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Les Japonais ont toujours été particulièrement imaginatifs en ce qui concerne les thèmes de jeux vidéo plus improbables les uns que les autres. Le plus incroyable, c’est que ça fonctionne ! Débutée en 2001 sur Game Boy Advance, la série Gyakuten Saiban s’est exportée dans nos vertes contrées sur Nintendo DS, sous le doux nom d’Ace Attorney. Vous proposant d’incarner un avocat de la défense chargé de laver le nom de ses clients dans des enquêtes policières rocambolesques, chacun des jeux de cette saga a su se constituer une véritable communauté de fans. Alors, pourquoi la série, et notamment le premier épisode, sont-ils autant appréciés des joueurs ? Réponse dans ce test.

Mangaaaaaaaaaa !

Les jeux Ace Attorney étant des portages de jeux Game Boy Advance, leur qualité technique n’est donc pas impressionnante. Le jeu se propose comme une succession de plans fixes, sur lesquels sont inclus les personnages. Premier constat : les arrière-plans fixes sont pour la plupart peu réussis, avec peu de détails et un graphisme relativement sommaire. De plus, chaque personnage dispose d’une palette d’animations simplistes prédéfinies, qu’ils effectuent en fonction de leur attitude, de leurs émotions ou de leur discours.

Le plus bel aspect du jeu reste cependant le design des personnages. Celui-ci est en effet très typé manga, avec de nombreux protagonistes qu’on jurerait tout droit sortis d’un Shonen Jump. Leur apparence est suffisamment unique et invraisemblable pour laisser une impression forte au joueur ; on ne peut donc que saluer l’effort fourni par l’équipe de Capcom.

Phoenix semble pensif.

Objection !

Le gameplay de ce premier épisode (comme ceux des épisodes suivants) se fonde sur deux parties, à la jouabilité bien distincte.

Dans les premières phases, dédiées à l’exploration et l’enquête, vous progressez comme dans un point’n click classique. Vous pouvez vous déplacer dans différents environnements, discuter avec différents personnages et leur présenter des pièces à conviction pour aborder de nouveaux sujets de conversation, ainsi qu’examiner les décors afin de récolter des pièces à conviction. Ces pièces à conviction sont d’une importance cruciale : présenter la preuve adéquate à quelqu’un peut souvent aboutir à un nouvel évènement, et vous devez également en récolter un maximum pour le procès.

En effet, Ace Attorney étant une « simulation d’avocat », vous serez amené à fréquenter les salles d’audience. Comment cette seconde partie se traduit-elle en termes de gameplay ? Au cours du procès, différents témoins seront amenés à comparaître afin de présenter leur déposition. Une fois celle-ci présentée commence le contre-interrogatoire. Lors de celui-ci, votre leitmotiv est de trouver des failles dans la déposition du témoin. Vous pouvez attaquer chaque partie de la déposition pour obtenir des informations supplémentaires et poser des questions, ce qui peut amener le témoin à modifier son témoignage et, qui sait, se contredire. Si vous pensez qu’une partie de son témoignage ne concorde pas avec une pièce à conviction du dossier, vous pouvez lancer une objection afin de mettre en lumière les failles de la déposition, et ainsi obtenir une nouvelle déposition, voire un nouveau témoin. Prenez cependant garde ! Si votre objection est infondée, le juge vous pénalise et au bout de cinq pénalités, c’est la fin du procès… Heureusement, il est possible de sauvegarder à tout moment de la partie.

Les textes et l’observation jouent donc un rôle prépondérant dans le gameplay : il vous faudra être à l’affut de chaque bribe d’information et connecter chaque nouvel élément aux autres afin de progressivement remettre en place les pièces du puzzle. Pour récolter des indices, vous devrez également fouiller chaque recoin à la recherche du moindre objet suspect. Le jeu réclame donc une attention de tous les instants et un sens de la logique développé, et c’est un véritable plaisir que de récolter des indices, d’interroger des témoins, de bâtir son argumentation et de faire éclater les contradictions au grand jour.

