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Fort du succès du premier opus sur le Vieux Continent, Capcom décide de récidiver et propose au public occidental la suite de sa simulation d’avocats, un an après la sortie du premier opus. Ce deuxième volet conserve-t-il les qualités de son prédécesseur ? Réussit-il à suffisamment se renouveler ? Réponse dans ce test.

Des cheveux toujours aussi bien coiffés

Portage de la version Game Boy Advance exclusivement sortie au Japon, Justice for All présente des graphismes qui se veulent donc relativement simples. S’ils ne font certes pas honneur aux capacités techniques de la Nintendo DS, ils conservent toutefois cette patte assez unique qui caractérise la série, avec ce petit style « manga » que l’on retrouve tant dans les décors que dans les animations et bien sûr le chara design.

Parlons-en de ce fameux character design ! Dans l’esprit du premier opus, les personnages se veulent toujours aussi rocambolesques et leur style visuel souvent délirant n’a d’égal que leur personnalité hors du commun. Toutefois, ce deuxième opus étant dans l’ensemble plus sombre que le précédent, l’apparition de personnages au style malsain ou provocateur est bienvenue et permet de renforcer par moments la tension dramatique.

Vous serez amenés à visiter de nombreux environnements pour dénicher des indices.

Qui a une épingle à cheveux spirituelle ?

Le gameplay global de ce deuxième opus ne révolutionne en rien la série : le jeu est une nouvelle fois divisé en phases de recherche durant lesquelles il s’agira de fouiller différents lieux à la recherche d’indices divers et en phases de procès qui vous amèneront à interroger divers témoins pour faire éclater les contradictions de leur témoignage. Les mécanismes de jeu ayant été décrits de façon précise dans le test du premier opus, à savoir Phoenix Wright : Ace Attorney, je ne m’attarderai pas de façon détaillée sur cet aspect.

Abordons plutôt les innovations apportées par ce second opus : tout d’abord, l’on constate qu’il est maintenant possible de présenter durant les procès les fiches d’identité de chaque personnage rencontré en plus des preuves récoltées. Cela rend les procès encore plus intéressants puisqu’il est maintenant nécessaire de réfléchir encore plus avant d’exhiber une pièce à conviction. On regrettera toutefois que, contrairement au premier opus, Justice for All n’ait pas bénéficié de l’ajout d’une affaire supplémentaire exploitant les capacités de la DS.

La seconde innovation, et sans doute la plus importante, concerne le système des verrous-psyché. A partir de la deuxième affaire, Phoenix obtient un talisman (nommé le Magatama) qui lui permet de lire l’âme des gens et de savoir si ceux-ci lui cachent un élément important. Ces dissimulations sont modélisées par des cadenas (les fameux verrous-psyché) apparaissant à l’écran, dont le nombre varie entre un et cinq. Plus il y aura de verrous-psyché, plus il sera ardu de dévoiler le secret. Pour dévoiler chaque secret, il faut présenter des preuves ou des fiches d’identité aux personnes récalcitrantes. Ces sortes de « mini-phases de procès » sont soumises aux règles des pénalités et il ne faudra pas espérer présenter des preuves à tort et à travers sous peine de devoir recommencer la joute psychologique. Originales, ces phases de jeu ont le mérite de relever l’intérêt des phases de recherche qui sombrent parfois dans la monotonie.

La pauvre Maya semble au fond du gouffre.

La longueur des chapitres augmente de façon exponentielle

Le jeu comporte quatre affaires, soit une de moins que Phoenix Wright : Ace Attorney. Cependant, la plupart de ces affaires sont relativement longues et sauront vous tenir en haleine un bon moment. La première affaire, relativement courte, nous met aux commandes d’un Phoenix subitement devenu amnésique : une manière habile pour les développeurs de faire de ce premier procès un didacticiel bienvenu pour les joueurs découvrant la série avec ce volet. Dans l’ensemble, comptez entre dix et quinze heures pour venir à bout du titre.

Comme cela avait été évoqué dans le test de l’opus précédent, Justice for All reste un jeu qu’on prend plaisir à refaire quelque temps après l’avoir terminé pour se replonger dans cette ambiance toute particulière et pour redécouvrir les révélations scénaristiques toujours aussi efficaces.

Franziska von Karma a le fouet facile ; prenez garde…

Mais où est passée « Cornered » ?!

La bande-son de Justice for All se révèle être une légère déception. Si les pistes agréables à écouter restent de la partie, aucun thème du jeu ne peut vraiment être qualifié de mémorable et la qualité globale de la bande-son est très inférieure à celle du premier opus. Plus sombre, l’OST de ce deuxième volet n’est pas une franche réussite et il est probable qu’aucune ne vous reste en tête, au contraire de Phoenix Wright premier du nom qui proposait une multitude de pistes excellentes.

Les bruitages sont tout de même un point fort et contribuent plus qu’avant à l’humour du jeu : accompagnant de façon spectaculaire les différentes situations traversées, ils se révèlent très agréables et renforcent l’immersion.

Percer les verrous-psyché ne sera pas de tout repos.

