un gameplay ayant déjà fait ses preuves dans le premier opus, cette suite propose notamment la possibilité de tirer en vue subjective, de nouvelles armes, des méthodes d’infiltration très intelligentes et nombreuses, ainsi que de nouveaux mouvements très bien exploités. Irréprochable. 

Durée de vie : Plus long que son aîné, MGS 2 reste relativement court, avec une douzaine d’heures de jeu nécessaire lors de la première partie. Le jeu propose également un mode Boss Survival, sans oublier la quête des Dog Tags, qui vous retiendra de nombreuses heures si vous souhaitez la compléter intégralement.

Bande-son : Pour une première incursion dans l’univers de Metal Gear Solid, Harry Gregson-Williams s’en sort remarquablement bien, avec des thèmes souvent très adaptés aux différents environnements traversés, et une chanson finale de toute beauté. On s’arrêtera également sur le doublage anglais de très bonne qualité, n’ayant pas à rougir face à des doublages de films. 

Scénario : Certes très complexe, l’histoire de Metal Gear Solid 2 est pourtant extrêmement ambitieuse. Révélant des éléments ayant des implications sur l’ensemble de la saga, soulevant de nombreuses interrogations laissées sans réponse, s’autorisant un parti pris philosophique et politique, sans toutefois négliger la dimension émotionnelle et même l’humour, le scénario de ce deuxième opus peut se résumer en un seul mot. Parfait.

Conclusion : Décrié par les joueurs en raison de sa pléthore de cinématiques, de son scénario extrêmement difficile à cerner, ou encore du manque de charisme de Raiden, Sons of Liberty détient pourtant d’immenses qualités. Une jouabilité excellente, une ambiance musicale de bonne facture, sans oublier le script d’une qualité peut-être jamais égalée depuis et des personnages réellement profonds, sont des atouts incontestables. Metal Gear Solid 2 se veut finalement moins accessible que ses pairs, mais définitivement bien plus profond. Un jeu exceptionnel, qui ne plaira pas à tout le monde. 

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