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Metal Gear Solid est une série qui, au fil des années, a su se trouver une place de choix dans le cœur des joueurs. Pourtant, nombre de ses épisodes ont divisé les fans eux-mêmes : souvenez-vous de la polémique autour de Raiden lors de la sortie de MGS 2 ! En dépit de cela, le premier opus, sorti en 1998 sur Playstation, est peut-être le seul à faire l’unanimité auprès de tous les joueurs. Alors, Metal Gear Solid : jeu culte ou victime de la nostalgie des joueurs ? Réponse dans ce test.

Bon, je n’ai pas de bouche, et après ?!

Evoquons les graphismes. Et là, le constat est clair : le jeu a bien mal vieilli d’un point de vue graphique. Sans paraître toutefois ridicule, les décors et la modélisation globale des personnages restant plus ou moins réalistes, les graphismes accusent le point des années. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la modélisation faciale. En effet, en raison des limitations techniques, les personnages n’ont pas un vrai visage. Certes, des amoncellements de points noirs signalent les yeux, le nez, et la bouche, mais il reste tout de même déroutant de voir Snake s’exprimer sans remuer les lèvres. Pour pallier à cela, l’équipe de Kojima avait décidé de rendre les personnages plus expressifs en leur faisant remuer la tête. Si ce subterfuge fonctionnait à la fin des années 90, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Bref, d’un point de vue technique, le jeu a clairement pris de l’âge. Cependant, l’ambiance industrielle du jeu reste très immersive, avec des décors assez réussis. De toute façon, il serait dommage de passer à côté d’un tel jeu simplement à cause de sa plastique vieillissante.

Avec aussi peu de vie, mieux vaut ne prendre aucun risque.

Snake ? Snake ? SNAAAAAAAAAAAAKE !

Bien sûr, quand on joue à un Metal Gear Solid, c’est en grande partie pour son gameplay. Je le rappelle, Metal Gear Solid est un jeu d’infiltration : le but est de vous faufiler entre les ennemis sans vous faire repérer. Si cela venait à se produire, il vous faudrait en découdre avec une troupe de soldats armés jusqu’aux dents. Le jeu privilégie donc la réflexion et la ruse à l’action « brut de décoffrage ».

Comment cela se traduit-il dans les faits ? Vous disposez d’un radar qui affiche votre position et celle de vos ennemis, afin de vous permettre de planifier vos déplacements. Si l’ennemi pense que vous êtes là, par exemple en repérant vos traces de pas dans la neige ou en vous entendant marcher, il se mettra à vous chercher et vous devrez vous enfuir pour éviter la confrontation. Si vous êtes finalement repéré, l’alerte est déclenchée et il faudra soit éliminer tous les soldats, soit vous cacher jusqu’à un moment plus opportun. Si l’ennemi vous perd de vue, il passe en mode Prudence, et continue à vous rechercher jusqu’à reprendre sa position s’il ne vous trouve pas. Pour complexifier les choses, le radar est inutilisable en mode Alerte ou Prudence, et également dans certaines zones de brouillage électromagnétique. Tout est donc pensé pour vous inciter à jouer en finesse, sachant qu’une alerte peut signifier la fin de votre mission si vous n’êtes pas assez réactif. Le tout se révèle jouissif à jouer, planifier ses sorties pour éviter de croiser un garde devient rapidement un plaisir, et le jeu se renouvelle suffisamment au niveau des objectifs pour ne jamais sombrer dans l’ennui.

Malheureusement, l’IA a elle aussi pris un sacré coup de vieux, et elle est très facile à semer. Ne cherchant pas à fouiller si elle entend un bruit suspect, dotée d’un champ de vision faible, elle est souvent trop facile à désorienter. C’est dommage, mais il faut tout de même se souvenir que le jeu a bientôt treize ans. Un autre bémol : il est impossible de se déplacer, ou même de tirer en vue subjective, celle-ci ne servant qu’à explorer les environs. Le tir à la première personne ne sera inclus qu’à partir de MGS 2. Certes, les armes disposent d’un verrouillage automatique, mais on ne peut que regretter cette petite lacune de gameplay.

