La compagnie Vanillaware s’était fait remarquer en 2008 pour Odin Sphere, un action-RPG sur Playstation 2 qui avait séduit beaucoup de joueurs. Un an plus tard sort sur Wii leur dernier projet, baptisé Muramasa : The Demon Blade. Prenant place dans un Japon féodal, le titre a rapidement remporté l’adhésion de la critique comme du public. Quelles sont les qualités de ce Muramasa ? S’agit-il d’un incontournable de la console ? Réponse dans ce test.

Tout en estampes

S’il y a un qualificatif que l’on peut appliquer à Muramasa : The Demon Blade dès les premières minutes de jeu, c’est sans conteste « magnifique ». Le jeu, loin de proposer un style réaliste, marche dans les traces d’Odin Sphere en adoptant un style très proche des estampes japonaises, qui donne un cachet absolument inimitable à l’œuvre. Les différents arrière-plans sont purement et simplement sublimes, avec une animation fluide qui donne au joueur l’impression de contempler un immense tableau qui prend vie sous ses yeux. Que ce soient les nuances de couleurs, l’animation des personnages, les effets de lumière ou encore le design des différents ennemis et boss rencontrés, tout dans Muramasa est prétexte à l’émerveillement.

L’éclectisme des décors est également à souligner : champs illuminés par un coucher de soleil, villes à l’ambiance festive, plages secouées par de furieuses vagues, étendues enneigées ou encore temples shinto sont tous présents et assurent un sentiment constant de renouvellement graphique.

La massue de cet Oni peut briser votre sabre d’un seul coup ; soyez prudent !

L’épéiste qui portait une toque

Rappelons d’ores et déjà que Muramasa est un action-RPG ; à ce titre, vos personnages gagnent de l’expérience et montent de niveau, ce qui fait augmenter deux caractéristiques, à savoir la puissance (votre force de frappe) et la vitalité (votre résistance aux attaques). Vous pourrez également collecter de nombreux objets de diverses natures, des potions curatives aux balles fumigènes pour fuir un combat, sans oublier les différentes pierres qui augmentent temporairement les caractéristiques de vos sabres.

Le gameplay de Muramasa : The Demon Blade peut se diviser en deux phases : les phases de déplacement et les combats. Durant les premières, votre objectif est de vous rendre jusqu’à une destination prédéfinie en traversant une succession d’écrans composant une région. La disposition de ces écrans n’est pas linéaire et de nombreux chemins alternatifs peuvent être empruntés. Le jeu compte près d’une vingtaine de régions que vous devrez toutes visiter au fur et à mesure de votre périple. Les combats peuvent quant à eux survenir à n’importe quel moment durant les phases de déplacement. Lorsqu’un point d’exclamation apparaît sur l’écran, le combat commence. Votre but est alors de découper furieusement vos ennemis avec vos sabres ; de multiples combos sont réalisables pour déchiqueter vos ennemis. Ces phases sont sans conteste bien plus palpitantes et ce sont elles qui donnent toute sa saveur au titre.

Comment fonctionnent les combats ? Votre personnage possède trois sabres, et vous pouvez changer de sabre à tout moment. Si vous changez de sabre alors que l’icône de celui-ci clignote, vous réaliserez un « défouraillage rapide » qui frappe violemment tous les ennemis à l’écran. Mais changer de sabre sert également à éviter que celui que vous utilisez actuellement se brise. En effet, chacun de vos sabres dispose d’une jauge d’endurance. Lorsque vous repoussez une attaque ennemie en frappant avec votre lame, ou que vous utilisez l’attaque secrète propre au sabre que vous utilisez, cette jauge diminue. Une fois vide, le sabre se brise, vous subissez des dommages et vous devez changer de lame pour que celui qui vient de se casser recharge son énergie dans son fourreau. Savoir changer de sabre au bon moment et éviter de les briser autant que possible est fondamental pour se tirer des combats difficiles. De plus, lorsque vous terminez un combat, vous pouvez obtenir divers bonus d’expérience si vous avez réalisé certaines conditions précises (finir le combat en moins de vingt secondes, ne pas se faire toucher, attaquer sans relâche…).