Pour les plus intrépides, sachez que le microphone intégré à la Nintendo DS vous permettra de crier « Objection ! », « Prends ça ! » ou encore « Un instant ! » afin de pimenter le cours de vos procès. Une cinquième affaire, exclusive à la version DS, a de plus été ajoutée, et tire parti des fonctionnalités de la console : vous pourrez ainsi examiner vos preuves sous toutes les coutures grâce au stylet ou souffler sur de la poussière pour révéler des indices grâce au microphone.

On pourra toutefois reprocher à Phoenix Wright une linéarité extrême : si vous ne présentez pas le bon élément, à la bonne personne et au bon moment, vous ne pourrez pas progresser dans le scénario, ce qui peut conduire à des moments de frustration, où l’on tourne en rond sans plus savoir quoi faire. Cependant, souvenons-nous que ce problème peut être imputé au fait même que le jeu soit un point n’ click.

Mia Fey est le mentor de notre avocat fraîchement diplômé.

Je rappelle que dans la vraie vie, un procès dure plus de trois jours…

Qu’en est-il de la durée de vie ? Le jeu est divisé en cinq affaires, faisant chacune intervenir des acteurs et des lieux différents (malgré la présence de personnages récurrents). Si la première affaire est relativement courte, ne comportant qu’une phase de procès et servant de didacticiel, chacune des quatre affaires suivantes compte deux à trois phases de procès, et autant de phases d’enquête !

Malgré la présence d’énigmes et les difficultés parfois rencontrées, Phoenix Wright n’est pas un jeu excessivement difficile, et le terminer une première fois ne devrait guère durer plus d’une quinzaine d’heures. Phoenix Wright se rapproche pourtant d’un bon livre : même si l’on connaît le fin mot de l’histoire depuis longtemps, on se surprend à y rejouer, ne serait-ce que pour le plaisir de faire travailler nos cellules grises et pour redécouvrir les révélations scénaristiques successives, toujours aussi efficaces.

Si le coupable est révélé dès l’introduction dans les deux premières affaires, ce n’est plus le cas par la suite.

Si cette musique était jouée dans les salles d’audience, y aurait plus d’avocats, c’est moi qui vous le dit !

Assez étonnamment lorsqu’on sait que ce n’est en général pas l’aspect le plus fouillé dans les point’n click, la bande-son de ce premier épisode se révèle de très bonne qualité. La grande majorité des thèmes sont vraiment entraînants et collent à l’ambiance ; certains sont même passés à la postérité et devenus cultes, comme « Objection », qui se lance lorsque Phoenix met le doigt sur une contradiction ou « Cornered », musique épique très rythmée que l’on peut entendre à la fin d’un procès, lorsque le témoin est sur le point de craquer.

Les thèmes des personnages ne sont pas en reste : chacun sait correspondre à la personnalité du protagoniste qu’il accompagne, et si l’on pourra toutefois regretter l’utilisation d’un même thème pour plusieurs personnages, force est de constater que le travail effectué est de bonne facture et immersif.

Concluons sur les bruitages : relativement peu réalistes, ils ont tout de même le mérite de coller à l’ambiance graphique typée « manga » du jeu.

Entendre Phoenix crier ce mot procure toujours un frisson.

Phoenix Wright, le premier livre électronique en exclusivité sur Nintendo DS

Dans un point’n click, l’aspect primordial du jeu, qui détermine une grande partie de la qualité du titre, est bien entendu le scénario. Ne vous faisons pas languir : celui de ce premier opus est réellement très réussi.

Phoenix Wright est donc un jeu d’aventure textuel, où vous passerez les neuf dixièmes de votre temps à lire, sinon plus. Chacune s’ouvre sur un prologue bien mystérieux, se concluant la plupart du temps par un meurtre. Un joyeux drille qui passait par là se retrouve impliqué, et ce sera à vous qu’il incombe de blanchir son nom.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la cohérence parfaite de chaque affaire. Malgré les nombreux mystères qui apparaissent au fur et à mesure de votre progression, aucun n’est occulté et toutes vos interrogations trouveront une réponse logique avant le dénouement de l’affaire. Le scénario est en vérité très bien écrit, et j’hésite à peine à affirmer qu’il est réellement digne d’un bon polar.