Tous les fans de la série connaissent également le Codec. Cette petite radio, dont la sonnerie est devenue une marque de fabrique de la saga, vous permet de contacter les différents membres de l’opération : le Colonel Roy Campbell, l’analyste militaire Mei Ling, le docteur Naomi Hunter, et d’autres personnages. Les conversations par Codec servent à obtenir des renseignements sur les objets ou des indices pour progresser dans le jeu, à faire avancer le scénario, et également à sauvegarder.

Les boss sont quant à eux un plaisir à affronter, et sont pour la plupart très inventifs. Si on commence en douceur avec Revolver Ocelot, amateur de colts, les choses deviennent rapidement très intéressantes : un combat contre un hélicoptère, un duel de sniper, un face-à-face à mains nues, et bien sûr ce fameux combat dont tous les joueurs se souviennent, contre l’homme au masque à gaz…

Parlons enfin de l’acquisition des objets : vous commencez le jeu avec une paire de jumelles, un paquet de cigarettes, et c’est tout ! Mission furtive oblige, vous devrez trouver vos armes par vous-même. En tout, vous pourrez utiliser une dizaine d’armes, allant du fusil d’assaut au lance-missiles, en passant par le fusil sniper, la grenade, ou les mines antipersonnel. Le même processus vaut pour les objets : il vous faudra les récupérer sur place ! En plus des rations qui régénèrent votre vie et des désormais légendaires boîtes en carton pour le camouflage, on trouve de tout, des lunettes thermiques au gilet pare-balles, en passant par les pilules tranquillisantes ou le masque à gaz. Il existe même deux objets bonus, obtenus en terminant le jeu avec les deux fins différentes (on y reviendra dans la partie dédiée au scénario), mais je ne vous ferai pas l’affront de les dévoiler.

Cet affrontement en plein blizzard contre Sniper Wolf vous donnera du fil à retordre.

« Le missile sera tiré dans 18 heures ? Oh ben c’est bon, il m’en faut huit pour finir la mission ! »

Les Metal Gear Solid n’ont jamais particulièrement brillé par leur durée de vie, la plupart des opus se finissant après 10 à 12 heures de jeu, cinématiques incluses. Ce premier opus ne déroge pas à la règle, et on peut même dire que c’est le plus court des MGS : la première fois, il vous faudra à peine 8 heures pour conclure l’aventure ! Un joueur expérimenté peut même le finir en moins de deux heures en passant les cinématiques, tant le jeu est court ! Même si l’on est encouragé à refaire la mission pour obtenir la deuxième fin, il faut avouer que c’est plutôt léger, d’autant plus que Metal Gear Solid ne propose aucun à-côté, hormis une suite de dix missions d’entraînements très courtes.

Cependant, Metal Gear Solid appartient à ce genre de jeux tellement immersifs, tellement haletants, ne présentant aucun temps mort dans la narration, qu’ils sont un véritable plaisir à refaire en entier à intervalles réguliers. On ne s’ennuie à aucun moment dans le jeu ; la mission progresse toujours à un rythme infernal, ne vous laissant pas le temps de vous remettre des derniers évènements qu’une nouvelle course contre-la-montre est lancée. Court, mais intense : voilà comment le mieux résumer Metal Gear Solid premier du nom.

Meryl ne manque pas d’aplomb.

« T’as pété les neurones ?! »

La bande-son de MGS est dans l’ensemble bonne ; la musique réussit en général à faire sentir au joueur qu’il se trouve dans une base sombre et angoissante. De plus, certains thèmes sont passés à la postérité de par leur qualité musicale indéniable : que ce soit Encounter, le thème d’alerte, mené à un rythme effréné ; Enclosure, que l’on entend lors d’évènements dramatiques, et qui arracherait des larmes aux plus insensibles ; et bien sûr le superbe thème chanté de MGS, The Best Is Yet To Come, qui aura marqué toute une génération de joueurs grâce à l’émotion qu’il porte et son rythme lancinant de toute beauté.

