En seulement trois épisodes, la série Metal Gear Solid a su conquérir un grand nombre de joueurs. Qu’ils aient été attirés par le gameplay inventif, la bande-son de haute volée ou le scénario très profond, tous les fans ont suivi avec attention les pérégrinations de Solid Snake depuis ses débuts à Shadow Moses, en 1998. Dix ans se sont écoulés, et à la sortie de Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots en 2008, la série semble parvenir à une conclusion définitive. Alors, ce quatrième épisode est-il l’apothéose d’une série mondialement célèbre ou bien s’agit-il d’une sortie par la petite porte pour Kojima et sa création ? Réponse dans ce test.

Des seins en HD…

Dès le lancement du jeu, un constat s’impose : Metal Gear Solid 4 est magnifique. Exploitant à merveille la Playstation 3 et bénéficiant d’un excellent travail sur la motion capture, le jeu est saisissant de réalisme. Impossible de ne pas se sentir au cœur de la bataille alors que l’on traverse une ruelle en proie à des explosions violentes et que l’on voit un soldat tomber à nos côtés. Les effets de flou, d’ombre et de poussière sont superbement gérés et immergent avec maestria le joueur dans les différents environnements traversés.

Les cinématiques ne sont pas en reste, avec des personnages superbement modélisés qui n’ont plus rien à voir avec ce que l’on pouvait voir sur la console précédente. Snake, Otacon, Raiden ou encore Ocelot ont tous vu leurs traits affinés de façon très spectaculaire, permettant d’immerger encore un peu plus le joueur dans le déroulement de l’histoire.

Laughing Octopus fait partie du Beauty and the Beast Corps.

Malgré son âge avancé, Snake ne souffre pas encore d’Alzheimer

Metal Gear Solid 4 reprend tous les éléments qui ont fait le succès de la série : de l’infiltration, des environnements riches en cachette, des armes diverses, et des boîtes en carton (qui sont toutefois remplacées par un baril aux propriétés identiques), mais y ajoute de nombreuses innovations très utiles. Tout d’abord, la caméra est entièrement contrôlable grâce au stick analogique droit. Cette fonctionnalité est récupérée de Metal Gear Solid 3 : Subsistence, la version améliorée d’un troisième opus décrié pour sa caméra fixe en vue de dessus. Cet ajout rend la progression bien plus aisée et il est désormais bien plus rare de pester contre une alarme s’étant déclenchée à cause d’un ennemi que l’angle de caméra nous empêchait de voir. Snake dispose également de nombreux mouvements inédits ; une fois allongé au sol, il est possible de rouler sur le côté. L’on peut également courir accroupi, ce qui facilite grandement l’infiltration. Un cercle apparaît également autour de Snake, qui indique si des ennemis se trouvent à proximité en se déformant. Enfin, le CQC est de retour pour notre plus grand plaisir, et permet d’éliminer les ennemis de quelques prises bien senties.

Snake dispose désormais d’une jauge de psychisme en plus de sa jauge de vie, à l’image de celle de Big Boss dans le jeu précédent. Mais Snake dispose également d’un indicateur de stress qui a une influence sur le gameplay : lorsque Snake est trop stressé (par exemple, durant une alerte ou s’il reste trop longtemps exposé à une forte chaleur), il devient beaucoup plus difficile de viser correctement ou de se déplacer. De plus, lorsque Snake tue beaucoup d’ennemis en peu de temps, il entre dans une phase dite « ivresse du combat » qui décuple sa résistance et sa force pour une durée limitée. L’impact de l’état physiologique et psychologique de Snake sur le gameplay est très bien exécuté et renforce le sentiment d’immersion.

Metal Gear Solid 4 introduit également trois objets très utiles, à savoir le Solid Eye, l’Octocamo et le Metal Gear Mk. II. Le Solid Eye est un appareil que porte Snake sur l’œil gauche et qui permet une fois équipé d’afficher un radar où sont signalés les ennemis (ce radar est toutefois différent du Soliton qui apparaissait dans les deux premiers épisodes), mais qui sert également de lunettes thermiques et de jumelles. Ce petit appareil est donc bien pratique et vous sera d’une grande aide tout au long de la partie. L’Octocamo désigne la tenue de camouflage portée par Snake durant tout le jeu ; elle reprend l’idée des camouflages de MGS 3 en l’améliorant. Désormais, en restant allongé ou plaqué contre un mur durant quelques secondes, votre combinaison prendra instantanément la teinte de la surface avec laquelle vous êtes en contact. On pourra reprocher à cet Octocamo de faciliter le jeu puisque votre pourcentage de camouflage reste quasiment toujours très élevé. Enfin, le Metal Gear Mk. II est un petit robot construit par Otacon que Snake peut contrôler dans le but d’effectuer une reconnaissance du terrain. Le Mk. II présente la particularité de pouvoir se rendre invisible et d’assommer les ennemis en les électrisant, puis de les fouiller ! Durant certaines séquences cinématiques, il est également possible de prendre le contrôle du MK. II pour ramasser des objets.