Tous les compliments qui vont suivre ne s’appliquent pas à la troisième affaire

Le scénario de Justice for All, laissera certes une bonne impression au joueur, mais celle-ci sera entachée par quelques défauts et cela sera encore plus flagrant pour qui aura découvert la série par le biais du premier volet. Tout d’abord, il convient de souligner la traduction française, qui est émaillée de fautes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire particulièrement déplorables qui nuisent considérablement au confort de jeu, d’autant plus que nous avons affaire à un point n’ click au gameplay fondé sur le texte…

De plus, les affaires sont d’une qualité assez inégale : le premier opus proposait une deuxième, une quatrième et une cinquième affaire sombres et tragiques dont le ton savait angoisser le joueur et lui faire vivre des instants de suspense palpitants, sans oublier la troisième affaire plus détendue et amusante. Ici, si les deuxième et quatrième affaire sont très noires (la quatrième affaire est l’une des plus violentes de la saga) et instaurent une ambiance dramatique de toute beauté, la troisième affaire n’est qu’une succession de situations invraisemblables, de personnages tellement excentriques qu’ils en deviennent terriblement agaçants et de plaisanteries potaches qui ne font même plus sourire après quelques minutes de jeu. Si les trois autres procès restent de véritables merveilles d’écriture, difficile de digérer cette troisième partie qui est considérée par l’immense majorité des joueurs comme un affront à la qualité globale de la série.

Passons donc sur cette heure sombre de la série des Ace Attorney et concentrons-nous sur les trois autres affaires. Comme je le précisais, celles-ci sont une franche réussite et possèdent chacune un atout qui les rend particulièrement mémorables : ainsi, la première affaire permet le retour de certains personnages et pose le cadre du jeu, la deuxième apporte les premiers jalons d’une intrigue globale qui se concrétisera dans le troisième épisode de la série et la quatrième est – comme je l’ai déjà précisé – particulièrement noire et tragique, psychologiquement violente par moments et constitue peut-être l’affaire la plus mature de l’ensemble de la série. Le suspense est une nouvelle fois insoutenable par moments et vous serez émerveillés de constater la cohérence de chaque affaire une fois toutes les pièces du puzzle rassemblées (hormis, hélas, pour la troisième affaire…).

En ce qui concerne les personnages, les joueurs fidèles depuis le début de la série seront heureux de retrouver leurs personnages fétiches : Phoenix, Maya, Mia ou l’inspecteur Dick Tektiv sont de la partie. On note l’apparition de plusieurs personnages importants qui auront un rôle décisif dans plusieurs affaires de cet opus et du suivant : Pearl Fey, la petite cousine de Maya, est une médium dotée de dons exceptionnels ; Morgan Fey, sa mère, est la chef du clan Kurain ; n’oublions pas non plus le procureur qui tiendra la vedette dans cet opus, à savoir Franziska von Karma (fille de Manfred von Karma que l’on affronte dans la quatrième affaire du jeu précédent) et dont le fouet saura calmer les ardeurs de nombreux protagonistes (dont Phoenix…). Certains personnages secondaires font également leur retour, tels qu’une certaine photographe marseillaise ou encore une gardienne de sécurité âgée… En ce qui concerne les personnages inédits, ils sont pour la plupart très intéressants et certains risquent de vous marquer durablement, mais je n’en dirai guère plus…

La première affaire fait une nouvelle fois office de didacticiel.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Si les graphismes sont d’une qualité de Game Boy Advance, le style manga est conservé et donne toujours à l’ensemble visuel une touche assez unique.

Jouabilité : On regrettera que le gameplay apparu dans la cinquième affaire du jeu précédent et faisant appel aux fonctionnalités tactiles de la DS n’ait pas été réutilisé. Toutefois, l’apparition du système de verrous-psyché se révèle particulièrement original et permet de donner plus de dynamisme à des phases de recherche qui en avaient grandement besoin.

Durée de vie : Avec une affaire en moins que l’opus précédent, la durée de vie de ce Justice for All est donc relativement réduite. Comptez un peu plus d’une dizaine d’heures pour voir défiler les crédits. Toutefois, comme pour tous les jeux de la série, la rejouabilité est élevée du fait de la qualité des scénarii.

Bande-son : On ne pourra s’empêcher d’être déçu en constatant la qualité de cette bande-son. Certes, les thèmes intéressants et agréables à écouter existent, mais bien peu sont réellement marquants ou mémorables, à l’inverse du premier opus qui proposait une moisson de mélodies inoubliables. Les bruitages restent toutefois un point positif.

Scénario : Hormis une troisième affaire à oublier et une traduction assez calamiteuse, le script reste particulièrement intéressant. Les procès sont toujours aussi rocambolesques et la dimension tragique reste prépondérante. N’oublions pas l’humour qui saura égayer vos parties et les personnages, pour la plupart très attachants. 

Conclusion : Suivant la voie empruntée par son prédécesseur, Justice for All ne prend que peu de risques et se veut donc similaire au premier opus. Dommage qu’une bande-son moins entraînante que par le passé et un troisième procès inintéressant viennent noircir le tableau ; toutefois, le jeu reste à essayer pour son script très intelligent et l’immersion assez incroyable qu’il procure. Le deuxième opus de la série Ace Attorney est donc un jeu à recommander, et d’autant plus pour ceux qui ont apprécié le premier volet.

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