Mais ce qui marque également les esprits dans Metal Gear Solid, c’est le doublage. Tous ceux qui ont joué à ce jeu se souviennent du doublage français de l’époque, qui a divisé les fans : surjoué et ridicule pour certains, très réussi et attachant pour les autres. Certes, on pourra sourire face à la voix de Rambo de Solid Snake, ou reprocher à Liquid son accent précieux : mais force est de constater que le travail est tout de même bien réussi, les voix correspondant la plupart du temps à la personnalité de leurs personnages, et les émotions étant fidèlement retranscrites. Soulignons également le travail titanesque effectué, puisque chaque conversation Codec est traduite en français : un bel effort que l’on salue. De plus, la VF recèle son lot de petites phrases devenues cultes, qu’elles soient liées à des erreurs de traduction ou à une petite blague des doubleurs, comme : « T’as pété les neurones ?! » ou « Il s’est fait découper plus vite qu’un oignon dans une pub pour couteaux !».

Le Cyborg Ninja est l’un des personnages les plus marquants de ce premier épisode.

Ici Snake. Colonel, est-ce que tu me reçois ?

2005, mer de Béring, Alaska. Un centre de recyclage des déchets nucléaires, la base de Shadow Moses, a été prise d’assaut par des terroristes, qui menacent de lancer un missile nucléaire dans les 24 heures si leurs exigences ne sont pas satisfaites : ils demandent l’ADN de Big Boss, le plus grand soldat du XXème siècle, et un milliard de dollars… A leur tête, l’unité Fox-Hound, menée par Liquid Snake : une unité de mercenaires impitoyables. Face à cette menace, un seul homme peut sauver la situation, et cet homme… c’est Solid Snake.

Snake s’introduit dans la base par voie sous-marine. Ses objectifs ? Retrouver le chef du DARPA et le président d’ArmsTech, retenus prisonniers ; et vérifier si les terroristes ont la capacité de lancer un missile nucléaire, et si oui, les en empêcher. Snake se lance donc dans la bataille, sans avoir conscience des terribles secrets qu’il va découvrir…

La série Metal Gear Solid a toujours été acclamée pour ses scénarios très recherchés et émouvants, dignes des plus grands films. Ce premier opus instaure la tradition, si l’on peut dire ; en effet, le scénario est extrêmement bien ficelé, et contient son lot de rebondissements hollywoodiens. La fin du jeu notamment, avec ses révélations et ses retournements de situations à n’en plus finir, réussit à captiver le joueur à chaque moment, qui se demande ce que la prochaine minute de jeu lui réservera. L’ensemble du jeu est extrêmement immersif, et c’est là sa plus grande force : on se sent impliqué dans les pérégrinations de Snake, on se sent vraiment seul face à cette base armée jusqu’aux dents. L’ambiance créée par le jeu est unique, il faut bien le reconnaître.

Mais MGS, c’est également un scénario touchant, voire déchirant. Le jeu contient en effet son lot de morts tragiques, d’autant plus bouleversantes qu’elles sont souvent accompagnées de longues tirades emplies de tristesse et de mélancolie. Le travail d’écriture effectué par Kojima est juste remarquable : Metal Gear Solid est un des rares jeux où on sent les personnages vivre, où on ressent de véritables sentiments pour eux, que ce soit la haine, la colère, ou le désespoir.

Bien sûr, Metal Gear Solid, c’est aussi une galerie de personnages hauts en couleurs. Que ce soit Snake, le soldat insensible usé par la guerre, Naomi, le docteur en quête de son passé, et surtout, les différents membres de l’unité Fox-Hound, que l’on tue les uns après les autres, et qui rendent le dernier soupir après avoir évoqué leur vie, leurs peines, leurs regrets, leurs bonheurs, chacun des personnages principaux vous laissera une très forte impression.