La gestion des armes a également beaucoup changé. Dans tous les opus précédents, il fallait trouver ses armes sur place et gérer ses munitions pour ne pas se retrouver à court de cartouches face à un boss. Désormais, le menu de pause permet d’accéder au magasin de Drebin. Dans ce magasin, il est possible (et nécessaire !) d’acheter des armes, des munitions, et même des rations mais également de faire déverrouiller les armes récupérées sur les ennemis pour les rendre utilisables. Pour obtenir de l’argent, il suffit de récupérer sur un ennemi une arme déjà en votre possession ; elle sera automatiquement revendue à Drebin. Metal Gear Solid premier du nom, dans lequel il fallait rationner ses munitions et rations durant toute la partie, semble bien loin… Les armes sont par ailleurs personnalisables ; il est en effet possible d’acheter certains objets permettant de modifier une arme ! Ainsi, un fusil d’assaut classique pourra être muni d’un silencieux, d’un lance-grenades, ou encore d’une visée laser… On pourra toutefois souligner que ce système permet d’anéantir la difficulté du jeu. En effet, l’IA est toujours aussi stupide et un ennemi sera toujours incapable de réagir si son collègue se fait tirer dessus alors qu’ils sont à dix mètres l’un de l’autre. Ainsi, dès l’achat d’un fusil sniper (une arme que l’on obtenait habituellement plutôt tard dans les autres épisodes), les choses deviennent instantanément très simples ; si l’on ajoute à cela l’Octocamo qui permet souvent d’être indétectable, on comprend vite que la difficulté du jeu et l’équilibre entre les armes ont été assez mal pensés…

Mais ce qui fait la grande force du gameplay de MGS 4, c’est son indéniable variété. Les phases de jeu se suivent et ne se ressemblent pas, permettant au joueur de découvrir une nouvelle façon d’appréhender le jeu à chaque instant. Qu’il s’agisse d’une infiltration dans une ville où la guerre civile fait rage, d’une phase durant laquelle il faut suivre des traces de pas et identifier une piste précise, d’une course-poursuite à moto qui use et abuse du bullet time ou encore d’une filature dans les rues de Prague, tout est fait pour surprendre le joueur. On peut presque avoir l’impression que Kojima avait décidé de faire de cet ultime chapitre le théâtre de toutes ses expérimentations ; et le pire, c’est que cela fonctionne… Les combats de boss sont très inspirés et certains affrontements figurent sans conteste parmi les meilleurs de la série ; faisant monter l’adrénaline à une vitesse folle, ces combats sont véritablement jouissifs.

Précisons également que les (très) nombreuses cinématiques du jeu sont plus dynamiques qu’auparavant. A certains moments-clés, par exemple durant l’évocation d’un évènement s’étant produit dans un opus antérieur, il sera possible d’appuyer sur Croix pour voir les souvenirs de Snake défiler. Cette action n’a pas qu’un intérêt scénaristique puisqu’elle sert aussi à gagner de l’argent… Il est de plus toujours possible de voir l’action à travers les yeux de Snake en pressant L1 lorsque cela est demandé. On regrettera cependant que le Codec, qui était l’une des grandes forces de la série, ait perdu tout son charme dans ce dernier opus ; il n’est possible de contacter qu’un nombre famélique de personnages et les conversations optionnelles, qui étaient délectables dans les épisodes précédents, sont ici très peu nombreuses et souvent assez plates.

Après chaque acte, le jeu installe le suivant. L’occasion de lire quelques conseils d’utilisation.

Metal Gear Solid, le film ?

La durée de vie a été revue à la hausse ; en effet, il vous faudra probablement plus d’une quinzaine d’heures pour espérer venir à bout de l’histoire principale. Toutefois, en tant que conclusion de la série, cet opus multiplie les cinématiques et les conversations Codec dans le but de répondre à toutes les interrogations du joueur, à tel point que pour être franc, on joue moins que l’on ne regarde des cinématiques… Cet état de fait pourra en énerver plus d’un et principalement ceux qui n’avaient que peu apprécié la surenchère de séquences cinématiques déjà opérée dans Metal Gear Solid 2.

En termes de difficulté, le jeu est assez facile, a fortiori si vous jouez en difficulté Facile ou Normal. L’Octocamo, l’I.A vieillissante et la puissance exagérée des fusils sniper sont en partie responsables de cela. Ce n’est qu’à partir du mode Difficile que les choses se corsent sérieusement, notamment durant les combats de boss.

