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S’il y a un jeu qui a survécu à toutes les critiques qu’on a pu lui adresser, c’est probablement Ocarina of Time. Sorti en 1998 sur Nintendo 64 après quatre ans de développement, Ocarina of Time est le jeu de tous les records : premier jeu à avoir jamais été noté 40/40 par Famitsu, magazine de référence japonais ; jeu s’étant vendu le plus rapidement de l’histoire (huit millions en six semaines) ; premier Zelda en 3D ; meilleur jeu de la Nintendo 64 ; opus préféré d’une écrasante majorité de fans ; Miyamoto lui-même déclarera dans une interview que c’est le Zelda qu’il estime le plus réussi ! Quel est le secret du mythe Ocarina of Time ? Comment ce jeu a-t-il traversé les âges sans perdre de son succès ? Est-ce toujours un jeu exceptionnel ? Réponse dans ce test.

Quand Link sort de votre écran

Le succès d’OoT peut s’expliquer en partie par le fait qu’il était le premier Zelda en trois dimensions. S’il faut reconnaître que les graphismes ont vieilli aujourd’hui et que les personnages sont très « carrés », il faut se rappeler que dans le contexte de l’époque, OoT était une véritable prouesse graphique.

La 3D apporte d’abord une nouvelle dimension aux combats ; le fait de pouvoir affronter les ennemis avec cette nouvelle perspective apporte un dynamisme assez incroyable qui rend les combats d’autant plus palpitants, surtout contre les boss. Tiens, parlons-en des boss ! Chacun possède une forte identité, et leur apparence est souvent terrifiante, ce qui permet de renforcer l’immersion dans le jeu. Un tentacule géant qui sort d’un lac, un duo de sorcières qui vous affrontent sur leur balai volant, ou encore un dragon de lave sont autant de boss mémorables qui clôturent les différents donjons de fort belle manière.

Les décors également gagnent grâce à la 3D un relief, qui permet de les rendre plus réalistes : vous pourrez gravir des collines, glisser sur des talus, plonger au fin fond d’un lac. Cette même 3D, couplée à la puissance de la N64, permet de rendre chaque décor ou chaque donjon immédiatement reconnaissable, grâce à une identité graphique très marquée (le désert, la plaine, la montagne) et des petits détails qui paraissent anodins, mais qui rendent les lieux identifiables et inoubliables. Montrez un pont brisé à un fan, il vous citera la Vallée Gerudo ; montrez-lui un moulin, il reconnaîtra le Village Cocorico.

Une parenthèse sur les donjons, un des points forts du jeu : à l’image des précédents Zelda, chaque donjon possède son thème, que l’on reconnaît immédiatement à son apparence. Du lierre sur les murs et un puits recouvert de végétation pour le Temple de la Forêt, de la lave en fusion et de la fumée noire dans le Temple du Feu, une obscurité profonde et des tombes dans les murs du Temple de l’Ombre ; chacun de ces lieux vous laissera une forte impression, encore un effet des graphismes tridimensionnels de ce Zelda.

Un écran titre devenu culte.

Cible verrouillée !

Lors de l’arrivée d’OoT dans les chaumières, les fans s’interrogeaient : le passage à la 3D ne risquait-il pas de rendre le jeu injouable ? Après tout, plusieurs licences adaptées sur N64 avaient souffert d’un gameplay désastreux : Earthworm Jim et Castlevania ne sont que deux exemples. Que nenni, mes amis, que nenni.

Encore aujourd’hui, Ocarina of Time présente un gameplay qui confine tout bonnement au génie : chaque bouton du pad est parfaitement utilisé, et les contrôles sont extrêmement intuitifs. Link court, saute, roule et attaque avec une facilité déconcertante. Il est désormais possible d’assigner trois objets différents au stick C de façon simultanée ; cette nouveauté permet d’éviter la navigation trop fréquente dans les menus, et sera reprise dans la plupart des Zelda ultérieurs.

Mais le plus gros point fort du jeu en termes de gameplay, c’est la caméra. Même si Mario 64 avait une très bonne caméra, celle-ci était parfois capricieuse, au point de désorienter le joueur. Ocarina of Time réussit à éviter ce travers : gérer la caméra est un véritable plaisir, elle tourne autour de Link avec une fluidité impressionnante, et comme si cela ne suffisait pas, un bouton permet de la recentrer à tout moment derrière Link, afin de suivre sa progression sans aucun problème.

Au-delà du contrôle réactif et fluide de la caméra, OoT apporte à la série, et au jeu vidéo en général, une innovation géniale : le système de lock. En maintenant enfoncé le bouton de recentrage de la caméra à proximité d’un ennemi, celui-ci est verrouillé, ce qui permet de le cribler de coups avec une grande précision, et de faire des petits pas de côté ou des saltos arrière pour éviter l’ennemi. Cette nouveauté, connue sous le nom de straff, sera reprise dans une infinité de jeux vidéo : parmi eux, citons Metroid Prime.