De plus, tous les Metal Gear Solid comportent des réflexions sur la société ou sur la vie. Sans atteindre la portée philosophico-militante du scénario de Metal Gear Solid 2, le premier MGS pose plusieurs questions existentielles, notamment le sens de la vie, le rôle des gènes dans la vie d’un homme, la futilité de la guerre, et la question des armes nucléaires.

J’évoquais également deux fins différentes : vers la moitié du jeu, il vous faudra faire un choix, et celui-ci influera sur la fin du jeu. Sachez qu’il existe une « bonne fin » et une « mauvaise fin », qui comportent une différence de taille…

Et enfin, Metal Gear Solid ne serait pas Metal Gear Solid sans les blagues de Kojima, décidément débordant d’imagination. Que ce soit la fréquence Codec inscrite au dos de la boîte du jeu, le boss qui lit votre carte mémoire en quête d’autres jeux Konami, ou les affiches d’autres jeux de Kojima placardées un peu partout dans la base, ces clins d’œil nous renvoient à notre propre statut de joueur avec brio ; et on se plaît à dénicher un de ces « œufs de Pâques », comme les nomment les Américains, aussi insignifiant soit-il.

Cependant, un scénario aussi développé se paye : sans atteindre les cinématiques à outrance de MGS 2 (à tel point qu’on jouait presque autant de temps que l’on regardait des cinématiques), les conversations Codec et les cinématiques sont nombreuses, notamment à la fin du jeu, et cela pourra en rebuter certains. Néanmoins, il reste possible de passer les cinématiques, mais l’histoire est tellement prenante que finalement, ce défaut n’en est plus vraiment un.

Voilà la machine de guerre qu’il vous faudra détruire.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Ne nous voilons pas la face : Metal Gear Solid a mal vieilli du point de vue graphique. Visages grossiers, mouvements saccadés, pixellisation intempestive : le jeu tourne sur Playstation, et cela se ressent. 

Jouabilité : Une référence en matière d’infiltration. La caméra en vue de dessus n’est pas un handicap grâce au radar, les armes et objets s’équipent très facilement avec les gâchettes, les possibilités d’infiltration sont multiples. Hormis l’impossibilité de tirer en vue subjective, il n’y a rien à redire.

Durée de vie : Metal Gear Solid est le jeu le plus court de la série, puisqu’il faudra à peine 8 heures pour le finir une première fois. Malgré cela, le jeu est tellement prenant et immersif que l’on ne se lasse pas de le refaire, encore et encore.

Bande-son : La bande-son du jeu est réussie, avec des thèmes devenus cultes ; de plus, le doublage français, s’il n’a pas fait l’unanimité, doit tout de même être reconnue comme travaillé et plutôt fidèle.

Scénario : Une ambiance immersive rarement vue dans un jeu vidéo ; des rebondissements multiples à n’en plus finir ; une profondeur émotionnelle rare ; des clins d’œil comiques insérés ça et là ; une réflexion sur plusieurs sujets existentiels ; en définitive, le scénario de Metal Gear Solid est tout simplement parfait.

Conclusion : Metal Gear Solid est encore aujourd’hui, le seul épisode de la série à mettre tout le monde d’accord quant à sa qualité. Il faut dire qu’avec un gameplay solide, couplée à une bande-son très réussie et un scénario irréprochable, le jeu a su conserver ses qualités au fil des ans, en dépit d’une réalisation dépassée et d’une courte durée de vie. L’ambiance qui s’en dégage est incroyable : le jeu transporte le joueur avec une maestria rarement vue, grâce à une mise en scène digne des chefs-d’œuvre du cinéma. Le premier épisode de la saga, et peut-être le meilleur.