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Dernier jeu Sonic développé sur Dreamcast, et par là même sur une machine de Sega, Sonic Adventure 2 a le plus souvent laissé de bons souvenirs aux joueurs qui ont pu s’y essayer. Quels sont les aspects de ce jeu qui provoquent cette nostalgie ? De plus, question épineuse s’il en est, le jeu parvient-il à se hisser au rang des productions de l’âge d’or Megadrive ? Réponse dans ce test.

Shadow a de la fourrure, Sonic est en plastique.

Pour un jeu sorti au début des années 2000, les graphismes restent acceptables. Les personnages de l’univers Sonic sont bien modélisés et leur animation est devenue plus fluide depuis le premier Sonic Adventure ; mention spéciale aux Chao, ces petites bestioles bleues aux grands yeux ébahis qui feraient fondre le cœur le plus endurci. La trentaine de niveaux du jeu est riche en détails et chacun possède un cachet particulier, même si le choix de scinder le scénario en deux histoires (nous y reviendrons) entraîne la présence de stages similaires. L’ambiance de chaque niveau est en tout cas fidèlement retranscrite : une colonie spatiale à l’abandon, une jungle mystérieuse ou une ancienne pyramide sont quelques-uns des lieux dans lesquels l’immersion du joueur se fait sans encombre.

On regrettera cependant que les personnages aient un aspect un peu trop « plastique » avec des textures parfois trop lisses et brillantes (Shadow étant l’exception à cette règle, sa fourrure ayant été assez bien reproduite), ainsi que l’aspect des personnages humains qui sont, pour parler crûment, vraiment laids.

Le mode 2 joueurs est l’occasion d’incarner d’autres personnages que ceux de l’histoire principale.

Avec Sonic Nettoyant Machine, trois gameplays pour le prix d’un !

Sonic Adventure 2 s’inspire de son prédécesseur, mais en modifie cependant la formule de façon assez radicale. Premier constat : le jeu n’est plus scindé en scénarii se focalisant sur un seul personnage. A la place, Sonic Adventure 2 propose deux histoires nous permettant d’incarner les bons (Sonic, Tails et Knuckles) comme les méchants (Shadow, Rouge, Eggman). Second constat : les phases d’exploration du premier Sonic Adventure, qui avaient été très décriées en raison de leur mollesse et du caractère labyrinthique des environnements traversés, ont été purement et simplement supprimées, laissant place à un enchaînement nerveux de stages qui alterne entre trois gameplays différents, ne laissant aucun répit au joueur.

En effet, la grande innovation de ce Sonic en termes de jouabilité est la présence de trois gameplays correspondant à chaque duo de personnages. Sonic et Shadow se partagent ainsi des stages nerveux, rapides, dans lesquels la vitesse et l’action pure sont à l’honneur. Les mouvements apparus dans le premier Sonic Adventure sont de retour et côtoient de nouvelles aptitudes : la Homing Attack pour se projeter sur un ennemi et le Light Dash pour suivre une rangée d’anneaux sont rejoints par le Somersault, un salto bien pratique pour se faufiler dans des conduits étroits. Ces stages sont bien sûr les plus dynamiques et souvent les plus réussis.

Tails et Eggman sont aux commandes d’un robot de combat (mecha pour nos amis nippons) qui progresse dans les niveaux en tirant sur tout ce qui bouge. Le gameplay de ces phases est inspiré d’un Panzer Dragoon et propose un système selon lequel il est possible de verrouiller jusqu’à vingt cibles en même temps afin d’obtenir des bonus de score. Ces phases sont certes un peu plus lentes mais restent relativement haletantes, le joueur devant en permanence maintenir un feu nourri.

Enfin, Knuckles et Rouge sont plongés dans un environnement fermé à la recherche de trois artefacts (des morceaux de la Master Emerald, par exemple) et ne pourront terminer le niveau qu’à condition de les retrouver tous les trois. Nos deux chasseurs de trésors peuvent bien sûr planer, s’accrocher aux murs, creuser et attaquer. Ils seront aidés par un système de radar qui devient plus actif à mesure que l’on s’approche d’un artefact et d’indices disponibles par le biais de postes de télévision disséminés dans le niveau. Ces phases ont divisé les joueurs, certains les trouvant réussies et faisant appel à la réflexion et l’exploration, tandis que d’autres les considèrent molles, sans intérêt et cassant le rythme du titre. Deux niveaux de l’aventure proposent par ailleurs une course de kart durant laquelle il faut parcourir les sacro-saints trois tours afin de passer à l’étape suivante.

