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Quand il s’agit de lister les jeux les plus innovants de la décennie, Portal occupe souvent une place de choix dans le débat. Sorti en 2007, le jeu a presque instantanément généré un phénomène mondial et suscité une communauté de fans captivés par les mécanismes de gameplay et l’ambiance du jeu. Quatre ans et un deuxième épisode plus tard, que retiendra-t-on de Portal premier du nom ? Est-il vraiment si incroyable ? Réponse dans ce test.

Tous au bloc opératoire !

Les graphismes de Portal sont, à l’image du jeu, uniques en leur genre. Le jeu se déroulant dans un complexe scientifique rutilant, les décors sont très minimalistes. La couleur blanche est omniprésente et les décors traversés sont d’une propreté immaculée, avec un minimum de détails pour correspondre à l’ambiance aseptisée du jeu. Il faut attendre la fin de l’aventure pour visiter des zones plus détaillées, avec plus de nuances de couleurs ou d’éléments.

On pourra toutefois regretter que l’ensemble soit parfois un peu trop vide. Même en s’efforçant de garder à l’esprit que ce choix artistique était probablement indispensable pour un jeu tel que Portal, la vacuité des décors fait quelque peu soupirer et certaines textures sont de même franchement laides ; un bilan mitigé donc.

De nombreuses énigmes nécessitent de déposer des cubes sur des interrupteurs.

First Person Puzzle

C’est à travers cette dénomination un peu humoristique qu’était caractérisé Portal au moment de sa sortie, la vue étant en effet à la première personne. L’aventure se décline en dix-neuf salles de test, suivies d’une partie un peu plus longue dans un environnement particulier. Chacune de ces salles est l’occasion de découvrir des énigmes dont il faudra triompher afin de pouvoir emprunter l’ascenseur conduisant à la salle suivante. Il est ainsi possible de sauter, de saisir des blocs pour les déposer ailleurs, de courir… Jusque-là, rien de bien novateur.

C’est sans compter sur le « générateur de portails » ou Portal Gun en VO. Cette arme vous permet de générer d’un clic gauche de la souris un portail bleu, et d’un clic droit, un portail orange. La particularité de ces portails est qu’entrer dans l’un vous fait automatiquement ressortir par l’autre ! Le gameplay devient alors d’une variété et d’une richesse démentielle. Une plate-forme inaccessible car trop en hauteur ? Posez un portail au sol et un autre sur un mur adjacent à cette plate-forme pour y accéder sans encombre. Un bloc à déposer sur un interrupteur hors de portée ? Créez un portail sous le bloc et un autre au-dessus de l’interrupteur pour résoudre le problème sans encontre. Les énigmes sont ainsi extrêmement diversifiées et se complexifient au fur et à mesure, faisant travailler nos cellules grises à plein rendement vers la fin du jeu.

Une autre particularité de ces portails est que votre vitesse est conservée en passant d’un portail à un autre, que la vitesse horizontale peut être convertie en vitesse verticale et réciproquement. Avec un peu d’adresse, il est ainsi possible en créant un portail au sol et un autre sur un mur en hauteur, et en tombant successivement dans ces deux portails, d’acquérir une vitesse suffisante pour se propulser vers des zones inaccessibles. Cela semble compliqué à la lecture, mais l’exécution de ces techniques pendant la partie se fait de manière parfaitement fluide et naturelle.

Vous rencontrerez à partir d’un certain point des tourelles de défense qui n’hésiteront pas à vous cribler de balles (éclaboussant au passage les murs de sang) dès que vous entrerez dans leur champ de vision. Il faudra alors à la fois résoudre les énigmes et composer avec les assauts ennemis, ce qui ajoute de la variété et de la difficulté au jeu. L’ensemble n’est cependant jamais insurmontable, et il vous suffira de jugeote, d’observation et de logique afin de triompher des énigmes rencontrées.

C’est à partir de cette salle que les choses se corsent sérieusement.

Le compte à rebours le plus inutile de toute l’histoire du jeu vidéo

Portal est donc divisé en dix-neuf salles de test qui constituent la première partie du jeu, avant d’entamer une seconde partie dans des environnements bien moins standardisés. Les douze premières salles du jeu constituent un simple entraînement et les traverser ne devrait guère vous demander plus d’une à deux heures ; c’est d’ailleurs dans cette douzième salle que l’on obtient le fameux Portal Gun. La difficulté augmente dès la treizième salle pour devenir assez corsée vers la fin du jeu, même si l’on regrettera un boss final d’une simplicité extrême.

La difficulté n’apparaît malheureusement que trop tardivement, ce qui peut laisser un goût amer quand on pense aux millions d’applications que l’on aurait pu concevoir avec un concept d’une telle originalité. En effet, Portal est un jeu extrêmement court : le finir ne devrait guère vous demander plus de cinq heures ! Certes, des niveaux bonus viennent prolonger l’expérience, mais le temps de jeu supplémentaire n’est que d’une heure ou deux. Cette durée de vie minuscule s’explique par le fait que Portal était un jeu expérimental, et que Valve ne s’attendait absolument pas à ce que le titre soit autant plébiscité tant par la critique que les joueurs.

C’est de cette manière que les joueurs ont pu découvrir l’apparence de Chell.