Il est également important de comprendre le concept des âmes. Lorsque vous battez un ennemi ou que vous collectez des flammes vertes durant les phases de déplacement, votre capital d’âmes augmente. Obtenir des âmes a deux utilités : tout d’abord, les âmes que vous obtenez rechargent la jauge d’endurance de votre sabre même si celui-ci n’est pas dans son fourreau (cette endurance peut également être rechargée en sauvegardant la partie ou en visitant une source chaude de montagne). Ensuite, collecter un maximum d’âmes permet de forger de nouveaux sabres plus puissants.

Le forgeage est en effet au cœur du gameplay du jeu. Vous commencez la partie avec trois sabres de base ; rapidement, vous pouvez forger de nouveaux sabres selon un système d’arborescence. Plus vous forgez de sabres, plus le nombre de sabres que vous pouvez forger augmente ; toutefois, il faut atteindre un niveau donné avant d’équiper certains sabres, et certains ne s’obtiennent qu’en battant des boss. Précisons qu’il existe deux types de sabre : les katana, plus courts mais plus puissants, et les nodachi, disposant d’une meilleure allonge mais moins puissants. Pour forger un sabre, il faut posséder suffisamment d’âmes et d’esprit. Le moyen d’obtenir des âmes a déjà été évoqué ; quant à l’esprit, il faudra en récupérer… en se nourrissant !

Odin Sphere avait déjà introduit le concept de la nourriture qui augmentait vos aptitudes ; The Demon Blade le reprend. Vous rencontrerez sur votre route des restaurateurs chez qui vous pourrez vous restaurer moyennant quelques pièces ; plus la nourriture que vous mangez est de qualité, plus vous obtiendrez d’esprit ! Mais rapidement, aller chez un restaurateur devient fastidieux ; comment regagner de l’esprit si l’on doit pour cela traverser trois régions ? Heureusement, vous croiserez sur votre route des marchands qui, en plus des habituelles cartes et objets de soin, vendent des recettes de cuisine et des ingrédients ! Il devient alors possible, via un menu dédié, de cuisiner vous-même pour récupérer de l’esprit. De plus, une fois que vous avez mangé, votre personnage est en état de satiété pendant quelques instants, ce qui décuple sa puissance et sa résistance.

Parlons à présent des accessoires. En plus des sabres que vous pouvez équiper, il est possible de se munir d’un accessoire à la fois ; vous pouvez obtenir des accessoires en battant certains boss, dans des coffres durant les phases de déplacement, ou bien auprès des marchands. Chaque accessoire a une fonction différente ; augmentation de la défense, baisse de la fréquence des rencontres d’ennemis, augmentation de l’argent reçu à la fin d’un combat…

Malgré ce gameplay qui, comme vous avez pu le constater, propose une multitude d’options au joueur, on peut reprocher certains points à la jouabilité du titre. Tout d’abord, l’idée d’avoir assigné le saut à une poussée du stick directionnel vers le haut conduit parfois à un manque de précision qui peut se révéler dommageable durant les combats ou durant certains phases de plates-formes, qui deviennent ainsi inutilement difficiles. De plus, il faut savoir que chaque fois que vous battez un boss, vous obtenez un sabre capable de détruire les barrières d’une certaine couleur, ce qui vous donne accès à une ou plusieurs nouvelles régions. Le titre peut donc devenir répétitif par moments, puisque les longs allers-retours sont fréquents et que, contrairement à un Metroid qui emploie ce même système d’allers-retours, les zones annexes ou les bonus à collecter ne sont pas très nombreux, du moins durant la première partie.

Un point de sauvegarde, rien de tel pour se régénérer.