Il est également à noter qu’à l’instar du premier volet de la saga Adventure, nos héros peuvent obtenir des améliorations leur octroyant de nouvelles capacités. Si certaines sont indispensables pour finir l’aventure (on pensera notamment aux Light Shoes de Sonic pour exécuter le Light Dash ou les Shovel Claws de Knuckles pour creuser), d’autres sont optionnelles ou permettent de terminer des missions annexes (la Mystic Melody pour faire réagir les temples de Chaos ou le Laser Blaster de Tails pour gagner en puissance de feu). On soulignera qu’une fois ces améliorations obtenues, elles seront visibles sur les différents personnages durant les cinématiques ; un détail amusant.

Le jeu propose effectivement des missions annexes. Au nombre de cinq par stage, celles-ci proposent toujours les mêmes objectifs : finir le niveau, récupérer cent anneaux, retrouver le Chao perdu (la Mystic Melody est alors indispensable), finir le niveau en temps limité, finir un niveau dont la difficulté a été relevée. A la fin de chaque mission, un rang vous est attribué, basé sur votre score, votre temps, et vos anneaux restants ; le meilleur rang est A, le plus mauvais E. Le score peut être augmenté par le biais de bonus en effectuant certaines actions particulières (verrouiller beaucoup d’ennemis à la fois, récupérer chaque artefact très rapidement et sans indice…).

L’élevage de Chao constitue quant à lui un aspect du soft tellement fouillé qu’on peut parler de jeu dans le jeu ! Vous trouverez au cours de votre partie des boîtes contenant des clés vous permettant l’accès au Chao World. Dans ce monde, il vous sera possible d’élever un Chao : le nourrir, le câliner, l’emmener à l’école pour l’éduquer, lui donner un nom, lui offrir des jouets, lui faire rencontrer l’âme sœur et même lui faire passer un examen médical ! Vous pouvez l’élever avec un personnage bon ou mauvais : cela le transformera en ange ou en démon, et permettra l’accès à de nouveaux jardins (rappelant le paradis et l’enfer, bien évidemment) pour y éduquer vos Chao. Ceux-ci finiront indubitablement par mourir ; mais si vous les avez bien traités, ils se réincarneront. Il paraît même que l’on pourrait obtenir des Chao immortels…

Pour élever un Chao, il est nécessaire de lui donner des animaux et des Chaos Drives collectés dans les niveaux. Ces objets lui permettent d’améliorer ses compétences dans plusieurs domaines différents : la course, la nage, le vol, l’endurance… Une fois votre Chao bien entraîné, il est possible de le faire participer à des courses de vitesse ou des combats de karaté qui vous octroient des récompenses si vous les remportez. L’élevage de Chao se révèle ainsi extrêmement prenant, ayant fait l’objet d’une attention toute particulière, et pourra vous occuper longuement si vous y prenez goût.

Le multijoueur est quant à lui réussi, permettant à deux joueurs de s’affronter dans des épreuves inspirées du gameplay du mode solo. Il sera ainsi possible de réaliser des courses de vitesse, des chasses au trésor, des combats de robots et des courses de kart. Des personnages supplémentaires sont à déverrouiller, notamment Amy, Metal Sonic ou Chaos.

L’ensemble n’est, hélas, pas exempt de défauts : si le jeu se révèle très nerveux et jouissif, on regrettera quelques bugs de collision épisodiques, des sauts parfois mal orientés et des problèmes de caméra coutumiers des Sonic en 3D.

Un niveau basé sur le thème d’Halloween qui donnerait presque des frissons…

Cent quatre-vingts emblèmes pour quelques minutes de bonheur

La durée de l’aventure principale est honnête pour un jeu de plates-formes tel que celui-ci, et est environ dix à douze heures. Cependant, pour peu que vous vouliez partir à la quête des cent quatre-vingt emblèmes, le challenge se révèlera bien plus long et corsé. En effet, chaque mission réussie vous octroie un emblème, finir toutes les missions d’un personnage avec le rang A vous en octroie un autre, et les courses de Chao octroient les derniers emblèmes. Pour compléter le jeu à 100 %, il faut donc terminer toutes les missions avec le rang maximal et remporter toutes les épreuves du Chao World. La durée de vie explose alors et peut dépasser allègrement les trente ou quarante heures de jeu.

Le défi est certes considérable, mais la récompense en vaut la chandelle. L’ensemble du jeu se révèle par ailleurs tellement plaisant et immersif qu’il est possible d’y revenir, ne serait-ce que pour profiter du mode multijoueur ou revivre les passages les plus cultes.

Le premier niveau et sa glissade en skateboard improvisé ont marqué bon nombre de joueurs.

LIVE AND LEAAAAAAAAAARN !