Still Alive

Portal étant dans tous les sens du terme un jeu minimaliste, sa bande-son suit le même chemin. Le jeu ne compte que deux musiques : celle du boss final et celle du générique de fin. Celle-ci, baptisée Still Alive, a été unanimement reconnue comme l’une des chansons de fin les plus réussies, notamment grâce à sa mélodie très simple et pourtant envoûtante, et à ses paroles empreintes d’un cynisme grinçant.

Le doublage ne compte qu’une seule et unique voix, celle de GLaDOS, une intelligence artificielle très évoluée qui guide l’ensemble de vos pérégrinations. La voix froide et métallique de l’ordinateur est parfaitement retranscrite, et il est même possible d’y ressentir des émotions, chose incroyable puisque l’on parle d’une voix robotique. Il s’agit là d’une belle prouesse de la part de l’équipe de Valve. Je ne saurais d’ailleurs que trop vous conseiller de jouer au jeu en anglais, le doublage original étant plus réussi que le doublage français (par ailleurs de très bonne facture).

Le jeu commence de façon très troublante pour le joueur.

The cake is a lie. Oui, c’était prévisible. Oui, vous vous y attendiez tous.

Le jeu commence alors que l’héroïne, Chell, se réveille dans une cellule de confinement du Centre d’Enrichissement Personnel d’Aperture Science. Une voix métallique, celle de l’ordinateur GLaDOS, l’accueille et lui apprend qu’elle a été sélectionnée comme sujet de test pour le laboratoire. Chell va donc traverser une à une les différentes salles de test, guidée par le timbre mécanique de GLaDOS. Le jeu ne possède donc pas de réel scénario.

Il est cependant nécessaire de s’arrêter sur le personnage de GLaDOS. D’abord amicale envers Chell, lui promettant un gâteau si elle réussit tous les tests, elle devient petit à petit plus antipathique, s’autoproclamant menteuse invétérée, n’hésitant pas à se moquer de Chell, et lui conseillant un soutien psychologique. A la fin du jeu, devenue complètement psychotique, elle est prête à tuer Chell sans aucune pitié. La transformation progressive du personnage s’effectue de manière presque imperceptible, avec beaucoup de finesse, et il est très impressionnant de constater le travail d’écriture réalisé sur les répliques de GLaDOS.

Plusieurs de ses répliques sont en effet mémorables. Faisant preuve d’un cynisme rare, adepte de l’humour noir, la plupart de ses répliques sont une véritable délectation pour le joueur qui est bien souvent à la fois hilare et horrifié. Il suffit de l’entendre dire à Chell que le caractère amusant des tests ne les empêche pas d’être très dangereux voire mortels sur un ton parfaitement détaché pour comprendre le sentiment glauque qui caractérise le script du jeu. De même, la désormais célèbre phrase The cake is a lie (« Le gâteau est un mensonge ») fait partie de ces répliques absolument inoubliables qui caractérisent l’ambiance complètement indescriptible du titre.

Portal est également un jeu capable de susciter des sentiments, des pensées ou des émotions que l’on n’aurait pu croire possibles dans un jeu vidéo, du fait de la solitude totale que connaît le joueur tout au long de la partie… Pensez-vous qu’il soit possible de s’attacher à un cube de métal frappé d’un cœur, et d’avoir des regrets au moment de le jeter dans l’incinérateur ? Votre réponse ne sera certainement pas la même avant et après avoir joué à Portal.

On s’arrêtera enfin sur les liens entre Portal et Half-Life, l’autre série de Valve. Bien que ténus, ils existent : il est ainsi possible d’examiner un panneau indiquant qu’Aperture Science et Black Mesa (le complexe scientifique théâtre des jeux de la série Half-Life) sont deux entreprises concurrentes…

Dix-neuf salles de test qui mettront vos méninges à rude épreuve.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Si l’ensemble très minimaliste et épuré est évidemment en adéquation avec la direction artistique du titre, l’ensemble se révèle parfois un peu trop vide et certaines textures trop grossières pour un jeu sorti en 2007.

Jouabilité : D’une intelligence rare, le gameplay révolutionne le monde du jeu de réflexion. Le concept diablement intelligent des portails est exécuté avec brio, et c’est un réel plaisir que de découvrir toutes les subtilités du titre au fur et à mesure des pérégrinations de Chell. L’ensemble est enfin très précis et ne souffre d’aucun bug.

Durée de vie : Extrêmement court, Portal ne devrait guère vous retenir plus d’une demi-dizaine d’heures. Les salles supplémentaires n’augmentent pas cette durée de vie de manière conséquente, et l’ensemble reste bien trop succinct.

Bande-son : Alliant un doublage d’une originalité rare à une chanson de fin mélodieuse autant que cynique, la bande-son est certes aride, mais parfaitement adaptée à l’univers de Portal. 

Scénario : Si le scénario lui-même est totalement inexistant, l’humour cynique du jeu véhiculé par les répliques de GLaDOS est tout bonnement magistral. Il suffit de l’entendre décrire d’atroces mutilations d’un ton parfaitement neutre ou se moquer ouvertement de Chell sans la moindre inhibition pour comprendre le ton glauque et décalé du titre.

Conclusion : Portal est si complexe qu’on ne sait jamais vraiment de quelle façon l’appréhender. Proposant un gameplay d’une inventivité peu commune, le soft se démarque également par son ambiance unique et dépouillée, son humour noir ravageur ou encore le personnage inénarrable de GLaDOS. Certes bien trop court, Portal est cependant l’assurance d’une expérience vidéoludique sans aucun équivalent. Unique, osé, inoubliable.

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