Le jeu n’est pas en reste en termes d’originalité : le jeu, au-delà de l’alternance entre carte du monde et donjons, propose plusieurs à-côtés très originaux. Ainsi, Link pourra chevaucher une jument (la célèbre Epona), participer à des concours d’archerie où sa dextérité (et la vôtre) sera mise à rude épreuve, ou même s’infiltrer dans une forteresse ennemie afin de libérer des prisonniers ! Ce passage rappelle d’ailleurs la saga Metal Gear Solid sous de nombreux aspects : élimination des gardes à distance, dissimulation derrière des caisses…

Parlons enfin de l’ocarina, qui donne son nom au jeu. Remplaçant la flûte des précédents Zelda, vous apprendrez différentes mélodies au cours du jeu, que vous pourrez jouer en utilisant l’ocarina et en vous servant du stick C et du bouton A. Pour les plus mélomanes, il vous sera même permis de créer votre propre chanson au cours du jeu ! Même s’il s’agit plus d’un point important du scénario que du gameplay, cette petite originalité permet de rendre certaines séquences plus interactives.

L’ocarina occupe une place centrale dans le gameplay.

Mais bon Dieu, elle est où cette § !?% de Skulltula d’Or ?

Côté durée de vie, Ocarina of Time est très proche de ses prédécesseurs, puisqu’il vous faudra une bonne vingtaine d’heures pour espérer conclure l’aventure principale. Cependant, ce chiffre peut augmenter très facilement au vu de la pléthore de quêtes annexes offertes par le soft.

Que ce soit les différents concours (d’archerie ou de lancer de bombes) vous permettant d’augmenter la capacité de votre arsenal, et dans lequel vous engloutirez probablement temps et Rubis ; les différentes quêtes basées sur l’échange d’objets, comme celles de l’épée Biggoron ou des masques ; la récupération des célèbres Quarts de Cœur, et enfin la légendaire quête des 100 Skulltulas d’Or, tout est pensé pour vous pousser à revenir explorer le vaste monde d’Hyrule, pour enfin trouver cet ultime Quart de Cœur ou cette dernière Skulltula d’Or apparemment irrécupérable.

Enfin, qu’en est-il de la difficulté ? Le jeu est scindé en deux parties (j’y reviendrai dans la partie consacrée au scénario) à la difficulté très différente. Si les trois donjons de la première partie sont assez faciles et ne devraient vous poser aucun réel problème, que ce soit au niveau des énigmes ou des boss, tout change dans la seconde partie, où les énigmes se complexifient de même que les boss. Beaucoup plus grands, vicieux, et truffés d’ennemis et de pièges en tous genres, il n’est pas rare d’y rester coincé plusieurs minutes sans comprendre où aller, en tournant en rond. Le Temple de l’Eau notamment, avec ses mécanismes faisant varier le niveau de l’eau et son architecture colossale, aura donné des cheveux blancs à beaucoup de joueurs ; cependant, la difficulté n’est jamais abusive, et l’utilisation de la carte ainsi que de réflexion vous aidera en général à surmonter même les énigmes les plus récalcitrantes.

La vaste et mystérieuse Plaine d’Hyrule s’ouvre au jeune Link.

Ô, Karina…

La bande-son de ce Zelda est encore aujourd’hui reconnue comme une bande-son exemplaire. Entièrement composée par Koji Kondo lui-même, elle réussit l’incroyable pari de proposer à chaque lieu une musique parfaitement adaptée. Ambiance cristalline dans le Temple de l’Eau, plaintes et chants funèbres dans le Temple de l’Ombre, partition épique dans la Plaine d’Hyrule, on ressent le remarquable travail du compositeur pour enchanter le joueur à tout moment.

De plus, plusieurs thèmes introduits dans Ocarina of Time sont devenus cultes et, malgré leur qualité médiocre (eh oui, c’était du MIDI), ont marqué toute une génération de joueurs par leur rythme inoubliable ou leur douceur. Gerudo Valley, Lost Woods, Song of Storms, autant de musiques qui, encore aujourd’hui, s’écoutent avec plaisir et sont porteuses d’émotion. Elles sont même tellement appréciées qu’elles ont fait l’objet de remix contenus dans deux CD : un CD avec des musiques version orchestrale, et un autre présentant une approche plus techno. De qualité inégale, ils prolongent cependant l’expérience de façon intéressante.