Guns of the Patriots s’inspire également de la quête des Dog Tags dans MGS 2 ou de celle des Kerotans dans le 3. En effet, Snake dispose dès le début du jeu d’un iPod qu’il est possible d’utiliser pour écouter des musiques célèbres de la série. De nombreux morceaux sont à collecter durant votre partie, ce qui augmente la durée de vie pour le fan désireux de revivre ses plus belles expériences de la saga par le biais de ces musiques.

Maître des illusions, ce boss jouera avec vos sens et vos réflexes.

Encore une chanson de fin qui va vous faire pleurer…

La bande-son est une fois de plus un véritable régal. D’inspiration fortement orientale, elle immerge pleinement le joueur dans les différentes situations traversées. Voir Snake déclamer que « la guerre a changé » alors que l’on entend Love Theme en arrière-plan, ou entendre ce dernier parler de sa vie de machine à tuer en entendant le thème Old Snake est tout à fait marquant et nous fait partager les émotions de Solid Snake. Metal Gear Solid 4 se plaît également à attiser la nostalgie du joueur en proposant de nombreux arrangements de morceaux apparus dans les jeux précédents, pour le plus grand plaisir du fan qui pourra revivre de cette manière certains instants-clés de la série.

Quant au doublage, il est une nouvelle fois excellent. David Hayter, qui double Solid Snake, a superbement réussi à retranscrire le vieillissement de notre soldat favori grâce à une voix très rauque et grave. De façon générale, chaque personnage a fait l’objet d’un soin particulier et chaque émotion est très bien retranscrite.

Si vous avez joué aux jeux précédents, vous avez forcément reconnu ces deux personnages.

I’m no hero. Never was. Never will be.

2014. Cinq ans après les évènements narrés dans le deuxième opus, Sons of Liberty, le monde a bien changé. Comme l’explique un Solid Snake désabusé dans la cinématique d’introduction, la planète est devenue un immense champ de bataille où s’affrontent des armées gérées par des sociétés militaires privées, ou SMP. La guerre n’est plus qu’un business juteux qui fait fonctionner l’économie mondiale ; les idéologies et le patriotisme n’existent plus. Liquid Snake, frère jumeau de notre héros, dont l’esprit contrôle désormais totalement le corps de Revolver Ocelot, est à la tête des cinq SMP les plus développées du monde. Il a désormais l’intention de prendre le contrôle du système qui gère ces sociétés militaires afin de dominer la planète. C’est ainsi que Solid Snake part pour son ultime mission contre sa Némésis de toujours, désormais connue sous le nom de Liquid Ocelot…

Vous l’aurez compris, Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots se destine uniquement aux inconditionnels de la saga, à ceux qui ont suivi Snake depuis ses aventures dans la base de Shadow Moses sur Playstation. Les références aux jeux précédents et les personnages issus des différents opus sont légion, à tel point qu’un néophyte sera très rapidement désorienté et ne pourra en aucune manière apprécier le script à sa juste valeur. Mais pour les fans, ce jeu est du pain béni tant les allusions et les clins d’œil (parfois comiques) aux différents épisodes sont omniprésents. Les personnages que l’on a appris à aimer ou à haïr depuis le premier Metal Gear Solid sont de retour et remplissent à merveille leur rôle, sans parler du fait que chaque personnage trouve la résolution de tous les malheurs que lui (et le joueur) a pu vivre. Metal Gear Solid 4 marque l’aboutissement d’un processus opéré depuis le premier épisode, au cours duquel chaque joueur a pu s’identifier aux différents personnages et faire siens leurs différents ressentis.

A côté de cela, les nouveaux personnages ne sont pas non plus en reste. Drebin, Sunny ou Akiba sont très bien campés et laissent une forte impression dans la mémoire du joueur. De plus, Metal Gear Solid 4 propose – à l’image de ses prédécesseurs – sa propre unité de boss à affronter. Après Fox-Hound dans le premier épisode, la Dead Cell dans le deuxième et l’unité Cobra dans le troisième, il vous sera donné d’affronter le Beauty and the Beast Corps, une unité de jeunes femmes devenues des machines de combat après avoir été traumatisées par la guerre. Leur passé, narré après chaque combat, est très sombre et inspire souvent une violente pitié chez le joueur.

Mais le plus poignant de tous les personnages dépeints, est incontestablement Solid Snake lui-même. Âgé de 42 ans, Snake souffre d’un vieillissement accéléré qui ne lui laisse que très peu de temps à vivre. Désabusé, fatigué de la vie et des combats, il semble tout au long du jeu promener sa carcasse dans un monde perpétuellement en guerre auquel il n’appartient plus. A ceux qui lui disent qu’il est un héros, il répond qu’il n’en a jamais été un et se bat sans aucune conviction, par pur sens du devoir. Ce personnage tranche radicalement avec le soldat légendaire que l’on avait connu dans le premier Metal Gear Solid et le combattant de la liberté dépeint dans le deuxième épisode. Pour le joueur qui a vécu toutes les aventures de cet antihéros, c’est un véritable choc que de le voir aussi indifférent à tout ce qui l’entoure et à la mort.