Une histoire narrée

Le jeu propose deux histoires entre lesquelles vous pouvez alterner comme vous le voulez : celle de Kisuke et celle de Momohime. Les deux histoires ne présentent que peu de différences ; à part le fait que votre personnage change et que vous visitez les différentes régions dans un ordre différent, tout reste identique. Chacun des deux scénarii est divisé en huit actes, chaque acte se concluant lorsque vous battez un boss. La longueur des deux histoires est sensiblement équivalente ; comptez six à huit heures pour finir une histoire, soit une durée de vie de douze à quinze heures pour compléter le jeu en ligne droite.

Toutefois, une fois le jeu terminé, de nombreux contenus annexes sont à découvrir. Tout d’abord, vous rencontrerez tout au long de votre chemin des souches protégées par des barrières de couleur. Si vous possédez le sabre correspondant, vous pouvez détruire la barrière et entrer dans la souche ; vous y rencontrerez des vagues d’ennemis dont il faudra venir à bout pour obtenir une récompense. D’autres souches sont protégées par une barrière blanche ; à vous de découvrir comment y entrer, mais sachez que ces souches renferment des défis très relevés… Le titre aide toutefois le joueur, puisqu’avant d’entrer dans une souche, le niveau minimal recommandé pour triompher de ce défi est indiqué. Vous pouvez également tenter d’obtenir les fins alternatives (deux par personnage, pour un total de six fins) ou essayer de forger les 108 sabres du jeu. Au total, si vous voulez obtenir toutes les fins, forger tous les sabres et compléter toutes les souches avec les deux personnages, vous pouvez tabler sur une trentaine d’heures de jeu. En revanche, le fait que les souches proposent des défis identiques (hormis le changement d’ennemis, bien sûr) peut avoir tendance à lasser.

En ce qui concerne la difficulté, le joueur a le choix entre deux modes au début de la partie : Muso (qui correspond au mode Normal) et Shura (qui correspond au mode Difficile). Il est par ailleurs possible de changer de mode de difficulté à tout moment dans le menu. Même en Muso, certaines séquences se révèlent particulièrement ardues, notamment vers la fin du jeu ; il est donc fortement déconseillé de commencer en mode Shura, qui propose quant à lui un défi très ardu. Si vous parvenez à triompher d’un des deux boss finaux en mode Shura, vous débloquerez le mode Shigurui, qui correspond à la difficulté du mode Shura… couplé au fait que vous ne disposez que d’un seul point de vie tout au long du jeu ! Ce mode d’une extrême difficulté est ainsi à réserver aux joueurs les plus téméraires.

C’est l’heure de casser la croûte dans ce restaurant tenu par la vieille dame.

Tradition !

L’OST est dans l’ensemble réussie. Bien que les thèmes ne soient pas franchement inoubliables, la musique réussit toujours à correspondre à l’ambiance de la situation que vit le joueur. Assez logiquement compte tenu du cadre dans lequel prend place le titre, la bande-son est d’inspiration fortement japonaise, et les notes de flûte et de harpe se font régulièrement entendre. La plupart des mélodies sont donc calmes et apaisantes. Mais le jeu réussit toutefois à marier ces instruments « traditionnels » à d’autres, plus adaptés à des mélodies entraînantes, pour les thèmes de combat ou de boss ; il n’est donc pas rare d’entendre des solos de batterie assourdissants accompagnés de sifflements émis par une flûte. On reprochera peut-être aux différents thèmes d’être un peu trop répétitifs.

Les bruitages sont quant à eux de qualité ; le bruit de la lame qui vole en éclats, d’une bombe qui explose ou encore des différents coups de sabre portés aident véritablement le joueur à se sentir immergé dans l’aventure. Le doublage, exclusivement en japonais, est de très bonne facture, retranscrivant bien les émotions, et teinte encore un peu plus ce jeu d’une ambiance profondément nippone.

Je laisse l’image vous subjuguer.

All your base are belong to us, version 2009

Le jeu propose deux histories à suivre en parallèle : celle de Kisuke et celle de Momohime. Kisuke est un jeune assassin qui semble avoir perdu la mémoire, poursuivi par un clan de ninjas qu’il aurait trahis. Momohime est quant à elle une jeune princesse possédée par l’âme de l’assassin Jinkuro ; celui-ci utilise le corps de Momohime pour retrouver Yukinojo, épéiste de renom dont il voudrait posséder le corps.