La bande-son de Sonic Adventure 2 est extrêmement pêchue et rythmée. Assumant parfaitement leur côté kitsch, les compositions sont bien souvent endiablées et correspondent à l’atmosphère dynamique du jeu ; cependant, certains thèmes savent se faire plus feutrés et lancinants, tel Fly in the Freedom, le thème de Rouge. L’ensemble se révèle très éclectique, empruntant à la pop, la soul, le rock et parfois même le rap ou le reggae tout en y ajoutant des sonorités synthétiques adaptées. Si le thème de chaque personnage est réussi, on sera en revanche plus dubitatif en ce qui concerne les mélopées accompagnant notre progression dans les niveaux. Celles-ci sont en effet moins inspirées et deviennent rapidement répétitives.

Le doublage est quant à lui de bonne facture et s’inscrit dans la continuité du doublage du premier Sonic Adventure, avec des voix adaptées à la personnalité des différents personnages quoiqu’un peu surjouées de temps à autre.

La rivalité entre Sonic et Shadow est l’un des points forts de Sonic Adventure 2.

Gerald me fout les jetons à chaque fois que je le vois

Tout commence alors qu’Eggman s’infiltre dans une base militaire pour y récupérer une arme secrète que son grand-père, le professeur Gerald Robotnik, y aurait dissimulée. La dite arme se révèle être un hérisson noir ressemblant trait pour trait à Sonic, baptisé Shadow, qui demande au docteur de venir sur la colonie spatiale ARK avec des Chaos Emeralds…

Dès lors, de nombreuses questions se posent rapidement. Qui est Shadow ? Pourquoi veut-il mettre la main sur les Emeralds ? Qui est cette mystérieuse Maria qui obsède Shadow ? Quelles sont les motivations de Rouge ? Le jeu propose, comme cela a été expliqué, de vivre l’aventure à travers le regard des bons et des méchants, confrontant ainsi les deux épopées avant de se conclure dans un final émouvant, anxiogène et fort bien mis en scène. Les personnages sont de même plus développés que d’ordinaire, et certains sont même dotés d’une personnalité vraiment attachante.

Certes, on pourra s’élever contre la niaiserie risible de certaines scènes ou blâmer une trop grande similarité entre les deux scénarios, mais force est de constater que, sans atteindre la profondeur scénaristique d’un jeu de rôle, le script se révèle intéressant : parfois émouvant, souvent angoissant, et dans l’ensemble plus mature et plus noir que dans les autres softs du hérisson bleu.

Combat spatial entre Tails et Eggman.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Si le jeu n’est vraiment pas disgracieux, proposant même des niveaux à l’architecture inspirée et riches en détails, certaines textures sont vraiment trop grossières et certains personnages trop laids pour ne pas s’en rendre compte. 

Jouabilité : Malgré quelques problèmes de caméra, le gameplay est d’une richesse et d’une nervosité incomparables, proposant des objectifs constamment renouvelés pour ne pas lasser le joueur. Le jeu propose une myriade de missions annexes, sans oublier l’élevage des Chao qui, bien loin d’être un simple mini-jeu, se révèle étonnamment dense et riche. 

Durée de vie : Si l’aventure principale est assez courte (dix à douze heures), il est possible de passer de longues heures sur les missions annexes, qui proposent pour la plupart un challenge vraiment corsé. Il ne faudrait pas oublier de mentionner l’élevage de Chao, qui peut devenir incroyablement chronophage pour peu que l’on y prenne goût.

Bande-son : Très pêchue quoiqu’un peu kitsch, la bande-son s’inspire de multiples influences pour un résultat dynamique et mélodieux, dans l’esprit de Sonic Adventure 2. Certains thèmes sont vraiment sublimes, notamment le thème principal Live and Learn. Le doublage est quant à lui honnête.

Scénario : Plus noir et plus prenant qu’à l’accoutumée, le scénario ne peut cependant éviter son quart d’heure de niaiserie mielleuse. Cependant, il a le mérite de susciter l’intérêt du joueur, de faire intervenir des personnages travaillés, et d’offrir certaines scènes franchement angoissantes. Le script de ce Sonic Adventure 2 marque donc une réelle évolution de la série, qui devient ainsi plus adulte, plus sombre, et peut-être même plus violente.

Conclusion : Chant du cygne du hérisson bleu sur la regrettée Dreamcast, Sonic Adventure 2 est un grand Sonic. Dynamique, jouissif, nerveux, le titre revient à ce qui a fait le succès des opus Megadrive et le transpose avec talent en trois dimensions, là où le premier épisode s’était un peu égaré en chemin. L’ensemble n’est pas parfait, mais reste très accrocheur et constitue peut-être le meilleur jeu estampillé Sonic en 3D. Un indispensable de la Dreamcast.

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