Phoenix Wright, c’est également un suspense à couper le souffle : lors des phases de procès notamment, la tension atteint son paroxysme, et l’on se sent réellement impliqué dans le combat de notre avocat, qui va devoir retourner une situation semblant quasiment perdue. Les retournements de situation et les rebondissements inattendus sont en effet légion, mais aucun d’entre eux ne semble trop grossier ou mal intégré au reste du script : tout évènement a une place parfaitement définie dans le scénario, et vous vous surprendrez certainement à retenir votre respiration à l’approche d’un moment décisif de l’audience…

Mais Phoenix Wright : Ace Attorney, c’est avant tout une galerie de gueules toutes plus marquantes les unes que les autres. Chaque personnage que vous serez amené à rencontrer dispose d’une personnalité bien trempée et d’un design extravagant qui fait mouche, même si l’on peut regretter le côté stéréotypé de certains. Certains protagonistes sauront vous faire rire aux éclats par leur excentricité, d’autres vous émouvront par leurs histoires tragiques, vous intrigueront par le mystère qui les entoure, vous révulseront en raison de leurs actes horribles, vous angoisseront même parfois du fait de leur personnalité machiavélique.

Ce premier opus introduit également les figures emblématiques de la série : Phoenix, notre jeune héros un peu gauche ; Mia Fey, mentor de Phoenix et avocate de renom ; sa petite sœur Maya Fey, médium et assistante autoproclamée de « Nick » ; Benjamin Hunter, procureur de légende cachant un lourd passé ; Paul Defès, le meilleur ami encombrant de Phoenix ; sans oublier l’inénarrable Dick Tektiv, le flic le plus incompétent et gaffeur de toute l’histoire du jeu vidéo.

Phoenix Wright, malgré son scénario complexe et recherché, est également un jeu bourré d’humour : que ce soient le comportement imprévisible des personnages, les dialogues truculents, ou même les jeux de mots composant les noms des personnages, beaucoup d’éléments sont prétextes au rire dans ce jeu. L’humour est d’ailleurs une marque de fabrique de la saga.

Cette vieille femme est l’un des personnages les plus hilarants du jeu.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Malgré des animations simplistes et des arrière-plans peu inspirés, le design des personnages est suffisamment unique et particulier, avec un style manga très présent, pour rattraper l’ensemble. Rappelons-nous également que le jeu est un portage depuis la Game Boy Advance… 

Jouabilité : Phoenix Wright : Ace Attorney est un point’n click textuel très classique pour ce qui est des bases : récolter des éléments, dialoguer avec des personnages, résoudre des énigmes, rien de nouveau sous le soleil. Les phases de procès sont cependant très bien intégrées et réellement dynamiques, et réussissent à donner un cachet inimitable au jeu. On soulignera l’effort apporté pour mettre en valeur les capacités de la DS, avec notamment une cinquième affaire au gameplay totalement remanié.

Durée de vie : Relativement court pour un jeu de ce genre, il ne vous faudra guère plus d’une quinzaine d’heures pour venir à bout des cinq affaires proposées. Cependant, le jeu est tellement bien mené que, même en connaissant le scénario, on se surprend à y revenir, comme on le ferait avec un bon roman.

Bande-son : La bande-son est réellement un des points forts du jeu, avec des thèmes très réussis, correspondant parfaitement à l’ambiance, et une très bonne qualité d’écoute malgré les limitations inhérentes au support. Le jeu se paye même le luxe de proposer un doublage français, certes minime et ne couvrant que trois lignes de texte, mais là encore réussi. Les bruitages sont quant à eux corrects. 

Scénario : Tout point’n click digne de ce nom se doit d’avoir un grand scénario. C’est chose faite dans ce premier opus, avec des personnages à la personnalité très bien développée, un suspense parfois insoutenable, un travail d’écriture et une cohérence que ne renieraient pas certains polars, et une dose d’humour non négligeable. A n’en pas douter, l’un des jeux les plus aboutis de la machine sur ce plan. 

Conclusion : Si les années 2000 n’auront pas vu passer beaucoup de point’n click, Phoenix Wright : Ace Attorney aura su marquer les esprits. Avec un concept d’une originalité incroyable, un gameplay efficace, des musiques réussies et un scénario de haute volée, ce premier opus s’inscrit sans hésitation au rang des point’n click de très haute qualité, et figure aisément parmi les meilleurs jeux de la Nintendo DS.

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