Le titre propose de très nombreuses références au folklore et à la culture japonaise, tant dans le choix des ennemis que des différents personnages rencontrés. Ainsi, il vous sera donné d’affronter des oni, des dieux du panthéon shinto, des shoguns célèbres ou encore des yokaï. Les lieux visités sont également ancrés dans les croyances japonaises. Le joueur étant familier avec cette culture sera donc ravi de voir le travail qu’ont effectué les développeurs de Vanillaware sur ce point.

Toutefois, un point noir de taille vient entacher ce tableau : la traduction. Muramasa : The Demon Blade a été distribué en Europe et aux Etats-Unis par Ignition, connu pour ses traductions souvent bâclées. Hélas, ce titre ne fait pas exception à la règle ; l’histoire est franchement difficile à suivre et très confuse du fait d’une traduction vraiment moyenne. Certaines phrases n’ont aucun lien avec la conversation en cours, d’autres sont amputées de plusieurs mots, certaines ont carrément été censurées… Il est vraiment très regrettable de voir qu’une histoire, certes simple mais réelle en version originale devient aussi peu compréhensible faute d’une traduction de meilleure qualité.

Les ennemis volants sont les plus difficiles à atteindre.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Difficile de ne pas reconnaître l’incroyable beauté qui suinte de chaque décor du jeu. Les couleurs sont absolument sublimes, les arrière-plans font penser à des estampes japonaises, l’animation est fluide et fait par moments penser à un tableau amené à la vie, les décors sont d’une grande variété, sans oublier un design des ennemis inspiré des légendes japonaises. Muramasa : The Demon Blade est peut-être le plus beau jeu de la Wii.

Jouabilité : Avec des affrontements extrêmement nerveux ne laissant pas une seconde de répit au joueur, un système de forgeage intuitif et l’importance que prend la cuisine, The Demon Blade est un titre diablement plaisant à jouer. Les sauts légèrement imprécis et la relative répétitivité que peuvent acquérir les déplacements ne nuisent finalement que peu au plaisir de jeu, mais méritent d’être soulignés.

Durée de vie : Finir les deux scénarios en ligne droite ne vous prendra pas plus d’une quinzaine d’heures. Toutefois, si la répétitivité que peuvent prendre les défis annexes ne vous affecte pas, vous pouvez facilement doubler cette durée de vie avec les souches qui abritent des vagues d’ennemis à terrasser, les 108 sabres à obtenir, les six fins à visionner et les trois modes de difficulté à expérimenter.

Bande-son : Loin d’être inoubliable, la bande-son se révèle toutefois agréable à écouter avec des morceaux adaptés aux différentes situations. Le mariage entre instruments traditionnels et modernes se révèle étonnamment plaisant, de même que les bruitages qui collent bien à l’action. Le doublage entièrement japonais achève quant à lui de nous immerger dans l’ambiance. 

Scénario : Les deux histoires ne sont pas très développées mais se laissent suivre sans problème, même si elles ne sont en vérité qu’un prétexte à l’action. Dommage en revanche que la traduction soit si mauvaise. On se consolera avec de très nombreuses références aux mythologies japonaises et à leurs myriades de monstres, qui permettent de renforcer l’impression d’évoluer dans un Japon féodal du début du dernier millénaire. 

Conclusion : Avec Muramasa : The Demon Blade, Vanillaware accouche d’un titre majeur sur la dernière console de salon de Nintendo. Doté de graphismes absolument sublimes et d’un gameplay jouissif autant que facile à prendre en main, le soft propose également un contenu optionnel riche et une ambiance tout à fait délectable, profondément inspirée des contes et légendes japonaises. Malgré une certaine répétitivité et une traduction calamiteuse, The Demon Blade est un excellent investissement sur Wii.