On pourra toutefois regretter que le script perde quelque peu de sa dimension engagée. Certes, les critiques lancées contre la guerre répondent toujours présentes, mais il semble bien qu’elles se soient beaucoup effacées au profit d’un scénario qui fait la part belle au tragique, à l’émotion pure, et à la résolution du destin de chaque personnage. Certains resteront également dubitatifs face à une fin un peu trop hollywoodienne pour la série, où tout semble se résoudre un peu trop facilement. Cela n’enlève bien sûr rien à l’excellence globale du script mais mérite d’être souligné.

Cinquante ans après sa rencontre avec Naked Snake, Ocelot est toujours aussi déterminé.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Metal Gear Solid 4 est sans conteste l’un des plus beaux jeux de la Playstation 3. Avec des personnages aux expressions superbement modélisées et des effets de flou ou de lumière de toute beauté, tout est fait pour insuffler un sentiment de réalisme maximal aux différents environnements traversés.

Jouabilité : Certes, l’I.A est toujours aussi stupide et l’apparition de l’Octocamo ainsi que du magasin d’armes facilite grandement le jeu. Toutefois, Snake n’a jamais été aussi plaisant à jouer, grâce à une caméra entièrement contrôlable, un Solid Eye très utile et une foule de nouveaux mouvements. L’influence de l’état de Snake sur le gameplay n’a jamais été aussi grande et rend le jeu encore plus immersif. Les combats de boss sont de purs moments de jouissance. Enfin, la variété des situations proposées au joueur achève de faire de Guns of the Patriots un jeu extrêmement diversifié octroyant une immense liberté d’action.

Durée de vie : Metal Gear Solid 4 est sûrement le plus long jeu de la série puisqu’il vous faudra au bas mot une quinzaine d’heures pour en venir à bout ; la difficulté n’est cependant pas très corsée. De plus, ceux qui critiquaient déjà le nombre élevé de cinématiques dans MGS 2 seront encore plus agacés par ce quatrième opus dans lequel on regarde plus de cinématiques qu’on ne joue réellement. Précisons enfin que le jeu propose une chasse aux morceaux de musique qui comblera le fan nostalgique des épisodes précédents.

Bande-son : Peut-être un peu moins inoubliable que celle de Snake Eater, l’OST de ce quatrième épisode n’en demeure pas moins très bonne. Les différentes pistes sont clairement inspirées de la musique orientale et l’on y déniche plusieurs morceaux de bravoure tels Old Snake ou Love Theme. Le doublage reste quant à lui de haute volée, avec notamment un Solid Snake dont la voix traduit à merveille son amertume permanente.

Scénario : Autant le dire, ce quatrième opus est clairement destiné aux inconditionnels de la série qui connaissent sur le bout des doigts tous les éléments de la mythologie Metal Gear. Les références aux épisodes précédents sont constantes et de nombreux personnages apparus dans les trois premiers jeux font leur retour. Les nouveaux protagonistes ne font toutefois pas pâle figure puisqu’ils réussissent à s’imposer et à amener le joueur à s’attacher à eux. Tourné vers l’émotion pure et dure, le titre vous arrachera probablement quelques larmes, notamment grâce à la mise en scène de Solid Snake. Résigné, abattu, Snake acquiert dans cet épisode une aura de soldat brisé le rendant particulièrement touchant. Le script de Guns of the Patriots eut été parfait sans l’affadissement du message critique et la fin, quelque peu facile.

Conclusion : L’I.A est toujours aussi idiote, le jeu est rendu très facile par l’Octocamo et le magasin d’armes, le Codec a perdu beaucoup de son importance, les cinématiques sont omniprésentes et le scénario perd de sa virulence. Voilà les critiques que l’on peut faire à Metal Gear Solid 4. En dehors de ça, il s’agit d’un jeu aux graphismes sublimes, à la bande-son excellente, au gameplay très facile à prendre en main, proposant des phases de jeu toutes plus variées les unes que les autres, avec un script absolument déchirant, des personnages à l’évolution superbement mise en scène et surtout, Solid Snake le soldat déchu, dont les remarques amères achèvent d’émouvoir aux larmes le joueur qui a vécu les différentes missions de cet antihéros. Malgré ses défauts, Guns of the Patriots est donc une conclusion magistrale pour l’une des meilleures séries du monde vidéoludique. La guerre a changé, et Solid Snake est là pour nous offrir son baroud d’honneur dans un monde auquel plus rien ne le rattache. Grandiose.