Enfin, impossible de conclure cette partie sans évoquer l’ocarina. Les différentes musiques proposées ne sont qu’une suite de quelques notes, mais les développeurs ont eu l’idée de permettre au joueur, à l’aide du stick directionnel, de changer l’octave de l’ocarina. Cet ajout, même si relativement anecdotique, est tout de même sympathique, et témoigne du soin apporté à la finition musicale du jeu.

L’infiltration dans la forteresse Gerudo est un grand moment.

Pour tous ceux qui aimaient les contes de fées

Enfin, abordons le scénario de ce Zelda. Tout commence dans la Forêt Kokiri, située au fin fond du Royaume d’Hyrule peuplée par les… Kokiris, des enfants ne grandissant jamais tous accompagnés d’une fée ; ils vivent heureux sous la protection de leur gardien, l’Arbre Mojo. Cependant, un garçon âgé de sept ans n’a toujours pas de fée… Vous l’aurez compris, ce garçon, c’est Link. Un jour, l’Arbre Mojo prévient une fée, Navi, que des forces maléfiques menacent la forêt, et lui demande d’aller chercher Link, le seul espoir d’Hyrule…

Ainsi commence votre périple. On rencontre rapidement plusieurs figures emblématiques de la saga : la princesse Zelda, Impa sa nourrice, et Ganon, qui pour son passage à la 3D a adopté une apparence humaine, celle de Ganondorf. Ce jeu prolonge également, de manière spectaculaire, toute la mythologie de l’univers Zelda déjà abordée dans A Link to the Past. Le rôle précis des trois déesses, le Saint Royaume, la Triforce, ceux qui ont joué à l’opus Super Nes retrouveront leurs marques assez facilement.

Mais bien sûr, il serait stupide de parler du scénario sans évoquer le voyage temporel. Après les trois premiers donjons, Link s’endort pendant sept années. Sept années durant lesquelles Ganondorf utilise le pouvoir de la Triforce pour détruire Hyrule. C’est un véritable choc que de voir tous les environnements joyeux et pleins de vie qu’on a connu enfant devenir des ruines. La Place du Marché, autrefois grouillante de vie, est maintenant calcinée et hantée par des zombies ; la Forêt Kokiri est envahie par les sbires de Ganondorf, et tous les habitants semblent avoir fui ; ces quelques exemples montrent la transformation radicale de l’univers, qui choque d’autant plus le joueur qu’il est possible à tout moment de retourner dans le passé et de mesurer la différence.

Si le jeu dans son ensemble s’apparente à un conte de fées classique (un chevalier, une princesse, un vilain sorcier, une quête initiatique ponctuée d’ennemis) comme la plupart des Zelda, il serait malhonnête de prétendre que le scénario est simpliste. Le combat final notamment, présente une intensité dramatique rarement atteinte dans la saga, où toute la vilénie de Ganondorf est démontrée avec maestria, pour se conclure sur une scène tellement célèbre et appréciée qu’elle a été réutilisée presque à l’identique dans Twilight Princess.

La première rencontre avec Ganondorf. Marquant.

C’est l’heure de rendre les copies !

Graphismes : Reconnaissons-le, la 3D cubique de l’époque 64 bits a vieilli ; cependant, le jeu reste très agréable à regarder, avec des décors souvent réussis et avec une identité graphique qui a marqué les joueurs.

Jouabilité : Tout simplement parfaite. Aucun problème de caméra, une jouabilité intuitive, le système d’assignation permettant d’éviter les allers-retours incessants dans les menus ; et comme si cela ne suffisait pas, un système de lock tout bonnement génial, qui sera copié de nombreuses fois. 

Durée de vie : Si terminer l’aventure principale ne prendra qu’une petite vingtaine d’heures, compléter toutes les quêtes annexes pourra facilement faire doubler cette durée de vie. De plus, Ocarina of Time est le genre de jeux qui se refait avec plaisir, tant il est envoûtant.

Bande-son : Malgré la qualité MIDI des morceaux, ceux-ci sont tellement bien composés et tellement entraînants qu’il est probable que vous les fredonniez longtemps après avoir terminé le jeu. Chaque musique est en effet parfaitement adaptée à la situation, une prouesse rare.

Scénario : Même si le jeu s’approche d’un conte de fées pour ce qui est de la narration globale, il recèle son lot de moments dramatiques et de personnages mystérieux. L’histoire se laisse suivre avec grand plaisir, d’autant plus qu’elle enrichit la mythologie Zelda. 

Conclusion : Ocarina of Time est encore aujourd’hui acclamé par des millions de joueurs. Malgré ses graphismes datés et ses musiques en format MIDI, on comprend aisément cet engouement lorsqu’on constate la perfection du gameplay et l’ambiance incroyable du jeu. Plus qu’un jeu vidéo, Ocarina of Time est un univers à part entière dans lequel on se perd avec bonheur, où tout semble vivant. La légende a encore frappé.